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17 juin 2024 1 17 /06 /juin /2024 23:42
Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

LECTURE DU LIVRE DE JOB 38, 1.8-11

1   Le SEIGNEUR s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit :
8   « Qui donc a retenu la mer avec des portes,
     quand elle jaillit du sein primordial ;
9   quand je lui mis pour vêtement la nuée,
     en guise de langes le nuage sombre ;
10 quand je lui imposai ma limite,
     et que je disposai verrous et portes ?
11 Et je dis : ‘Tu viendras jusqu’ici !
     Tu n’iras pas plus loin,
     ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !’ »
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LA CRÉATION TOUT ENTIÈRE EST DANS LA MAIN DE DIEU

Voilà un texte qui nous dit comment nos ancêtres imaginaient Dieu en train de créer le monde ! Il se trouve face à des masses d’eau mugissantes : d’un geste de la main, il les arrête « Tu viendras jusqu’ici ! Tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » Et, pour les contenir, il installe des portes avec des verrous ; enfin, il saisit une écharpe de nuages qui traînait dans le ciel et il en fait un lange pour la mer enfin calmée, devenue un nourrisson tout faible entre ses mains.

Dans une civilisation qui a gardé la mémoire d’un déluge meurtrier, mais qui connaît aussi la sécheresse et la soif, la maîtrise de Dieu sur les eaux est la meilleure manière de dire sa Toute-Puissance. Et si le livre de Job dit que Dieu parle « du milieu de la tempête », c’est également une manière de dire qu’il est bien le seul être au monde à maîtriser la tempête au point de s’en servir comme d’un porte-voix !

À elle toute seule, cette mise en scène est déjà une réponse aux problèmes de Job ; car, on le sait bien, il y a dans nos vies des tempêtes de toute sorte, et celles qui se déroulent dans notre tête sont autrement plus graves que celles des océans. Or Job est en pleine tempête intérieure, justement.

Vous savez bien que le livre de Job ne prétend pas raconter une histoire vraie, il est classé parmi les livres de Sagesse : c’est donc une réflexion qui nous est proposée sur les grands problèmes de l’humanité. Le problème dont il s’agit ici, c’est celui qui nous secoue tous, un jour ou l’autre, le plus terrible de nos vies : ce qu’on appelle couramment le problème du mal : affrontés à la maladie, la souffrance, la mort, l’échec de nos rêves et de nos projets, spontanément, nous demandons des comptes à Dieu, parce que, d’une manière ou d’une autre, nous pensons qu’il est le grand responsable de nos malheurs.

C’est toute l’histoire du livre de Job. Il ressemble à un conte : il pourrait commencer par « il était une fois » : il était une fois un homme qui s’appelait Job ; il avait commencé sa vie dans le bonheur, la richesse, la réussite ; mais soudain, tous les malheurs s’abattent sur lui : la mort tragique de tous ses enfants, la misère la plus noire, la maladie, la déchéance physique...

Pourtant, jusque-là, il était un homme juste, fidèle au Seigneur, et donc, comme il se doit, tout allait bien pour lui. Mais alors, que s’est-il passé ? Désormais, se pose la question : pourquoi cette souffrance ? Pourquoi le sort s’acharne-t-il sur moi, qui suis un innocent ? Si j’avais des choses à me reprocher, je m’estimerais puni et ce serait justice, mais j’ai beau chercher, je n’ai rien à me reprocher... Ces questions, Job les pose directement à Dieu, il les pose et repose sans cesse.

Et le passage que nous venons d’entendre est le début de la réponse de Dieu ; ce n’est pas une explication de tout ce qui vient d’arriver à Job, ce n’est pas non plus un reproche pour avoir osé poser des questions à Dieu, non, c’est une réponse, mais inattendue, c’est le moins qu’on puisse dire.

Cette réponse se présente sous la forme d’un long discours de Dieu : la première phrase dit « Qui est celui qui dénigre la providence par des discours insensés ? » (littéralement : « Qui obscurcit le plan de Dieu par des propos dénués de sagesse ? »). La suite est une véritable hymne à la Création.

Il faudrait la relire en entier, je vous lis seulement l’introduction (c’est Dieu qui parle) : « Où est-ce que tu étais quand je fondai la terre ? Dis-le-moi puisque tu es si savant. Qui en fixa les mesures, le saurais-tu ? Ou qui tendit sur elle le cordeau ? En quoi s’immergent ses piliers, et qui donc posa sa pierre d’angle, tandis que les étoiles du matin chantaient en chœur et tous les Fils de Dieu crièrent hourra ? »

Et Dieu, doucement, tranquillement, mais fermement, remet, comme on dit, Job à sa place sur le thème : tu n’as pas créé le monde, tu n’as pas maîtrisé la mer (c’est notre texte d’aujourd’hui), tu ne maîtrises pas davantage la lumière, ni la neige, ni la grêle, ni aucun des phénomènes naturels, ni la marche des étoiles ; tu n’es pas non plus le maître des animaux, que sais-tu de leur nourriture, et de leur reproduction ?

 

NOTRE VIE ÉGALEMENT EST DANS LA MAIN DE DIEU

Devant cette avalanche d’évocations de tout ce qui nous échappe, Job ne trouve plus rien à dire : « Je ne fais pas le poids... Je mets la main sur ma bouche. » (Jb 40,4). Il reprend même la phrase du début, (cette fois, c’est Job qui parle) : « Qui est celui qui dénigre la providence sans y rien connaître ? Eh oui ! J’ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. » (Jb 42,3). Ce qui prouve qu’il a bien entendu la leçon.

Cette prise de conscience de Job ne résout pas son problème, me direz-vous ; il est tout aussi malade, ses enfants sont bel et bien morts, il est le pestiféré sur son tas de fumier... et on peut se demander s’il est d’humeur à s’émerveiller devant les beautés du monde ? Quand on a les yeux pleins de larmes, on ne voit plus rien...

Alors que signifie cette hymne à la grandeur de Dieu ? On croirait presque que Dieu se vante... C’est le moment de nous rappeler ce que dit saint Paul : « Tout ce qui a été écrit jadis (sous-entendu dans la Bible) l’a été pour notre instruction, afin que, par la persévérance apportée par les Écritures, nous possédions l’espérance. » (Rm 15,4) ; non, Dieu ne se vante pas de son pouvoir, Dieu n’a pas besoin de notre admiration ; quand nous nous émerveillons devant sa Création, c’est à nous que cela fait du bien !

Si Dieu rappelle à Job son pouvoir, c’est pour le rassurer... Bien plus que d’exalter la grandeur du Tout-Puissant, il s’agit d’inciter la créature impuissante à la confiance. Puisque Dieu maîtrise la mer et les flots, puisqu’il leur impose sa loi, c’est qu’il en est le maître. Ce que l’auteur du livre de Job veut nous faire entendre ici, c’est : Confiance, vous êtes impuissants, peut-être, mais vous êtes dans la main de Dieu ; quelles que soient les tempêtes de votre existence, il ne les laissera pas vous submerger.
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PSAUME 106 (107), 21-24.25-26.28-29.30-31

21 Qu'ils rendent grâce au SEIGNEUR de son amour,
22 qu'ils offrent des sacrifices de louange,
24 ceux qui ont vu les œuvres du SEIGNEUR
     et ses merveilles parmi les océans.   

25 Il parle, et provoque la tempête,
     un vent qui soulève les vagues :
26 portés jusqu'au ciel, retombant aux abîmes,
     Leur sagesse était engloutie.

28 Dans leur angoisse, ils ont crié vers le SEIGNEUR,
     et lui les a tirés de la détresse,
29 réduisant la tempête au silence,
     faisant taire les vagues.

30 Ils se réjouissent de les voir s'apaiser,
     d'être conduits au port qu'ils désiraient.
31 Qu'ils rendent grâce au SEIGNEUR de son amour,
     de ses merveilles pour les hommes.

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UN PSAUME EN FORME D’EX-VOTO

Je vous ai parlé déjà des ex-voto sous forme de tableaux qu'on trouve dans certaines églises, en particulier dans le Midi de la France : la peinture évoque avec force détails dramatiques une situation désespérée, par exemple des marins en perdition ; tout y est : la mer démontée, le bateau dans le creux des énormes vagues, les marins terrifiés, parfois même, les familles en prière sur le rivage... Par hypothèse, si le tableau est accroché au mur d'une église, c'est que tout s'est bien terminé ! Et un jour, les familles, en larmes encore, mais de joie cette fois, sont venues à l'église, le tableau à la main, rendre grâce pour l'intervention de Dieu qui a sauvé l'un des leurs.

Ce psaume 106/107 que nous venons d'entendre est un peu comme le mur d'église qui porte ces tableaux : il évoque quatre situations dramatiques, quatre dangers mortels ; le chiffre quatre n'est pas dû au hasard, il représente la totalité ; ici, il est symbolique de tous les dangers qui menacent l'humanité et en particulier le peuple de Dieu.

Le premier tableau représente le peuple dans le désert de l'Exode, affrontant la faim et la soif dans sa marche vers la liberté, après la sortie d'Égypte : « Certains erraient dans le désert sur des chemins perdus, sans trouver de ville où s’établir : ils souffraient la faim et la soif, ils sentaient leur âme défaillir »... Le second tableau nous transporte auprès des exilés à Babylone : « Certains gisaient dans des ténèbres mortelles, captifs de la misère et des fers... Soumis à des travaux accablants, ils succombaient et nul ne les aidait. »... Le troisième tableau évoque la détresse morale, le découragement, on dirait aujourd’hui « la déprime » : « Certains, égarés par leur péché, ployaient sous le poids de leurs fautes : ils avaient toute nourriture en dégoût, ils touchaient aux portes de la mort »... Enfin, le dernier tableau, c’est celui qui nous est proposé aujourd’hui, des marins en perdition dans la tempête : « Certains, embarqués sur des navires, occupés à leur travail en haute mer, dans le vent qui soulève les vagues... portés jusqu’au ciel, retombant aux abîmes, ils étaient malades à rendre l’âme ; ils tournoyaient, titubaient comme des ivrognes : leur sagesse était engloutie. »

Tous ces gens étaient des croyants ; et donc, ils ont eu le bon réflexe, celui d’appeler Dieu à leur secours. Quatre fois le psaume répète comme un refrain : « Dans leur angoisse, ils ont crié vers le SEIGNEUR, et lui les a tirés de la détresse ». Et le psaume égrène la litanie des interventions de Dieu pour sauver les malheureux, dans chacune de ces situations. Les premiers, ceux qui cherchaient leur chemin dans le désert, « Il les conduit sur le bon chemin, les mène vers une ville où s’établir... Il étanche leur soif, il comble de biens les affamés ! » Ceux qui étaient en exil à Babylone, « Il les délivre des ténèbres mortelles, il fait tomber leurs chaînes... Il brise les portes de bronze, il casse les barres de fer ! » Ceux qui étaient déprimés, « Il envoie sa parole, il les guérit, il arrache leur vie à la fosse... » Quant à ceux qui étaient en perdition, il a réduit la tempête au silence, faisant taire les vagues... et il les a conduits au port qu’ils désiraient. »

 

SAVOIR RENDRE GRÂCE

Très logiquement, la conclusion de tous ces croyants, c’est une énorme action de grâce ; là encore, le psaume répète comme un refrain « Qu’ils rendent grâce au SEIGNEUR de son amour, de ses merveilles pour les hommes... »

Ces croyants, vous l’avez compris, c’est le peuple d’Israël : il a rencontré tour à tour ces quatre situations dramatiques, et combien d’autres... Et il peut dire d’expérience (et c’est le premier verset de ce psaume) : « Rendez grâce au SEIGNEUR : Il est bon ! Éternel est son amour ! » Et, parcourant toute son histoire, il élargit encore son action de grâce ; c’est une véritable litanie des merveilles de Dieu en faveur d’Israël : « C’est lui qui change les fleuves en désert, les sources d’eau en pays de la soif... C’est lui qui change le désert en étang, les terres arides en source d’eau ; là, il établit les affamés pour y fonder une ville... Dieu livre au mépris les puissants, il les égare dans un chaos sans chemin. Mais il relève le pauvre de sa misère ; il rend prospères familles et troupeaux. Les justes voient, ils sont en fête ; et l’injustice ferme sa bouche. »

Des siècles plus tard, une jeune fille d’Israël qui était une sage par excellence, a retrouvé les mêmes accents ; incontestablement, cette partie de notre psaume d’aujourd’hui ressemble étrangement au Magnificat.

Rien d’étonnant : Marie, comme tout croyant véritable, fait l’expérience de l’action de Dieu et relit toute l’histoire humaine à cette lumière : « Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles... Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de son amour. »

Le dernier verset de ce psaume, tire la leçon de l’ensemble : « Qui veut être sage retiendra ces choses : il y reconnaîtra l’amour du SEIGNEUR. » C’est peut-être bien effectivement la clé de la sagesse : savoir à tout instant dans les tempêtes de nos vies que le Seigneur est là et reste maître des flots. Spontanément, quand nous sommes affrontés au malheur, quel qu’il soit, nous sommes, comme Job, tentés de dire que ce n’est pas juste, et que Dieu nous a abandonnés. Pas plus que Job, nous ne trouverons d’explication satisfaisante aux souffrances que nous traversons, mais comme lui, nous sommes invités à les vivre dans la confiance. Il faudrait toujours garder en mémoire le mot du prophète Aggée : « Puisque mon esprit se tient au milieu de vous, ne craignez rien. » (Ag 2,5).
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LECTURE DE LA DEUXIÈME LETTRE DE L’APÔTRE PAUL AUX CORINTHIENS 5,14-17

     Frères,
14 l'amour du Christ nous saisit
     quand nous pensons qu'un seul est mort pour tous,
     et qu'ainsi tous ont passé par la mort.
15 Car le Christ est mort pour tous,
     afin que les vivants n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes,
     mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.
16 Désormais nous ne regardons plus personne
     d’une manière simplement humaine :
     si nous avons connu le Christ de cette manière,
     maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.
17 Si donc quelqu'un est dans le Christ,
     il est une créature nouvelle.
     Le monde ancien s'en est allé,
     un monde nouveau est déjà né.
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QUAND PAUL CONTEMPLE LA CROIX

« L’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous » : le mot « saisir » ici est très fort, on peut dire littéralement « L’amour du Christ nous empoigne » ; ne nous demandons pas de quel amour il s’agit : l’amour du Christ pour nous ? Ou l’amour que nous portons au Christ ? Une telle question est encore dans la logique humaine ; dans la logique de Dieu, les deux n’en font qu’un, puisque tout amour vient de Dieu, comme dit saint Jean.

« L’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous », c’est-à-dire quand nous contemplons la croix. Peut-être faut-il apprendre à contempler la croix du Christ car elle est le lieu par excellence de la Révélation de Dieu. Dernière étape de la pédagogie de Dieu : tant qu’on n’avait pas vu le Christ, l’homme-Dieu en croix, on ne pouvait pas connaître Dieu, c’est-à-dire connaître jusqu’où va l’amour de Dieu. On en savait déjà beaucoup à l’orée du Nouveau Testament, mais il manquait la révélation suprême, celle qui a été donnée sur la croix.

Dans l’Ancien Testament, on est resté longtemps (mais pas toujours) dans ce qu’on pourrait appeler un schéma de compensation : Abraham, négociant avec Dieu, le salut de Sodome et Gomorrhe, raisonnait en termes de compensation : « Si tu trouves cinquante justes dans la ville, pardonneras-tu à la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? » et Dieu avait répondu : « Si je trouve à Sodome cinquante justes au sein de la ville, je pardonnerai à toute la cité. » Fort de ce premier succès, Abraham s’était enhardi et, de petit marchandage en petit marchandage, avait osé demander « Et si tu trouves seulement dix justes ? » et une fois de plus, la réponse avait été « Je ne détruirai pas à cause de ces dix. » (Gn 18,32).

Jérémie, lui, était allé encore plus loin, puisqu’il avait entrevu que le salut du peuple de Dieu serait obtenu par un seul juste : « Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et enquêtez, cherchez sur ses places : Y trouvez-vous un homme ? (sous-entendu qui mérite ce nom). Y en a-t-il un seul qui défende le droit, qui cherche à être vrai ? Alors je pardonnerai à la ville. » (Jr 5,1).

Mais, déjà, dès le deuxième Isaïe, les prophètes ne parlaient plus en termes de compensation, de prix à payer pour effacer les fautes des hommes. Isaïe (quand il parle du serviteur souffrant) et Zacharie (parlant d’un innocent transpercé) annoncent que l’humanité tout entière sera convertie grâce au comportement du Messie ; parce que celui-là offre sa vie, le cœur des hommes sera enfin touché. Nos cœurs de pierre deviendront des cœurs de chair. Ce n’est pas une affaire de calcul de mérites, mais plutôt une histoire de contagion, si j’ose dire.

L’expression « le Christ est mort pour tous » est certainement dans ce registre. Une chose est sûre : elle fait partie des toutes premières formulations de la foi chrétienne. « Le Fils de l’Homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon (entendez en libération) pour la multitude. » (Mc 10,45)... « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. » (Mc 14,24). « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15,13).

« Un seul est mort pour tous », dit Paul : c’est vraiment le cœur de notre foi ; mais précisément, parce que c’est le cœur du mystère de Dieu, il nous est totalement impossible de le formuler dans nos mots d’hommes ; nous pouvons seulement essayer d’approcher un peu le mystère. La première question qui se pose, bien sûr, c’est que veut dire « mort pour tous » ? « Pour » veut-il dire « à la place de » ? Ou « au bénéfice de » ? Ce n’est sûrement pas « à la place de » : puisqu’il nous faudra quand même bien mourir à notre tour. C’est certainement au bénéfice de, c’est-à-dire que sa mort a un sens pour nous ; notre vie est transformée par sa mort.

 

LE VRAI VISAGE DU DIEU DE MISÉRICORDE

Il est mort, justement, pour que nous vivions (sous-entendu que nous vivions de la vraie vie, au sens de saint Jean) : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3). Être sauvé, c’est « connaître » Dieu : le Christ a accepté de mourir pour que nous connaissions Dieu tel qu’Il est : car c’est sur la croix que nous voyons le vrai visage de Dieu, l’amour qui survit à toutes les haines, toutes les jalousies, toutes les soifs de pouvoir et de domination. C’est contre toutes ces dérives humaines que Jésus a lutté tout au long de sa vie publique ; c’est de ces dérives humaines que le Christ est mort. Il a accepté d’affronter cet océan de violence humaine pour y révéler la douceur, la tendresse, le pardon de Dieu. En ce sens-là, on peut dire avec Isaïe « il était broyé à cause de nos perversités » ; mais il ne s’agit plus de compensation ; il s’agit de révélation : la mort du Christ nous apporte la vie, non pas parce qu’il aurait payé le prix de nos fautes, mais parce que dans sa mort, nous connaissons enfin le vrai visage de Dieu. Cette lecture-là n’était pas possible tant qu’on n’avait pas vu le Christ en croix.

C’est pour cela que Paul dit « Désormais nous ne connaissons plus personne à la manière humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. » Cette découverte du vrai visage de Dieu, cette révélation sur la croix, cette nouvelle « connaissance » évidemment, nous éblouit. Paul peut bien dire : « L’amour du Christ nous saisit... Si quelqu’un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. »
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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MARC 4, 35-41

     Toute la journée,
     Jésus avait parlé à la foule.
35 Le soir venu, Jésus dit à ses disciples :
     « Passons sur l’autre rive. »
36 Quittant la foule,
     ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque,
     et d’autres barques l’accompagnaient.
37 Survient une violente tempête.
     Les vagues se jetaient sur la barque,
     si bien que déjà elle se remplissait d’eau.
38 Lui dormait sur le coussin à l’arrière.
     Les disciples le réveillent et lui disent :
     « Maître, nous sommes perdus ;
     cela ne te fait rien ? »
39 Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer :
     « Silence, tais-toi ! »
     Le vent tomba,
     et il se fit un grand calme.
40 Jésus leur dit :
     « Pourquoi êtes-vous si craintifs ?
     N’avez-vous pas encore la foi ? »
41 Saisis d’une grande crainte,
     ils se disaient entre eux :
     « Qui est-il donc, celui-ci,
     pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
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QUI EST-IL DONC, CET HOMME ?

« Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » Et c’est clair, les éléments déchaînés lui obéissent. Marc insiste sur le contraste : « Il y eut une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d’eau. » Affolés, les disciples réveillent Jésus ; il suffit qu’il dise à la mer et au vent « Silence tais-toi ! » pour qu’aussitôt le vent tombe et qu’il s’établisse un grand calme.

« Qui est-il donc, cet homme ? », c’est la grande question de Marc tout au long de son Évangile... et ici, la réponse est dans la question. Qui a pouvoir sur la mer, comme sur toute la Création ? Sinon Dieu lui-même ? Rappelez-vous le livre de Job quand le SEIGNEUR dit à Job : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein de l’abîme ; quand je fis de la nuée son vêtement, et l’enveloppai de nuages pour lui servir de langes ; quand je lui imposai des limites, et que je disposai les portes et leurs verrous ? Je lui dis : Tu viendras jusqu’ici ! Tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots ! » (Jb 38,1.8-10).

En écho, les psaumes chantent cette maîtrise de Dieu : « Tu as donné son assise à la terre, qu’elle reste inébranlable au cours des temps. Tu l’as vêtue de l’abîme des mers : les eaux couvraient même les montagnes ; à ta menace, elles prennent la fuite, effrayées par le tonnerre de ta voix. Elles passent les montagnes, se ruent dans les vallées vers le lieu que tu leur as préparé. Tu leur imposes la limite à ne pas franchir ; qu’elles ne reviennent jamais couvrir la terre. » (Ps 103/104,5.9)... « Il apaise le vacarme des mers ; le vacarme de leurs flots et la rumeur des peuples. » (Ps 64/65,8).

Dieu maîtrise tellement les éléments, dit la Bible, qu’il les met au service de son peuple : « La Mer Rouge devint une route sans obstacle, les flots impétueux une plaine verdoyante, par où tout un peuple passa, protégé par ta main. » (Sg 19,7-8). « Les eaux en te voyant, Seigneur, les eaux, en te voyant, tremblèrent, l’abîme lui-même a frémi. » (Ps 76/77,17).

Au moment même, donc, où ils posent la question « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? », les disciples ont trouvé la réponse : cet homme est un envoyé de Dieu ! Et c’est pour cela qu’ils sont, comme dit Marc, « saisis d’une grande crainte ». Jusqu’ici, ils étaient terrifiés par la tempête déchaînée, maintenant, le calme miraculeusement rétabli, ils sont remplis de la crainte qu’on éprouve en présence de Dieu.

Mais le plus surprenant de ce texte, ce n’est pas la peur des disciples : ni leur première crainte, devant la tempête, ni leur deuxième crainte, en face de celui qu’ils reconnaissent comme l’envoyé de Dieu. Le plus surprenant de ce texte, c’est la question que Jésus leur pose : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Ce qui est étonnant, c’est que cela l’étonne ! Et en plus, il fait même des reproches ! Pourtant, la peur de la tempête n’est-elle pas le commencement de la Sagesse ? Simple conscience de notre impuissance, de nos limites. Quand on se trouve sur un bateau mal maîtrisé, quand le vent commence à se lever, on a vite fait d’avoir peur ; alors quand une véritable tempête se déchaîne, cela doit être terrifiant ! Et que dire des tempêtes de nos vies et de la vie du monde ?

« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Nous lui posons volontiers cette question ; Marc souligne ici la tentation d’interpréter le silence de Dieu comme une marque d’indifférence. Mais lui, Jésus, a l’air de dire : avoir peur, c’est manquer de foi : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » Et lui, très calmement, maîtrise les éléments ; il n’a pas eu peur une seconde, parce qu’il a la foi. Il sait que son Père lui donne d’être capable de commander à la mer et au vent. Si je comprends bien, c’est notre sentiment d’impuissance lui-même qui est un manque de foi !

Il ne s’agit évidemment pas de prendre nos rêves pour des réalités et de nous croire désormais tout-puissants ; la réalité nous dissuaderait très vite. Mais il s’agit d’avoir la foi, c’est-à-dire de croire que, en Lui, désormais, nous pouvons tout ! Y compris maîtriser la mer et, ce qui est plus important encore, les forces du mal.

 

UN NOUVEAU MONDE EST DÉJÀ NÉ

« Dominez la terre et soumettez-la » a dit Dieu à l’homme et à la femme en les créant. Ce n’était pas une parole en l’air ! C’était, et donc c’est encore le projet de Dieu sur nous. Ce projet de Dieu sur l’humanité s’accomplit en Jésus-Christ ; à son tour il nous dit « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre... Allez donc ». Désormais, comme dit Paul dans la deuxième lettre aux Corinthiens, « L’amour du Christ nous saisit » (notre 2ème lecture de ce dimanche) ; désormais plus rien ne nous séparera de cet amour dans lequel nous sommes plongés depuis notre Baptême ; et s’il nous empoigne, très certainement, c’est pour nous propulser en avant. « Allez donc... » 

Il faut réentendre Paul nous dire dans la deuxième lecture : « Si quelqu’un est en Jésus Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » Désormais, nous ne sommes plus dans la première Création. Il nous reste peut-être à prendre la mesure du bouleversement qui a été introduit dans le monde par la Résurrection du Christ. « Un nouveau monde est déjà né ». DÉJÀ ! Le chrétien, c’est quelqu’un qui dit « Désormais ! » Désormais, plus rien n’est comme avant. L’humanité est neuve, c’est comme si elle venait de naître.

Désormais nous vivons de la vie nouvelle du Ressuscité, vie faite de solidarité, de justice, de partage ; désormais nous pouvons vivre comme le Christ non pour être servis, mais pour servir ; si nous vivons greffés sur lui, nous vivons de sa vie, une vie au service des autres ; nous sommes capables, désormais, de pleurer avec ceux qui pleurent et d’affronter les mêmes combats que Jésus pour maîtriser toutes les tempêtes des hommes, le mal et la haine sous toutes ses formes. Tout chrétien peut dire comme saint Paul « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi... » Il nous suffit comme dit la lettre aux Hébreux de « garder les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et la mène à son accomplissement » (He 12,2).

Au fond, si je comprends bien, le mot « impossible » n’est pas chrétien !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 23 06 2024, 12e dimanche du temps ordinaire B

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10 juin 2024 1 10 /06 /juin /2024 22:40
Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

LECTURE DU LIVRE D’ÉZÉCHIEL 17, 22-24

22 Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu :
     À la cime du grand cèdre,
     je prendrai une tige ;
     au sommet de sa ramure,
     j’en cueillerai une toute jeune,
     et je la planterai moi-même
     sur une montagne très élevée.
23 Sur la haute montagne d'Israël je la planterai.
     Elle portera des rameaux, et produira du fruit,
     elle deviendra un cèdre magnifique.
     En dessous d’elle habiteront tous les passereaux,
     et toutes sortes d'oiseaux
     à l'ombre de ses branches ils habiteront.
24 Alors tous les arbres des champs sauront
     que Je suis le SEIGNEUR :
     je renverse l'arbre élevé
     et relève l'arbre renversé,
     je fais sécher l'arbre vert
     et reverdir l'arbre sec.
     Je suis le SEIGNEUR, j’ai parlé,
     et je le ferai.
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UNE PARABOLE D’ESPÉRANCE

Pour comprendre la parabole d’Ézéchiel, il faut se rappeler le contexte historique dans lequel parle le prophète : en 597, Nabuchodonosor, roi de Babylone, s’est emparé de Jérusalem ; il a déporté le roi et une partie des habitants (parmi eux, Ézéchiel). Dix ans plus tard, en 587, nouvelle vague, cette fois, Jérusalem est complètement détruite et pillée, une nouvelle partie de ses habitants déportés à leur tour à Babylone.

Le peuple juif semble avoir tout perdu : sa terre, signe concret de la bénédiction de Dieu, son roi, médiateur entre Dieu et le peuple, son Temple, lieu de la Présence divine. D’où la question qui, désormais, taraude tous les cœurs : Dieu aurait-il abandonné son peuple ? C’est, au sens propre du terme, la « question de confiance ».

Le miracle de la foi, justement, c’est qu’au sein même de l’épreuve, elle se purifie et s’approfondit : c’est exactement ce qui s’est passé pour Israël. L’exil à Babylone a été l’occasion d’un sursaut extraordinaire de la foi juive ; Ézéchiel est l’un des artisans de ce sursaut : avant la catastrophe, il avait alerté le peuple sur les conséquences désastreuses et inévitables de sa conduite. Il avait multiplié les menaces, dans l’espoir d’obtenir une conversion. Désormais, la catastrophe étant survenue, il se consacre à relever l’espoir défaillant. À ce peuple humilié, en exil, il apporte une parole d’espérance. Cette parabole du cèdre que nous lisons aujourd’hui en est une.

Pourquoi un cèdre, d’abord ? Parce que le cèdre était le symbole de la dynastie royale. Ézéchiel prend l’image du cèdre pour parler du roi, comme La Fontaine prenait celle du lion. Le roi en exil est comme un cèdre renversé (à noter que l’on emploie en français l’expression « renverser un roi »), il est comme un arbre desséché... Mais Dieu va prélever une tige tendre du vieil arbre et le replanter lui-même.

« Sur la haute montagne d’Israël, je la planterai » : la « haute montagne d’Israël », c’est évidemment Jérusalem ; topographiquement, ce n’est pas la plus haute montagne du pays, mais c’est d’une autre élévation qu’il est question ! Cette phrase annonce donc deux choses : le retour au pays et la restauration du royaume de Jérusalem. 

Et la petite bouture deviendra un cèdre magnifique. Tellement vaste que tous les passereaux du monde viendront y faire leur nid, toutes sortes d’oiseaux habiteront à l’ombre de ses branches. « Tous les arbres des champs sauront que je suis le SEIGNEUR ». « Tous les arbres des champs », c’est-à-dire le monde entier, même les païens, ceux qui n’ont rien à voir avec le cèdre de la royauté. Quant à l’expression « ils sauront que Je suis le SEIGNEUR », nous l’avons déjà rencontrée ; elle signifie « Je suis le SEIGNEUR, il n’y en a pas d’autre ». Thème très fréquent chez les prophètes, dans le cadre de leur lutte contre l’idolâtrie. La suite du texte va dans le même sens : quand un prophète insiste sur la puissance de Dieu, c’est toujours pour marquer le contraste avec les idoles qui, elles, sont incapables du moindre geste, de la moindre action.

RIEN N’EST IMPOSSIBLE À DIEU

« Je suis le SEIGNEUR, je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert, et reverdir l’arbre sec. » Il ne s’agit pas du tout de présenter Dieu comme jouant pour son plaisir avec la création, au gré de quelque caprice... ce qui serait, tout compte fait, très inquiétant ; au contraire, c’est une manière de nous rassurer, du style « rien n’est impossible à Dieu ». Vous, les croyants, ne vous laissez pas impressionner par qui que ce soit, ou quoi que ce soit, faites confiance, tout est dans la main de Dieu.

« Je suis le SEIGNEUR, j’ai parlé et je le ferai » : cela veut dire au moins deux choses : d’abord, bien sûr, dans le même sens que tout ce que je viens de dire, la puissance de Dieu, l’efficacité de sa Parole. Le poème de la Création, au premier chapitre de la Genèse, qui a été écrit sensiblement à la même époque, répète comme un refrain : « Dieu dit... et il en fut ainsi ».

Ensuite, il y a certainement là, pour le peuple juif, un rappel de ce que l’on pourrait appeler la grande promesse, ou la grande espérance ; ce qu’Ézéchiel dit là, c’est quelque chose comme « c’est vrai, apparemment, tout est perdu ; mais n’oubliez jamais que Dieu est fidèle à ses promesses ; donc, quelles que soient les apparences, la promesse faite au roi David est toujours valable. » Je l’ai dit et je le ferai, cela revient à dire « J’ai promis, donc je tiendrai ».

Cette promesse faite à David, par le prophète Nathan, quatre cents ans plus tôt, annonçait un roi idéal né de sa descendance. On la trouve au deuxième livre de Samuel : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté... Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils... Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » (2 S 7,12... 17).

Cette promesse répercutée de siècle en siècle par les prophètes a nourri l’espérance d’Israël aux heures les plus sombres. La parabole du cèdre, chez Ézéchiel, en est la reprise imagée. Au moment où le peuple dépositaire de la promesse expérimente cruellement son impuissance, l’insistance du prophète sur l’œuvre de Dieu et de Dieu seul, est la meilleure source de confiance.
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PSAUME 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16

2   Qu'il est bon de rendre grâce au SEIGNEUR,
     de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
3   d'annoncer dès le matin ton amour,
     ta fidélité, au long des nuits,

13 Le juste grandira comme un palmier,
     il poussera comme un cèdre du Liban ;
14 planté dans les parvis du SEIGNEUR,
     il grandira dans la maison de notre Dieu.

15 Vieillissant, il fructifie encore,
     il garde sa sève et sa verdeur
16 pour annoncer : « Le SEIGNEUR est droit !
     Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »
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LE PIÈGE DU SOUPÇON

« Pas de ruse en Dieu, mon rocher » : le peuple d’Israël sait bien qu’il lui est arrivé d’accuser Dieu de ruse ; dans le désert du Sinaï, par exemple, un jour de grande soif, quand la déshydratation menaçait bêtes et gens, on avait accusé Moïse et Dieu : ils nous ont fait sortir d’Égypte, en nous faisant miroiter la liberté, mais en réalité, c’était pour nous perdre ici. C’est le fameux épisode de Massa et Mériba (Ex 17,1-7) ; or, malgré ces murmures, ces bruits de révolte, Dieu avait été plus grand que son peuple en colère ; il avait fait couler l’eau d’un rocher. Désormais, on appelait Dieu « notre rocher », manière de rappeler la fidélité de Dieu plus forte que tous les soupçons de son peuple.

Dans ce rocher, Israël a puisé l’eau de sa survie... Mais surtout, au long des siècles, la source de sa foi, de sa confiance... C’est la même chose de dire à la fin du psaume « Dieu est mon rocher » ou au début du psaume « J’annonce dès le matin, ton amour, ta fidélité, au long des nuits ». Le rappel du rocher, c’est le rappel de l’expérience du désert, et de la fidélité de Dieu plus forte que toutes les révoltes... Et la formule « ton amour et ta fidélité », c’est également le rappel de l’expérience du désert : c’est l’expression employée par Dieu lui-même pour se faire connaître à son peuple : « Le SEIGNEUR, le SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité... » (Ex 34,6).

Bien souvent, cette expression a été reprise dans la Bible, et en particulier dans les Psaumes, comme un rappel de l’Alliance entre Dieu et son peuple : « Dieu d’amour et de fidélité, lent à la colère et plein d’amour... »

L’épisode de Massa et Mériba dont je parlais il y a un instant, ou plutôt cette séquence (épreuve du désert, soupçon du peuple, intervention de Dieu), s’est répété bien des fois, quand on a eu soif, mais aussi quand l’eau n’était pas bonne ou quand on eu faim (rappelons-nous la manne et les cailles et les eaux amères de Mara). Cela s’est répété si souvent qu’on a fini par comprendre que c’était presque inévitable, si on n’y prenait pas garde... Parce que l’homme est tenté d’accuser Dieu de ruse chaque fois que quelque chose ne va pas selon ses désirs. Et alors, pour bien retenir cette leçon capitale, on a écrit le récit du Jardin d’Éden : un serpent, particulièrement rusé, fait croire à l’homme et à la femme que c’est Dieu qui ruse avec eux. Il insinue : Dieu vous interdit les meilleurs fruits sous prétexte de vous garder du danger, il prétend que ces fruits sont vénéneux, alors que c’est tout le contraire. Et l’homme et la femme tombent dans le piège. Et c’est toujours la même histoire depuis que le monde est monde.

Comment se prémunir une fois pour toutes contre ce danger ? Ce psaume nous dit le moyen de nous protéger : il suffit de se planter dans le Temple comme un cèdre et de chanter pour Dieu « Qu’il est bon de rendre grâce au SEIGNEUR, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut ». On devrait traduire « il est bon pour nous de rendre grâce au SEIGNEUR, il est bon pour nous de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut ». Car, en fait, le peuple d’Israël ne nous a pas attendus pour comprendre que notre chant pour Dieu, c’est à nous qu’il fait du bien ! Saint Augustin dira : « Tout ce que l’homme fait pour Dieu profite à l’homme et non à Dieu ». Chanter pour Dieu, résolument, ouvrir les yeux sur son amour et sa fidélité, dès le matin et au long des nuits, c’est se protéger des ruses du serpent.

ANNONCER LA FIDÉLITÉ DE DIEU

Pour le dire, le psalmiste emploie l’expression : « Qu’il est bon... » ; c’est le même mot « bon » (tôv en hébreu) qui est employé pour dire « bon à manger ». Encore faut-il y avoir goûté pour pouvoir en parler !

Le psaume dit un peu plus loin (dans un verset qui n’est pas lu ce dimanche) « l’homme borné ne le sait pas... l’insensé ne peut pas le comprendre »... Mais le croyant, lui le sait : oui il est bon pour nous de chanter l’amour de Dieu et sa fidélité. Parce que c’est la vérité et que seule cette confiance invincible dans l’amour de Dieu, dans son dessein bienveillant, peut illuminer notre vie en toutes circonstances... alors que la méfiance, le soupçon fausse complètement notre regard. Soupçonner Dieu de ruse, c’est le piège dans lequel il ne faut pas tomber, un piège mortel.

Celui qui se protège ainsi est, dit notre psaume, comme un arbre qui « garde sa sève et sa verdeur » : en Terre sainte, c’est une image très suggestive. Si les cèdres du Liban, les palmiers des oasis font rêver, c’est parce qu’ici, le problème de l’eau est crucial ; l’eau est vitale et par endroits, tellement rare. On attend avec impatience la moindre pluie de printemps qui fait reverdir les paysages désertiques tout près de Jérusalem. Pour le croyant, l’eau vivifiante, c’est la présence de son Dieu. Si bien que, quand Jésus, plus tard, parlera d’eau vive, il ne fera que reprendre une image déjà bien connue.

Il est bon pour nous de prendre conscience et de chanter que Dieu est Amour... mais il est bon aussi pour les autres que nous le leur disions... C’est ce que veut dire la répétition du mot « annoncer » au début et à la fin du psaume. On a ici une « inclusion » : au début « Qu’il est bon de rendre grâce au SEIGNEUR, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, d’annoncer dès le matin ton amour » et à la fin « Le juste est comme un cèdre du Liban... vieillissant, il fructifie encore pour annoncer « le SEIGNEUR est droit ! » Ici, le mot « annoncer » signifie « annoncer aux autres, aux non-croyants »... Le peuple d’Israël n’oublie pas sa mission d’être témoin de l’amour de Dieu pour tous les hommes.

Dernière remarque : ce psaume porte une inscription tout au début (qu’on appelle la « suscription1 ») : elle précise que c’est un psaume pour le jour du sabbat, le jour par excellence où l’on chante l’amour et la fidélité de Dieu. C’est le jour ou jamais de le faire, bien sûr. Nous, chrétiens, pourrions bien en faire le psaume du dimanche ; car notre dimanche chrétien ne fait pas autre chose : chanter l’amour et la fidélité de Dieu qui se sont manifestés de manière totale et définitive en Jésus-Christ.
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Note

1 - La suscription : dans certains psaumes, le premier verset ne fait pas partie de la prière ; il est une indication pour sa mise en œuvre ou bien une présentation du thème et de l’esprit dans lequel il doit être chanté. On rencontre souvent, par exemple, la formule « De David ». Cela ne signifie pas que David est l’auteur incontesté du psaume en question, mais qu’il aurait pu partager la prière ou les sentiments qui y sont exprimés. On peut traduire « À la manière de David ».
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LECTURE DE LA DEUXIÈME LETTRE DE L’APÔTRE PAUL AUX CORINTHIENS 5, 6-10

     Frères,
6   nous gardons toujours confiance,
     tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur
     tant que nous demeurons dans ce corps ;
7   en effet, nous cheminons dans la foi,
     non dans la claire vision.
8   Oui, nous avons confiance,
     et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps
     pour demeurer près du Seigneur.
9   Mais, de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors,
     notre ambition, c'est de plaire au Seigneur.
10 Car il nous faudra tous apparaître à découvert
     devant le tribunal du Christ,
     pour que chacun soit rétribué selon ce qu'il a fait,
     soit en bien soit en mal,
     pendant qu'il était dans son corps.
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LA MORT COMME UNE NAISSANCE

Qui sait ce que pense le bébé qui va naître ; est-il conscient, seulement ? Et s'il l'est, appréhende-t-il ce passage ? Il paraît qu'une fois né, la lumière du jour l'aveugle, lui qui était dans l'obscurité ; jusqu'ici, il entendait quelques voix, désormais, il verra face à face ceux qui l'ont aimé, ceux qui lui ont parlé, ceux qui lui ont donné son nom avant même qu'il le sache.

Eh bien, pour Paul, la mort est une naissance. Jusque-là, nous sommes comme l’enfant qui va naître ; nous aussi, nous sommes dans l’obscurité. Mais quand nous naîtrons à la vraie vie, nous serons en pleine lumière : « Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. » (1 Co 13,12)

Tout comme le temps de la gestation n’a de sens qu’en fonction de la naissance qui se prépare, notre vie terrestre n’a de sens qu’en fonction de la vie définitive auprès du Seigneur. En attendant, heureusement, dans cette obscurité, il y a un rayon de lumière, c’est la foi. C’est elle qui nous aide à cheminer, qui nous aide à préparer la naissance qui approche : « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ». C’est la foi qui nous révèle le sens de notre vie actuelle, le sens de notre mort. C’est dans la foi que nous savons que notre mort est une naissance. Paul la compare ici à un passage de frontière entre l’exil et la mère-patrie. Pour l’instant, nous dit-il, nous sommes « en exil loin du Seigneur ». Car notre vraie patrie, c’est Lui.

C’est dans la foi, aussi, que nous savons que notre vie a un sens, c’est-à-dire à la fois une direction et une signification. La direction, on la connaît : pour le bébé, c’est le jour de l’accouchement, de la naissance... pour nous, le jour de notre mort biologique ; la signification, on risque peut-être plus de l’oublier ; alors Paul  y insiste ; car sur ce point, notre situation est très différente de celle du bébé qui va naître : lui ne peut rien faire pour activer les choses ; tout se déroule en-dehors de lui ; tandis que nous, nous avons un rôle capital à jouer : notre vie terrestre est vraiment le temps d’une gestation ; tout ce que nous faisons aujourd’hui prépare demain.

Paul s’en explique dans la lettre aux Philippiens : « Pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c’est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. » (Ph 1,21-23).

On voit bien ici que Paul a dépassé la crainte de la mort, au contraire il la désire.

LE BUT DU VOYAGE

Pour autant, notre vie terrestre n’est pas ignorée, méprisée ; elle est orientée ; elle n’est pas dépréciée, car c’est son but, au contraire, qui lui donne tout son prix. Un peu comme quand on est en voyage, il est essentiel de ne jamais perdre de vue le but du voyage ; et c’est le but qu’on s’est fixé qui justifie tout le reste, la route choisie, les étapes, et même les difficultés du chemin... Or, quel est le but du voyage du chrétien ? Demeurer auprès du Seigneur, de façon totale et définitive et faire entrer dans cette demeure, dans cette mère-patrie tous les exilés que nous avons rencontrés sur notre route.

Or l’efficacité de nos efforts n’est pas toujours évidente ! Sur ce point aussi nous sommes dans l’obscurité... Peut-être ici, pour comprendre ce texte, faut-il essayer d’imaginer ce que peuvent être les sentiments d’un apôtre qui consacre toutes ses forces à sa mission et qui n’en voit guère les fruits. Combien ont eu l’impression de travailler en pure perte, de prêcher dans le désert, comme on dit ? C’est à eux que Paul s’adresse. Et c’est pour cela qu’il insiste tellement sur la confiance : « Nous gardons toujours confiance... Oui, nous avons confiance... ». S’il doit le répéter, c’est que cela ne va peut-être pas de soi tous les jours pour tout le monde !

Nous ne verrons que plus tard la récolte, pour l’instant, il ne faut pas se lasser de semer. Quel genre de graines ? On s’en doute, évidemment. Paul emploie l’expression : « Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » ; il suffit d’avoir un peu lu l’Ancien Testament pour savoir ce qui plaît au Seigneur. À commencer par le prophète Michée : « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu ». (Mi 6,8).

Jérémie dit exactement la même chose, il dit, ce qui plaît au Seigneur, c’est le droit, la solidarité, la justice ; « Ainsi parle le SEIGNEUR : que le sage ne se vante pas de sa sagesse ! Que le fort ne se vante pas de sa force, que le riche ne se vante pas de sa richesse. Mais celui qui se vante, qu’il se vante plutôt de ceci : avoir assez d’intelligence pour me connaître, moi, le SEIGNEUR, qui exerce sur la terre la fidélité, le droit et la justice. Oui, en cela je me plais - oracle du SEIGNEUR ». (Jr 9,22-23).

Isaïe a même poussé l’audace jusqu’à dire qu’un païen comme le roi Cyrus pouvait plaire au Seigneur parce qu’il travaillait dans le bon sens si j’ose dire, quand il avait contribué à la reconstruction de la ville de Jérusalem et du Temple après l’Exil à Babylone.

Peut-être aurons-nous des surprises en passant la frontière ? Comme les hommes de la parabole rapportée par saint Matthieu ; à certains, le Seigneur dira : « Venez, les bénis de mon Père... Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire... » Alors ils demanderont : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?...  Eux aussi, comme dirait Paul, cheminaient sans voir. Et dans la lettre aux Éphésiens, il nous le promet : « Vous savez bien que chacun sera rétribué par le Seigneur selon le bien qu’il a fait. » (Ep 6,8).
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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MARC 4, 26-34

     En ce temps-là,
     parlant à la foule,
26 Jésus disait :
     « Il en est du règne de Dieu
     comme d'un homme
     qui jette en terre la semence :
27 nuit et jour,
     qu'il dorme ou qu'il se lève,
     la semence germe et grandit,
     il ne sait comment.
28 D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe,
     puis l'épi, enfin du blé plein l'épi.
29 Et dès que le blé est mûr,
     il y met la faucille,
     puisque le temps de la moisson est arrivé. »
30 Il disait encore :
     « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?
     Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?
31 Il est comme une graine de moutarde :
     quand on la sème en terre,
     elle est la plus petite de toutes les semences.
32 Mais quand on l'a semée,
     elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ;
     et elle étend de longues branches,
     si bien que les oiseaux du ciel
     peuvent faire leur nid à son ombre. »
33 Par de nombreuses paraboles semblables,
     Jésus leur annonçait la Parole,
     dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.
34 Il ne leur disait rien sans parabole,
     mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
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UN ROYAUME PAS COMME LES AUTRES

Jésus ne disait rien à la foule sans employer de paraboles, nous dit Marc ; c’était certainement la seule manière d’avoir un petit espoir d’être compris ! Car la leçon était quand même rude à faire passer ! Jésus lui-même annonce d’entrée de jeu qu’il va parler du Royaume de Dieu, mais tout le monde a déjà des idées là-dessus ; et les idées des hommes ne coïncident pas du tout avec les siennes, apparemment ! Alors il lui faut déployer toute une pédagogie dans la ligne de la conversion que l’Ancien Testament avait déjà entreprise.

Au début, le peuple d’Israël, comme tous les peuples, ne pouvait envisager le Règne de Dieu qu’en termes de Souveraineté.

Les psaumes, par exemple, chantent la souveraineté de Dieu sur le monde : « Le SEIGNEUR a établi son trône dans les cieux et sa royauté domine tout. » (Ps 102/103,19)... « Le SEIGNEUR, le Très-Haut est terrible ; il est le grand roi sur toute la terre. » (Ps 46/47,3)... « Le SEIGNEUR est roi, il est vêtu de majesté. » (Ps 92/93,1)... « Le SEIGNEUR est roi, que la terre exulte, que tous les rivages se réjouissent. » (Ps 96/97,1).

Dans cette optique, dire « À toi le règne, la puissance et la gloire » revient à dire « c’est toi le plus fort ! » Si les textes du livre de l’Exode nous présentent toujours les rencontres de Moïse avec Dieu dans l’orage, les éclairs, le feu et le tremblement de la montagne, c’est que sans toutes ces preuves de grandeur et de puissance, le peuple n’aurait jamais pu prendre ce Dieu au sérieux !

Même le grand prophète Élie, au début de sa carrière, ne peut pas imaginer Dieu autrement que dans des manifestations grandioses : et c’est le feu du ciel qu’il implore pour impressionner les prophètes des idoles. On se souvient de cette grande démonstration qui devait faire taire à tout jamais les incrédules : « À l’heure de l’offrande, le prophète Élie s’approcha et dit : SEIGNEUR, Dieu d’Abraham et d’Israël, fais que l’on sache aujourd’hui que c’est toi qui es Dieu en Israël... Réponds-moi, réponds-moi : que ce peuple sache que c’est toi, SEIGNEUR, qui es Dieu...  Et le feu du SEIGNEUR tomba et dévora l’holocauste, le bois, les pierres, la poussière, et il absorba même l’eau qui était dans le fossé. À cette vue, tout le peuple se jeta face contre terre et dit : C’est le SEIGNEUR qui est Dieu ; c’est le SEIGNEUR qui est Dieu ! » (1 R 18,36-39).

Ce jour-là, Dieu n’a pas désavoué son prophète, mais, quelque temps après… On se souvient comment, plus tard, Dieu a révélé au prophète Élie que sa puissance n’est pas ce que l’homme croit spontanément. C’est le fameux épisode d’Élie à l’Horeb : « Le SEIGNEUR dit à Élie : Sors et tiens-toi sur la montagne devant le SEIGNEUR ; voici, le SEIGNEUR va passer. Il y eut devant le SEIGNEUR un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le SEIGNEUR n’était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le SEIGNEUR n’était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le SEIGNEUR n’était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d’un souffle ténu (une brise légère)*. Alors, en l’entendant, Élie se voila le visage avec son manteau. » (1 R 19,11-13). Cette fois, Élie avait tout compris : Dieu n’est pas dans les démonstrations de puissance que nous aimons tant, il est dans la brise légère.

Ce paradoxe, si on y réfléchit, parcourt toute la Bible, dès l’Ancien Testament : à commencer par le choix surprenant d’un tout petit peuple pour porter au monde la plus grande des nouvelles. Et que dire du choix d’un homme bègue (Moïse) comme porte-parole et d’un couple stérile (Abraham et Sara) pour porter l’espoir d’une descendance nombreuse comme les étoiles. Dieu a choisi un petit berger de Bethléem pour vaincre le géant Goliath ; et des siècles plus tard, c’est aussi de Bethléem, petit village insignifiant que sortira le Fils de Dieu lui-même ; lequel va vivre caché pendant trente ans dans une bourgade perdue dont on se demandait « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? »

Ce qui sort de Nazareth, justement, c’est le Verbe, comme dit saint Jean, la Parole : comme une semence, elle est jetée à tous les vents, aux risques de la mauvaise terre et des piétinements ; et Dieu sait si le Verbe a été piétiné ; au risque même de se faire traiter de possédé du démon (Béelzéboul : Mc 3,22) ; mais il court le risque quand même, simplement parce que c’est la seule chose à faire. À travers même les échecs apparents du Christ, la déchéance et la mort sur la Croix, s’est levé sur le monde le triomphe de l’amour.
 

CONFIANCE, LA MOISSON VIENDRA

Telle est la leçon de ces paraboles, une magnifique leçon de confiance : Dieu agit, le royaume est une semence qui germe irrésistiblement, il est peut-être encore invisible, mais la moisson viendra. Jésus nous dit quelque chose comme : « Vous savez la puissance de vie qui se cache même dans une toute petite graine. Contentez-vous de semer : c’est votre travail de jardiniers. Dieu vous fait confiance pour cultiver son jardin. À votre tour, faites-lui confiance : la semence poussera toute seule, car c’est Dieu qui agit... C’est votre meilleure garantie. »

Jésus l’avait bien dit en parlant de lui-même : « En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si, au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jn 12,24). C’est là que se manifeste la vraie puissance de Dieu : la parole semée dans la pauvreté et l’humilité devient peu à peu un arbre immense dont les bras sont assez grands pour accueillir l’humanité tout entière. Voilà le dessein bienveillant de Dieu : « Réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. »

« La graine de moutarde, quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères, et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
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*Une « brise légère », c’est la traduction liturgique, mais c’est encore beaucoup trop fort. À vrai dire, l’expression hébraïque est intraduisible, car il s’agit d’un oxymore : littéralement « le bruit d’une poussière de silence » (ou d’un silence pulvérisé). Par hypothèse, un silence, c’est l’absence de bruit !

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 16 06 2024, 11e dimanche du temps ordinaire B

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6 juin 2024 4 06 /06 /juin /2024 14:12
Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

LECTURE DU LIVRE DE LA GENÈSE 3, 9-15

     Quand l’homme eut mangé du fruit de l’arbre,
9   Le SEIGNEUR Dieu l’appela et lui dit :
     « Où es-tu donc ? »
10 Il répondit :
     « Je t'ai entendu dans le jardin,
     j'ai pris peur parce que je suis nu,
     et je me suis caché. »
11 Le Seigneur reprit :
     « Qui donc t'a dit que tu étais nu ?
     Aurais-tu mangé de l'arbre
     dont je t'avais interdit de manger ?
12 L'homme répondit :
     « La femme que tu m'as donnée,
     c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre,
     et j'en ai mangé. »
13 Le SEIGNEUR Dieu dit à la femme :
     « Qu'as-tu fait là ? »
     La femme répondit :
     « Le serpent m'a trompée,
     et j'ai mangé. »
14 Alors le SEIGNEUR Dieu dit au serpent :
     « Parce que tu as fait cela,
     tu seras maudit parmi tous les animaux,
     et toutes les bêtes des champs.
     Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière
     tous les jours de ta vie.
15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme,
     entre ta descendance et sa descendance :
     celle-ci te meurtrira la tête,
     et toi, tu lui meurtriras le talon. »
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LA CONNAISSANCE HORS DE PORTÉE

On se souvient du récit de la Genèse : Dieu plante un jardin, peuplé d’arbres de toute sorte ; au centre du jardin, l’arbre de la vie, et puis, quelque part, dans ce même jardin, un autre arbre, celui de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux. Notons-le bien au passage, le texte ne dit pas de manière précise où est ce deuxième arbre.

Dieu confie ce jardin à l’homme pour qu’il le cultive et qu’il le garde ; la consigne est simple : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin, sauf d’un seul, celui-là, précisément, l’arbre de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux. » Puis Dieu crée la femme ; survient un serpent qui entame la conversation : « Alors, comme cela, Dieu a dit de ne pas manger de tous les arbres du jardin ? »* La femme est bien honnête, elle rectifie le propos : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » Elle est bien honnête, oui, et elle croit rectifier le propos, mais, sans le savoir, elle déforme déjà la vérité : le seul fait d’être entrée en conversation avec le serpent a déjà faussé son regard : on pourrait dire désormais que « l’arbre lui cache la forêt ». Maintenant, c’est l’arbre interdit qu’elle voit au milieu du jardin (et non l’arbre de vie). Le serpent peut continuer son petit travail de sape : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »** (Gn 3,2-5).

Devenir comme des dieux, par un simple geste magique, c’est irrésistible ; et la femme se laisse tenter. Le texte est laconique : « Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. »

Jusqu’ici, leur nudité (traduisez leur fragilité) ne les gênait pas l’un vis à vis de l’autre ; un peu plus haut, on peut lire : « Tous les deux, l’homme et sa femme, étaient nus, et ils n’en éprouvaient aucune honte l’un devant l’autre. » Ils pouvaient être transparents l’un pour l’autre, et l’homme accueillait sa femme nouvellement créée avec émerveillement : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair. » (Gn 2,23).  Désormais, ils ont honte l’un en face de l’autre. Finie la transparence.

De la même manière, leur nudité, leur fragilité, ne les gênait pas non plus face à Dieu : ils étaient en confiance. Mais le serpent leur a soi-disant ouvert les yeux en leur susurrant que Dieu n’était pas leur allié, qu’il voulait garder le meilleur pour lui, qu’il les redoutait presque ! Son petit discours insinuait ‘Il a peur que vous deveniez ses égaux !’

En fait, réellement, leurs yeux se sont ouverts, mais leur regard est complètement faussé : désormais, ils vivront dans la peur de Dieu, et c’est pour cela qu’ils se cachent. Mais voilà que Dieu les cherche et les interroge : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l'arbre dont je t'avais interdit de manger ? » Visiblement, le projet de Dieu est contrarié : l’homme n’aurait pas dû prendre conscience de sa nudité-fragilité de cette manière-là : il aurait dû pouvoir vivre sa condition dans la sérénité, et non dans cette peur et cette gêne qui viennent de s’emparer de lui. Aux questions de Dieu, l’homme et la femme répondent en disant la pure vérité, sans rien ajouter, sans rien retrancher : chacun des deux s’est laissé influencer et a désobéi ; l’homme dit : « La femme que tu m'as donnée, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. » Et la femme ajoute : « Le serpent m'a trompée, et j'ai mangé. » En définitive, tout vient du serpent.

 

LE SERPENT M'A TROMPÉE

On peut en tirer au moins une conclusion : le mal n’est pas dans l’homme ; voilà déjà une affirmation capitale de la Bible. Face à des civilisations pessimistes qui considèrent l’humanité comme foncièrement mauvaise, la Révélation affirme que le mal est extérieur à l’homme. Quand l’humanité s’engage sur des fausses pistes, c’est parce qu’elle a été trompée, séduite. Toute la lutte des prophètes, pendant toute la durée de l’histoire biblique vise justement les innombrables séductions qui menacent l’homme.

Le texte va plus loin ; Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux. » Ce qui revient à dire que le mal est maudit par Dieu ; la colère de Dieu, dans la Bible, est toujours contre ce qui détruit l’homme. Cela veut dire aussi que le mal est complètement étranger à Dieu : voilà encore une question que nous nous posons souvent : d’où vient le mal ? Est-ce Dieu qui l’a voulu ? La Bible répond deux choses : le mal ne vient pas de Dieu, et nous avons vu, déjà, qu’il ne fait pas non plus partie de la nature de l’homme.

L’homme et la femme avaient raison de vouloir être comme des dieux, et d’ailleurs, Dieu ne le leur reproche pas, puisqu’ils sont faits à sa ressemblance, et que le souffle de Dieu est la respiration de l’homme. Mais ils se sont laissé prendre à la tentation d’assouvir leur désir par eux-mêmes, dans une sorte de geste magique ; et ils n’ont expérimenté que le malheur.

Mais tout n’est pas perdu, et c’est la troisième bonne nouvelle de ce texte : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » C’est un combat qui est annoncé là ; un combat dont l’issue est déjà certaine. Car c’est au serpent que Dieu s’adresse : il sera atteint à la tête, la femme seulement au talon ; ce qui dit bien, de manière imagée, que l’humanité aura le dessus. Le mal n’aura pas le dernier mot.
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Notes

*Pour traduire littéralement le texte hébreu (Gn 2,9), il faudrait parler de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » ; mais cette traduction, grammaticalement bonne, risque de nous entraîner dans un véritable contresens : les mots « bien » et « mal » ont en français un sens abstrait qui ne correspond nullement à la sensibilité concrète, existentielle de la pensée hébraïque. C’est pourquoi, dans ce commentaire, on emploie de préférence l’expression « l’arbre de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux ».

On entend souvent dire que les deux fautifs rejettent leur faute sur autrui : en fait, ils ne disant que la stricte vérité : « La femme que tu m'as donnée, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre » : c’est vrai.

« Le serpent m'a trompée, et j'ai mangé » : cela aussi est exact : le serpent a abordé la femme pour lui faire son petit boniment sur le thème « quand Dieu vous interdit quelque chose, ce n’est pas pour votre bien ». Elle ne se « défausse » pas de sa responsabilité sur le serpent ; elle a réellement été trompée.

Compléments

- À la cour du roi Salomon, on se préoccupait de découvrir la sagesse, le véritable art de vivre ; ce texte nous incite à l’humilité : Dieu seul sait ce qui est bon pour nous ; l’arbre de la connaissance de ce qui rend heureux ou malheureux est inaccessible à l’homme ; en revanche, il est invité à se nourrir chaque jour du véritable arbre de vie qu’est la Loi donnée par Dieu, la Tôrah.

- C’est une certaine soif de connaissance qui a tenté l’homme ; une connaissance qui est une prise de pouvoir : « Vous serez comme des dieux ». Alors qu’il était invité à une autre connaissance, la seule qui vaille, la connaissance de Dieu au sens biblique, c’est-à-dire l’amour.

- La tradition chrétienne, relisant ce texte, y a vu une annonce lointaine de la victoire de la Nouvelle Ève, Marie. À tel point qu’on a parlé ici de « protévangile », c’est-à-dire d’un « pré-évangile » ; bien sûr, l’auteur de ce passage de la Genèse, qui écrivait probablement au temps du roi Salomon, ne pouvait pas avoir des visées aussi précises. Mais il annonçait clairement déjà, que le mal, un jour, sera vaincu.
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PSAUME 129 (130), Psaume des montées

1   Des profondeurs je crie vers toi, SEIGNEUR,
2   Seigneur, écoute mon appel !
     Que ton oreille se fasse attentive
     au cri de ma prière !

    3   Si tu retiens les fautes, SEIGNEUR,
     Seigneur, qui subsistera ?
4   Mais près de toi se trouve le pardon
     pour que l'homme te craigne.

    5   J'espère le SEIGNEUR de toute mon âme ;
     je l'espère, et j'attends sa parole.
6   Mon âme attend le Seigneur
     plus qu'un veilleur ne guette l'aurore.   

7   Oui, près du SEIGNEUR, est l'amour ;
     près de lui, abonde le rachat.
8   C'est lui qui rachètera Israël
     de toutes ses fautes.
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PRÈS DE TOI SE TROUVE LE PARDON

Nous avons tellement pris l’habitude de chanter ce psaume dans certaines circonstances, en particulier les enterrements, que nous en oublions qu’il a été composé pour tout autre chose ! En fait, il fait partie d’un ensemble de quinze psaumes qui portent tous le même sous-titre : « Psaume des montées », qu’on peut traduire « Psaumes de pèlerinage ». Tout simplement parce que, en hébreu, le verbe « monter » était employé pour dire « Aller à Jérusalem en pèlerinage ». Dans les Évangiles, d’ailleurs, l’expression « monter à Jérusalem » apparaît plusieurs fois dans le même sens : elle évoque le pèlerinage pour les trois fêtes annuelles, et en particulier, la plus importante d’entre elles, la fête des Tentes. Et ceux qui connaissent la région de Jérusalem comprennent tout de suite ! Jérusalem est à huit cents mètres d’altitude, à peu près, Jéricho à moins trois cents mètres ; on peut réellement parler d’une montée ! Encore que, bien sûr, le sens soit encore plus spirituel que géographique !

La Bible grecque a traduit « cantique des degrés », c’est-à-dire des « marches ». Or un escalier de quinze marches reliait la Cour des femmes au parvis du Temple ; certains en déduisent que chacun de ces quinze psaumes était chanté sur l’une des marches. Mais il est plus probable qu’ils accompagnaient l’ensemble du pèlerinage. Avant même d’arriver à Jérusalem, ces psaumes évoquaient par avance le déroulement de la fête.

Le psaume 129/130 est donc l’un des cantiques des Montées ; il semble évoquer un sacrifice de réparation qui devait être offert pendant la fête des Tentes, au cours d’une célébration pénitentielle. C’est pourquoi le vocabulaire de la faute et du pardon est relativement important dans ce psaume. Le pécheur qui parle ici, et qui supplie, sûr déjà d’être pardonné, c’est le peuple qui reconnaît à la fois l’infinie bonté de Dieu (sa Hessed) et l’incapacité foncière de l’homme à répondre à l’Alliance. Ces infidélités répétées à l’Alliance sont vécues comme une véritable « mort spirituelle » : « Des profondeurs, je crie vers Toi ». Mais ce cri s’adresse à celui dont l’Être même est le Pardon : c’est le sens de l’expression « Près de toi se trouve le pardon ». C’est dans son pardon que Dieu révèle sa puissance : Dieu est AMOUR et Il est DON, c’est la même chose ; or le PAR-DON n’est pas autre chose que le don : c’est le DON « par-delà », le don parfait, parachevé. Pardonner, c’est continuer à proposer une Alliance, un avenir possible, au-delà des infidélités de l’autre.

On sait que cette faculté de pardon de Dieu est l’une des grandes découvertes de Moïse ; c’est dans le livre de l’Exode que l’on entend cette magnifique définition du « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour ». Les prophètes ont répercuté cette Bonne Nouvelle, chaque fois qu’il fallait rendre l’espérance au peuple ; rappelez-vous Michée : « À quel Dieu te comparer, toi qui ôtes le péché, toi qui passes sur les révoltes ? Pour l’amour du reste (d’Israël), son patrimoine, loin de s’obstiner dans sa colère, lui, il se plaît à faire grâce. » (Mi 7,18). Et ce fameux texte d’Isaïe : « Recherchez le SEIGNEUR puisqu’il se laisse trouver, appelez-le puisqu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme malfaisant, ses pensées. Qu’il retourne vers le SEIGNEUR, qui lui manifestera sa tendresse, vers notre Dieu qui pardonne abondamment. » (Is 55, 6-7).

« Près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne » : cette formule très ramassée dit quelle doit être l’attitude du croyant face à ce Dieu qui n’est que don et pardon. Nous trouvons là encore une définition de la « crainte de Dieu » : ce n’est pas la crainte du châtiment ; au contraire, toute la pédagogie de Dieu au long de l’histoire biblique cherche à nous libérer de toute peur ; car la peur n’est pas une attitude d’homme libre et Dieu veut nous libérer totalement ; la « crainte de Dieu » au sens biblique, c’est une adoration pleine d’émerveillement devant la Toute-Puissance de Dieu faite seulement d’amour et de pardon ; une adoration, un émerveillement qui conduisent logiquement le croyant à obéir désormais à la Parole de Dieu, à ses commandements ; la « crainte de Dieu » n’est donc pas de la crainte au sens de la peur, mais une adoration confiante qui conduit à l’obéissance. Désormais, on fera tout son possible pour obéir à sa Loi dans la certitude que cette Loi n’est dictée que par son amour paternel.

LE PARDON DE DIEU, PILIER DE NOTRE ESPÉRANCE

Qu’on se rassure, cette certitude de la « miséricorde » de Dieu n’engendre pas chez le croyant la présomption ou l’indifférence au péché : au contraire ! Notre prise de conscience de la miséricorde de Dieu résonne en nous comme un appel à une vie meilleure ; et elle ouvre nos yeux sur les conséquences de nos actes.

Car le Par-don ne signifie pas pour autant effacement ni coup d’éponge : rien ne pourra effacer le mal que nous avons fait, ni le bien d’ailleurs ; et c’est bien ce qui fait la grandeur et la gravité, au sens étymologique du terme, le poids, de nos vies d’hommes ; le pardon, qu’il soit accordé par Dieu, ou par ceux qui ont souffert à cause de nous, n’efface rien, mais il permet de repartir dans une relation renouvelée. Il ne s’agit donc pas d’ignorer ou de minimiser nos fautes, mais de repartir toujours de l’avant, grâce au pardon de Dieu.

Cette certitude du PAR-DON, du DON toujours acquis au-delà de toutes les fautes inspire à Israël une attitude d’espérance extraordinaire. Israël repentant attend son pardon « plus qu’un veilleur ne guette l’aurore ». Il attend plus encore : au-delà du pardon ponctuel, ce qu’Israël attend, c’est la libération définitive du mal. Cette délivrance ne peut être l’œuvre que de Dieu seul : « C’est Lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes » : précisément parce que le peuple de l’Alliance expérimente sa faiblesse et son péché toujours renaissant, mais aussi la FIDÉLITÉ DE DIEU, il attend de Dieu lui-même la réalisation définitive de ses promesses. Au-delà du pardon immédiat, donc, c’est l’aurore définitive, l’aurore du Jour de  Dieu que ce peuple attend de siècle en siècle, qu’il « espère contre toute espérance » comme Abraham. Tous les psaumes sont traversés par cette attente. Tout comme le livre de la Genèse, que nous avons lu en première lecture, annonçait que le mal sera un jour définitivement vaincu, ce psaume 129/130 est habité par la même certitude.

Il ne nous vient jamais à l’idée que le jour pourrait oublier de se lever après la nuit... Les chrétiens savent encore plus sûrement que notre monde va vers son accomplissement : un accomplissement qui se nomme Jésus-Christ : « Notre âme attend le SEIGNEUR plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. »
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LECTURE DE LA DEUXIÈME LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS 4, 13 - 5,1

     Frères,
13 L'Écriture dit :
     J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.
     Et nous aussi, qui avons le même esprit de foi,
     nous croyons,
     et c'est pourquoi nous parlons.
14 Car, nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus
     nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus,
     et il nous placera près de lui avec vous.
15 Et tout cela, c'est pour vous,
     afin que la grâce, plus largement répandue,
     dans un plus grand nombre,
     fasse abonder l’action de grâce
     pour la gloire de Dieu.
16 C'est pourquoi nous ne perdons pas courage,
     et même si en nous l'homme extérieur va vers sa ruine,
     l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
17 Car notre détresse du moment présent est légère
     par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle
     qu'elle produit pour nous.
18 Et notre regard ne s'attache pas à ce qui se voit,
     mais à ce qui ne se voit pas ;
     ce qui se voit est provisoire,
     mais ce qui ne se voit pas est éternel.
5,1   Nous le savons, en effet,
     même si notre corps, cette tente qui est notre demeure sur la terre,
     est détruit,
     nous avons un édifice construit par Dieu,
     une demeure éternelle dans les cieux
     qui n'est pas l'œuvre des hommes.
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UNE BONNE NOUVELLE SE DOIT D’ÊTRE ANNONCÉE

Dès le début de ce passage, Paul se situe dans la longue lignée des croyants : « L’Écriture dit ‘J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé’. » Vous aurez du mal à retrouver cette phrase dans la Bible, car elle ne se trouve que dans la traduction grecque de la Septante ; c’est le premier verset du psaume 115/116 : ce psaume que, justement, nous avons chanté dimanche dernier (pour la fête du Corps et du Sang du Christ). Il va nous aider à comprendre cette lecture d’aujourd’hui.

Ce psaume évoquait les épreuves du croyant et le secours que Dieu lui avait apporté : « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? » Comme toujours, il s’agit d’abord ici de  l’expérience du peuple d’Israël tout entier avec toute son histoire : l’esclavage, sa lutte pour la liberté, sa libération par Dieu : « Il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ? » Mais l’expérience individuelle du croyant se reconnaît, elle aussi, dans ce chemin d’épreuves et de reconnaissance de la présence agissante de Dieu. C’est à cela que Paul se réfère ici. Le psaume disait « Moi qui ai dit dans mon trouble ‘l’homme n’est que mensonge’ » : les Corinthiens, dont certains ne se sont pas privés de calomnier Paul, comprendront très bien l’allusion.

Pour autant, Paul n’écrit pas pour régler des comptes : chez lui, c’est l’émerveillement de la foi qui prime. Et, comme toujours, chez Paul, la foi veut dire foi que Jésus est ressuscité : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. Et nous aussi, qui avons le même esprit de foi, nous croyons, et c’est pourquoi nous parlons. CAR, nous le savons, Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus. » Il faut bien entendre le mot CAR. Pour Paul, depuis le chemin de Damas, la Résurrection du Christ est une évidence aveuglante ; dans sa première lettre à ces mêmes Corinthiens, il affirmait : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. » (1 Co 15,14).

Et la Résurrection du Christ annonce et préfigure la nôtre ; cela aussi, pour Paul, est une évidence ; dans sa première lettre, toujours, il ne les sépare pas : « Si l’on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d’entre vous disent-ils qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité...  Mais non ; Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui sont morts. » (1 Co 15,12-13.20) Comme vous savez, les prémices, dans l’Ancien Testament, ce sont les premières gerbes de la récolte et elles représentent l’ensemble de la moisson. Belle manière de dire que le Christ n’est pas le Fils solitaire de Dieu, il est le Fils aîné, premier-né d’une multitude de frères, comme dit encore Paul. C’est l’humanité tout entière qui a vocation à la Résurrection : « Comme tous meurent en Adam, en Christ, tous recevront la vie. » (1 Co 15,22).

C’est pour cela qu’un véritable apôtre ne peut pas se désintéresser du nombre de ses auditeurs : nous prenons peut-être quelquefois un peu vite notre parti de la déchristianisation : l’Église n’est pas là pour faire du marketing, c’est une évidence, mais si nous ne sommes pas pressés que la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ se répande, c’est qu’elle n’est pas vraiment Bonne Nouvelle ! Une vraie Bonne Nouvelle, on la crie sur les toits. Il y a tout cela dans ce passage : « afin que la grâce, plus largement répandue, dans un plus grand nombre, fasse abonder l’action de grâce pour la gloire de Dieu. »

C’est cette foi indomptable qui pousse l’apôtre à parler : « J’ai cru, C’EST POURQUOI j’ai parlé ». Dire « foi indomptable », c’est dire qu’elle rencontre inévitablement la contradiction. Si Paul précise « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage... », c’est bien qu’il y aurait de quoi perdre courage.

 

GARDER LES YEUX FIXÉS SUR LA RÉSURRECTION DU CHRIST ET LA NÔTRE

Jésus avait prévenu ses disciples que la persécution ferait partie du programme : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. » (Mt 16,24). Cette annonce se situe dans l’évangile de Matthieu à un moment très important : entre la profession de foi de Pierre à Césarée et la Transfiguration. Tout de suite après la phrase émerveillée de Pierre, « C’est toi, le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus annonce sa propre passion, sa mort et sa Résurrection ; et il ajoute aussitôt que ceux qui prendront sa suite marcheront sur ses traces, de souffrance et de gloire.

Lorsqu’il écrit cette seconde lettre aux Corinthiens, Paul a déjà expérimenté la souffrance, physique et morale, dans l’exercice de son ministère. Au début de cette lettre, il le rappelle très clairement : « Le péril que nous avons couru en Asie nous a accablé à l’extrême, au-delà de nos forces, au point que nous désespérions même de la vie. Notre confiance ne pouvait plus se fonder sur nous-mêmes mais sur Dieu qui ressuscite les morts. » (2 Co 1,8-9).

La seule manière de surmonter les épreuves, c’est de garder les yeux fixés sur la Résurrection du Christ et la nôtre : Paul oppose ce qui est  provisoire et ce qui est éternel, l’homme extérieur et l’homme intérieur, ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, les épreuves du moment présent et la  gloire éternelle qui nous est promise : « Notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu'elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. »1

Aux yeux de Paul, les épreuves ne sont pas souhaitables, mais elles sont inévitables ; mieux, le lieu de la détresse est aussi celui de la consolation : Paul ne se fait pas un titre de gloire de ses épreuves en elles-mêmes, mais c’est là qu’il expérimente la présence et la tendresse du Ressuscité. Au tout début de cette même lettre, il reprend un mot d’Isaïe : « Consolez, consolez mon peuple, dit Dieu » (Is 40, 1) et il écrit : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ; il nous console dans toutes nos détresses, pour nous rendre capables de consoler tous ceux qui sont en détresse, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde aussi notre consolation. » (2 Co 1,3-5).
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Note

1 - Saint-Exupéry avait-il lu Paul quand il écrivait « L’essentiel est invisible pour les yeux » ?
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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC 3, 20-35

      En ce temps-là,
20 Jésus revint à la maison avec ses disciples,
     où de nouveau la foule se rassembla,
     si bien qu'il n'était même pas possible de manger.
21 Les gens de chez lui, l'apprenant,
     vinrent pour se saisir de lui,
     car ils affirmaient :
     « Il a perdu la tête. »
22 Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
     « Il est possédé par Béelzéboul ;
     c'est par le chef des démons
     qu'il expulse les démons. »
23 Les appelant près de lui,
     Jésus leur dit en parabole :
     « Comment Satan peut-il expulser Satan ?
24 Si un royaume est divisé contre lui-même,
     ce royaume ne peut pas tenir.
25 Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
     ces gens ne pourront pas tenir.
26 Si Satan s'est dressé contre lui-même, s'il s'est divisé,
     il ne peut pas tenir ;
     c'en est fini de lui.
27 Mais personne ne peut entrer dans la maison d'un homme fort
     et piller ses biens,
     s'il ne l'a d'abord ligoté.
     Alors seulement il pillera sa maison.
2   Amen, je vous le dis :
     Tout sera pardonné aux enfants des hommes,
     leurs péchés et les blasphèmes qu'ils auront proférés.
29 Mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint,
     il n'aura jamais de pardon.
     Il est coupable d'un péché pour toujours. »
30 Jésus parla ainsi parce qu'ils avaient dit :
     « Il est possédé par un esprit impur. »
31 Alors arrivent sa mère et ses frères.
     Restant au-dehors, ils le font appeler.
32        Une foule était assise autour de lui ;
     et on lui dit :
     « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors :
     ils te cherchent. »
33 Mais il leur répond :
     « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? »
3   Et parcourant du regard
     ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
     il dit : « Voici ma mère et mes frères.
35 Celui qui fait la volonté de Dieu,
     celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
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IL EST VENU CHEZ LUI ET LES SIENS NE L’ONT PAS REÇU

On croirait entendre saint Jean nous dire en parlant de Jésus : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu » et encore « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Marc le dit autrement, mais il me semble que c’est bien le même message.

Les siens, les voilà : sa famille d’origine, mais aussi, sa communauté religieuse, les scribes de Jérusalem. Pour les uns comme pour les autres, Jésus est surprenant, inattendu, voire choquant. Alors, chacun se forge une explication : soit il est fou (c’est l’explication de la famille), soit il a fait un pacte avec le diable (ce sont les autorités religieuses qui le disent).

Curieusement, Jésus ne cherche pas à discuter avec ceux qui le croient fou, mais il prend très au sérieux l’autre accusation, celle d’être possédé du démon. Il commence par faire appel à la logique : on dit souvent que l’union fait la force, à l’inverse, dit Jésus, tout groupe divisé va à sa perte. Un royaume divisé par la guerre civile sera la proie des autres peuples qui profiteront de ses divisions ; une famille qui n’a plus d’esprit de famille n’est plus une famille ; et si Satan travaille contre lui-même, il n’ira pas bien loin. Dans ce cas-là, a l’air de dire Jésus, vous n’auriez qu’à vous réjouir, vous qui êtes les ennemis du diable, par profession, si j’ose dire.

Jusqu’ici, les explications de Jésus sont claires. Il continue : « Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté. Alors seulement il pillera sa maison. » Marc nous a prévenus, il faut entendre cette phrase comme une parabole, on peut donc traduire : l’homme fort, c’est Satan ; si moi, Jésus, je me suis rendu maître dans la maison de Satan, puisque j’expulse les démons, c’est que je suis plus fort que Satan... entendez : Jésus est le vainqueur du mal. Le livre de la Genèse que nous avons entendu en première lecture, annonçait que le mal, un jour, serait vaincu : Jésus se présente ici comme celui qui enlève le mal du monde.

Puis Jésus quitte le registre des explications, le ton devient beaucoup plus grave : « Amen, je vous le dis : Tout sera pardonné aux enfants des hommes, leurs péchés et les blasphèmes qu'ils auront proférés. Mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint, il n'aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. »

La première partie de la phrase ne nous étonne pas, heureusement ; nous sommes bien persuadés que Dieu pardonne toujours ; il pardonnera même, a l’air de dire Jésus, à ceux qui m’auront pris pour un fou. La miséricorde de Dieu est sans limite, l’Ancien Testament l’a tant de fois répété : « Oui, près du SEIGNEUR, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat » disait le psaume 129/130.

 

LE SOUPÇON CONTRE DIEU, SEUL PÉCHÉ IMPARDONNABLE

Mais alors, la deuxième phrase nous choque : Jésus dit qu’il existe un péché impardonnable, ce qu’il appelle le blasphème contre l’Esprit. Pourquoi emploie-t-il cette expression ? Que s’est-il passé au juste ? Rappelez-vous le début de l’évangile de Marc : la réputation de Jésus est parvenue à Jérusalem, on dit partout qu’il guérit les malades, et qu’il expulse les démons. Le peuple, dans sa simplicité, ne s’y trompe pas et reconnaît là l’œuvre de Dieu. Et c’est bien pour cela que l’on vient à lui en foule.

Mais certains scribes, eux, sont tellement loin de Dieu, maintenant, qu’ils ne savent même plus reconnaître l’œuvre de Dieu. C’est bien cela que Jésus leur reproche : leur attitude ressemble à celle du serpent du jardin de la Genèse. Le serpent avait prétendu révéler à l’homme et à la femme que Dieu, en donnant sa loi, était profondément malfaisant, malveillant ; le discours du serpent, était : « Dieu vous interdit les fruits de cet arbre, sous prétexte qu’ils sont vénéneux, mais au contraire, c’est pour les garder pour lui, parce qu’ils sont excellents ».

Jésus ne traite pas les scribes de serpents, mais il n’en est pas loin ; leur discours, en effet, ressemble à une mise en garde sur le thème : « vous prenez Jésus pour un bienfaiteur de l’humanité, mais vous ne voyez pas qu’il est votre ennemi, puisqu’il est l’ennemi de la vraie religion. »

Prêter des arrière-pensées malveillantes à Celui qui n’est qu’Amour, c’est cela que Jésus appelle « blasphémer contre l’Esprit ». Car c’est au moment même où Jésus guérit que les scribes le traitent de démon ; c’est n’avoir vraiment rien compris à l’amour de Dieu. Et, du coup, ils deviennent incapables de l’accueillir.  Car on sait bien que l’Amour ne peut se donner que s’il est accueilli. Voilà pourquoi Jésus dit que ce péché-là est impardonnable : ce n’est pas que Dieu refuserait de pardonner, ce sont les cœurs des scribes qui sont fermés.

La fin du texte va exactement dans le même sens : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? ... Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » En d’autres termes, pour reconnaître le doigt de Dieu à l’œuvre, encore faut-il être de la famille de Dieu. Jésus dit cela en regardant tous ceux qui étaient en cercle autour de lui, c’est-à-dire cette foule qui accourait vers lui, parce qu’elle reconnaissait en lui la présence de l’Esprit. Là encore, on croit entendre saint Jean : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu... Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1,12).
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Complément

Jésus était-il « Fou » ? Ceux qui l’accusent de « folie » ne savent pas si bien dire ! Mais c’est la folie de Dieu. Le Dieu Tout-Autre ne peut pas ne pas nous surprendre (ses pensées ne sont pas nos pensées ; Is 55, 8). « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes. » (1 Co 1,25). La prétendue sagesse des hommes a éliminé Jésus ; mais c’est bien la folie de Dieu qui a sauvé le monde.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 09 06 2024, 10e dimanche du temps ordinaire B

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30 mai 2024 4 30 /05 /mai /2024 23:13

Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en

  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame (disponible seulement à compter du 29 mai 2021).

LECTURE DU LIVRE DE L’EXODE 24,3-8

     En ces jours-là,
3   Moïse vint rapporter au peuple
     toutes les paroles du SEIGNEUR et toutes ses ordonnances.
     Tout le peuple répondit d'une seule voix :
     « Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites,
     nous les mettrons en pratique. »
4   Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR.
     Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne,
     et il dressa douze pierres pour les douze tribus d'Israël.
5   Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël
     d'offrir des holocaustes,
     et d'immoler au SEIGNEUR des taureaux
     en sacrifice de paix.
6   Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ;
     puis il aspergea l'autel avec le reste du sang.
7   Il prit le livre de l'Alliance et en fit la lecture au peuple.
     Celui-ci répondit :
     « Tout ce que le SEIGNEUR a dit,
     nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
8   Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit :
     « Voici le sang de l'Alliance
     que, sur la base de toutes ces paroles,
     le SEIGNEUR a conclue avec vous. »
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L’ALLIANCE CONCLUE AU SINAÏ

Il y en a des choses surprenantes dans ce texte ! Ces usages bien loin des nôtres, d’abord, et puis l’insistance sur le sang, avec une expression que nous connaissons très bien, évidemment, « le sang de l’Alliance ».

Mais, si les usages qui sont rapportés ici nous surprennent, n’oublions pas que Moïse a vécu vers 1250 av. J.C. Ces coutumes sont donc vieilles de trois mille ans et même plus, car Moïse ne les a pas inventées ; elles étaient courantes dans beaucoup d’autres peuples à cette époque. Elles subsistent d’ailleurs encore aujourd’hui, au vingt-et-unième siècle, dans certains peuples dont l’histoire a évolué moins vite. Le texte biblique nous décrit ici le cérémonial habituellement utilisé pour un contrat d’Alliance entre deux peuples jusque-là ennemis. Mais, cette fois, les contractants sont Dieu lui-même... et un tout petit peuple.

Et, surtout, ce qui est intéressant, c’est de voir comment Moïse a repris un rite habituel mais en lui donnant un sens tout-à-fait neuf ! Si on y regarde bien, les deux réalités, le rite ancien, d’une part, le nouveau sens donné par Moïse, d’autre part, sont imbriquées dans ce texte de manière extrêmement serrée : ce qui vient de la tradition ancienne, ce sont les usages des pierres dressées, de l’immolation des animaux, de l’aspersion du sang sur un autel qui représente la divinité et également de l’aspersion de sang sur le peuple. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la notion même d’Alliance proposée par Dieu, c’est le don de la Loi par Dieu, et enfin, l’engagement du peuple d’obéir à cette loi.

Il suffit de relire le texte dans l’ordre pour voir à quel point tous ces éléments sont imbriqués :

« En descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du SEIGNEUR et tous ses commandements. Le peuple répondit d’une seule voix : Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique.  Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR... » 

Le récit commence donc par le plus important, la parole de Dieu. Quand les descendants de Moïse, des siècles plus tard, relisent ce passage, ils comprennent tout de suite le message : ce n’est pas le sacrifice en lui-même qui compte ; le plus important c’est l’Alliance, la fidélité à la Parole de Dieu.

Puis le récit décrit les rites du sacrifice lui-même : l’autel au pied de la montagne, les douze pierres qui représentent les douze tribus d’Israël, c’est-à-dire l’ensemble du peuple. Le mot « peuple » revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans le texte ; car c’est bien avec un peuple et non avec un individu ou même des individus que l’Alliance est conclue ! Les douze pierres dressées signifient que le peuple entier est concerné et que son unité se fera autour de cette Alliance. Là encore, il y a un message pour les futurs lecteurs : il a peut-être été bien utile, parfois, de rappeler aux douze tribus ce qui les unissait et depuis si longtemps, puisque cela remonte au tout début de la sortie d’Égypte.

Quelques jeunes gens sacrifient les taureaux : soit dit en passant, cette fonction n’est donc pas encore réservée aux prêtres. Puis c’est le rite du sang : tout d’abord, Moïse asperge l’autel qui représente Dieu, et aussitôt il reprend le livre de l’Alliance et il lit au peuple les paroles de Dieu et le peuple s’engage à obéir.

« Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »

 

LE SACRIFICE, GESTE D’ALLIANCE

Enfin, Moïse asperge le peuple : ce rite du sang signifie que l’Alliance devient « vitale » pour les contractants ; manière de dire que désormais, le nouveau lien ainsi créé entre Dieu et le peuple l’est « à la vie à la mort ». Et aussitôt, Moïse rappelle que ceci n’a de sens que référé à l’Alliance que Dieu vient de sceller avec son peuple : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le SEIGNEUR a conclue avec vous. » Ce qui est premier, donc, ce n’est pas le sacrifice pour le sacrifice, c’est l’Alliance, formulée dans cette Parole de Dieu.

Pour le dire autrement, le sacrifice n’est jamais un but en soi : il ne vaut que par l’engagement d’amour et de fidélité qu’il instaure et couronne entre Dieu et son peuple.

Avec Moïse, une étape essentielle est donc franchie : le sacrifice n’est plus un rite magique, il est tissé de la parole d’un engagement réciproque, il devient mystère de foi.

Mais la confiance ne naît pas toute seule : l’amour filial ne peut naître qu’en réponse à un amour paternel ;

 Moïse précise bien que c’est Dieu qui a pris l’initiative : il dit « L’Alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous » ; ce n’est pas Israël qui a essayé d’atteindre ce Dieu dont il n’avait même pas idée, c’est Dieu lui-même qui est venu le chercher, lui proposer l’Alliance et se révéler peu à peu comme le Dieu qui libère et qui fait vivre. Une des grandes particularités de la foi du peuple juif est d’avoir compris que toute l’initiative vient de Dieu ; tout ce que fait l’homme, prière, sacrifice, offrande ne vient qu’en réponse à l’amour de Dieu qui est premier.

Alors le peuple peut s’engager sur la voie de l’obéissance (« Tout ce que Dieu a dit, nous y obéirons ») parce qu’il a fait l’expérience très concrète de l’œuvre de Dieu en sa faveur. Le don de la loi se situe par hypothèse après la sortie d’Égypte, donc après la libération de l’esclavage. Le peuple est devenu un peuple libre grâce à l’initiative de Dieu ; il peut donc désormais croire que l’obéissance qui lui est demandée maintenant s’inscrit en droite ligne de cette œuvre de libération. C’est ce que saint-Paul appelle « l’obéissance de la foi », c’est-à-dire la confiance tout simplement.
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Complément

« Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » (verset 7). Ne nous y trompons pas, ce n’est pas à Dieu que notre obéissance profite. Si Dieu nous donne des commandements, c’est parce que nous ne pouvons pas trouver notre bonheur hors d’un certain mode de vie. Quand nous désobéissons aux commandements, c’est à nous que nous faisons du mal, c’est notre propre malheur que nous construisons. Notre faute à l’égard de Dieu, c’est de ne pas lui faire confiance pour diriger notre vie. Quand l’enfant se brûle au feu que nous lui avions interdit d’approcher, c’est lui qui est brûlé. À notre égard, sa seule faute est de n’avoir pas écouté, par orgueil ou manque de confiance en nous.
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PSAUME 115 (116),12-13.15-16ac.17-18

12 Comment rendrai-je au SEIGNEUR
     tout le bien qu'il m'a fait ?
13 J'élèverai la coupe du salut,
     j'invoquerai le nom du SEIGNEUR.

15 Il en coûte au SEIGNEUR
     de voir mourir les siens !
16 Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur,
     moi, dont tu brisas les chaînes ?

17 Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce,
     j'invoquerai le nom du SEIGNEUR.
18 Je tiendrai mes promesses au SEIGNEUR,
     oui, devant tout son peuple.
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EN SOUVENIR DE LA LIBÉRATION D’ÉGYPTE

Nous retrouvons dans ce psaume tous les éléments importants de la première lecture de cette fête du Corps et du Sang du Christ : en tout premier, l'œuvre libératrice de Dieu, puis la reconnaissance par les croyants de cette initiative de Dieu, et enfin l'engagement d'obéissance. « Moi dont tu brisas les chaînes », voilà l’œuvre de Dieu ; et on sait bien à quelles chaînes le psalmiste pense : il s’agit d’abord de la libération d’Égypte ; chaque année, spécialement au moment de la Pâque, les descendants de ceux qui furent esclaves en Égypte revivent les grandes étapes de leur libération : la vocation de Moïse, ses multiples tentatives pour obtenir de Pharaon la permission de partir, sans avoir toute l’armée à leurs trousses, l’obstination du roi... et les interventions répétées de Dieu pour encourager Moïse à persévérer malgré tout dans son entreprise. Pour finir, le peuple a pu s’enfuir et survivre miraculeusement alors que l’endurcissement du Pharaon a causé sa perte.

Quand on chante ce psaume, des siècles plus tard, au Temple de Jérusalem, cette étape de la sortie d’Égypte est franchie depuis longtemps, mais elle n’est qu’une étape justement ; on sait bien qu’il ne suffit pas d’avoir quitté l’Égypte pour être vraiment un peuple libre ; que d’esclavages individuels ou collectifs sévissent encore à la surface de la terre ! Esclavage de la pauvreté, voire de la misère sous tant de formes ; esclavage de la maladie et de la déchéance physique ; esclavage de l’idéologie, du racisme, de la domination sous toutes ses formes... L’Égypte de la Bible a pris au long des siècles et prend encore aujourd’hui quantité de visages sous toutes les latitudes : mais on sait aussi que, inlassablement, Dieu soutient nos efforts pour briser nos chaînes.

Car l’histoire humaine qui nous donne, hélas, mille exemples d’esclavages, nous montre aussi (et c’est magnifique) la soif de liberté qui est inscrite au plus profond du cœur de l’homme, et qui résiste à toutes les tentatives pour l’étouffer. Cette soif de liberté, les croyants savent bien qui l’a insufflée dans l’homme ; ils l’appellent l’Esprit. Notre psaume sait « qu’il en coûte au SEIGNEUR de voir mourir les siens ! » et qu’il lui en coûte tellement qu’Il est à l’origine de tous les combats pour la vie et pour la liberté de tout homme, quel qu’il soit.

 

LE LIBRE CHOIX DU SERVICE

À ce Dieu qui a fait ses preuves, si l’on peut dire, on peut faire confiance. Ce n’est pas lui qui nous enchaînera, il est bien trop jaloux de notre liberté ! Et, alors, librement, on se met à sa suite, on l’écoute : « Ne suis-je pas, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ? » ; le mot « serviteur » ici, peut s’entendre plutôt comme disciple. Dans la Bible, il ne s’agit pas de « servir » Dieu dans le sens où il aurait besoin de serviteurs...

Cela est valable pour les idoles, les dieux que l’homme s’est inventés : curieusement, quand nous imaginons des dieux, nous croyons qu’ils ont besoin de notre encens, de nos louanges, de nos compliments, de nos services.

Au contraire, le Dieu d’Israël, le Dieu libérateur n’a nul besoin d’esclaves à ses pieds, il nous demande seulement d’être ses disciples parce que lui seul peut nous faire avancer sur le difficile chemin de la liberté. Et l’expérience d’Israël, comme la nôtre, montre que dès qu’on cesse de se laisser mener par ce Dieu-là et par sa parole, on retombe très vite dans quantité de pièges, de déviations, de fausses pistes.

C’est pour cela que le psaume affirme si fort : « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » : résolution affirmée deux fois en quelques versets ; c’est une véritable résolution, effectivement, celle de ne pas invoquer d’autres dieux, donc de tourner le dos définitivement à l’idolâtrie. « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR », cela revient à dire « je m’engage à ne pas en invoquer d’autre ! » Et on sait que les prophètes ont dû lutter pendant de nombreux siècles contre l’idolâtrie.

Il faut dire que la fidélité à cette résolution exigeait une grande confiance en Dieu, mais aussi bien souvent un immense courage face au polythéisme des peuples voisins. Pendant la domination grecque sur la terre d’Israël, par exemple, et ceci se passe très tardivement dans la Bible, peu avant la venue du Christ, les Juifs ont dû affronter l’effroyable persécution d’Antiochus IV Épiphane : rester fidèle à la promesse contenue dans cette phrase « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » revenait à signer son propre arrêt de mort.

Cette résolution « J’invoquerai le nom du SEIGNEUR » est associée à des rites : « J’élèverai la coupe du salut »... « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce. » Nous retrouvons ici, comme dans le livre de l’Exode que nous lisons en première lecture, la transformation radicale apportée par Moïse : désormais, les gestes du culte ne sont plus des rites magiques, ils sont l’expression de l’Alliance, reconnaissance de l’œuvre de Dieu pour l’homme. La coupe s’appelle désormais « coupe du salut » ; le sacrifice, désormais, est toujours sacrifice d’action de grâce parce que l’attitude croyante n’est que reconnaissance.

Enfin, ce psaume 115/116 fait partie d’un petit ensemble qu’on appelle les psaumes du Hallel, qui sont une sorte de grand Alléluia, et qui étaient chantés lors des trois grandes fêtes annuelles, la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tentes.

Lors de sa dernière Pâque à Jérusalem, Jésus lui-même a donc chanté ces psaumes du Hallel et en particulier notre psaume d’aujourd’hui, le soir du Jeudi saint, alors qu’avec ses disciples, il venait d’élever une dernière fois la coupe du salut, alors qu’il allait offrir sa propre vie en sacrifice d’action de grâce : du coup, pour nous, ce psaume devient encore plus parlant ; nous savons que c’est Jésus-Christ qui délivre définitivement l’humanité de ses chaînes. À sa suite, et même avec lui, nous pouvons chanter : « Comment rendrai-je au SEIGNEUR tout le bien qu’il m’a fait ? ».
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LECTURE DE LA LETTRE AUX HÉBREUX 9,11-15

     Frères,
11 le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir.
     Par la tente plus grande et plus parfaite,
     celle qui n’est pas œuvre de mains humaines
     et n'appartient pas à cette création,
12 il est entré une fois pour toutes
     dans le sanctuaire,
     en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux,
     mais son propre sang.
     De cette manière, il a obtenu une libération définitive.
13 S'il est vrai qu'une simple aspersion
     avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse,
     sanctifie ceux qui sont souillés,
     leur rendant la pureté de la chair,
14 le sang du Christ fait bien davantage,
     car le Christ, poussé par l'Esprit éternel,
     s'est offert lui-même à Dieu
     comme une victime sans défaut ;
     son sang purifiera donc notre conscience
     des actes qui mènent à la mort
     pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant.
15 Voilà pourquoi il est le médiateur d'une Alliance nouvelle,
     d’un testament nouveau :
     puisque sa mort a permis le rachat des transgressions
     commises sous le premier Testament,
     ceux qui sont appelés
     peuvent recevoir l'héritage éternel jadis promis.
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DE L’ANCIEN AU NOUVEAU TESTAMENT

La lettre aux Hébreux s'adresse à des chrétiens qui connaissent parfaitement bien la religion juive et l'Ancien Testament ; c'est d'ailleurs ce qui la rend un peu difficile pour nous parce qu'elle parle abondamment de tous les rites juifs que nous ne connaissons pas toujours très bien ! Ici, par exemple, il est question de prêtre, de temple, de sacrifice, de victime, de sang versé : tous ces mots appartiennent à l'Ancien Testament : nous les connaissons, nous les utilisons, nous aussi, en Christianisme, mais nous serions parfois bien en peine de dire quelles réalités ils recouvrent, pour les Juifs, d'une part, pour les chrétiens, de l'autre, et s'il s'agit bien de la même chose !

L'objectif clairement avoué de la lettre aux Hébreux est de nous dire : les mots sont ceux de l'Ancien Testament mais la réalité qu'ils recouvrent est totalement nouvelle : parce que, avant Jésus-Christ, on était dans le régime de la première Alliance, alors que, désormais, nous sommes dans le régime de la Nouvelle Alliance.

Nous avons déjà eu souvent l'occasion de déchiffrer au long de l'histoire biblique un changement radical d'orientation, de compréhension, une conversion du sens de certains mots (la crainte de Dieu par exemple) ou de certains gestes : rappelons-nous l'évolution des sacrifices. Tout récemment, nous avons vu comment a évolué la foi au Dieu unique jusqu'à ce qu'on puisse enfin entendre la Révélation du Dieu-Trinité.

En lisant la lettre aux Hébreux, il est plus que jamais indispensable de se rappeler que Dieu a déployé auprès de son peuple une pédagogie très lente, très patiente ; au départ, quand Dieu a choisi les Hébreux pour en faire son peuple, ils avaient une religion semblable à celle de leurs voisins, inspirée par une certaine idée de Dieu : au fur et à mesure que Dieu se révélait à eux tel qu'il est et non tel qu'on se l'imaginait, inévitablement, l'attitude de l'homme changeait ; les gestes religieux étaient épurés, convertis, transformés.

Avec la venue du Christ, sa vie terrestre, sa Passion, sa mort et sa Résurrection, tout ce qui a précédé est considéré par les chrétiens comme une étape nécessaire, mais révolue ; et donc, c'est volontairement que l'auteur de la lettre aux Hébreux accumule les références aux usages de l'Ancien Testament pour annoncer haut et fort qu'ils sont caducs.

Mais, pour comprendre le nouveau sens des mots, il faut refaire le chemin qu'ont fait les hommes de l'Ancien Testament, comprendre quelle logique animait tout le culte juif avant Jésus-Christ. Au départ, tout reposait sur l'idée d'un Dieu lointain, tout-puissant, qui tenait entre ses mains le sort de l'humanité. Tout-Autre que l'homme, il demeurait dans des horizons inaccessibles : aucun homme ne pouvait l'atteindre, ni même l'apercevoir : pour l'atteindre, il aurait presque fallu n'être plus un homme ; or il fallait bien l'atteindre pour qu'il entende les prières des hommes et qu'il répande sur eux tous les bienfaits dont lui seul avait le secret.

 

UN SACERDOCE NOUVEAU

De là est née l'institution du sacerdoce : certains hommes étaient mis à part, séparés des autres, pour être réservés (on disait « consacrés ») au rôle d'intermédiaires entre Dieu et le reste du peuple. Pour accéder au domaine de Dieu, le domaine du « sacré », il leur fallait quitter définitivement le domaine des autres hommes, qu'on appelait le domaine profane. Concrètement, c'était la tribu des lévites qui avait été mise à part, de façon définitive, et, à l'intérieur de cette tribu, une famille précise était consacrée de manière particulière. Pris dans cette famille, le prêtre devait encore être consacré par des rites précis (bains rituels, onction, aspersion, sacrifices de consécration) ; il portait des vêtements spéciaux et il devait observer des règles de pureté très sévères pour être en permanence maintenu dans la sphère du sacré. Il y avait donc tout un système de séparations successives entre les hommes du sacré et le peuple.

Le prêtre ne pouvait pas non plus entrer en contact avec Dieu n'importe où, n'importe comment : d'où l'institution du Temple, et l'organisation extrêmement précise du culte. Le Temple étant le lieu du sacré, il ne pouvait être question d'y laisser pénétrer des profanes ; ce qui explique la série d'enceintes successives à l'intérieur du Temple de Jérusalem, qui reproduisait le même système de séparations que dans la société : seuls les prêtres pouvaient entrer dans le domaine de Dieu, et seul le grand prêtre pouvait accéder jusqu'au Saint des Saints, là où réside la Présence de Dieu. Toutes ces précautions prises, que faire pour être sûr d'entrer en contact avec Dieu, pour offrir à ce Maître de la Vie un présent digne de lui ? On n'a rien trouvé de mieux que de lui offrir un être vivant, dont le sang répandu est le symbole de la vie qui circulait en lui. Le Dieu d'Israël a fait savoir dès le début qu'il ne voulait à aucun prix de sacrifice humain, mais il n'a pas refusé tout de suite les sacrifices d'animaux : une pédagogie ne peut se faire que par étapes.

Jésus est venu faire franchir à l'humanité le pas décisif : parce que Dieu est tout proche de l'homme, tout l'ancien système de séparation des prêtres devient caduc ; Jésus n'est pas de la tribu de Lévi, ce n'est plus nécessaire ; plus besoin de temple non plus, puisque le lieu de rencontre entre Dieu et l'homme c'est le Dieu fait homme ; plus besoin de sacrifices sanglants : le Dieu de la Vie nous demande de consacrer notre vie à servir nos frères, ce que Jésus a fait et nous donne désormais la force de faire.
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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MARC 14,12-16.22-26

12 Le premier jour de la fête des pains sans levain,
     où l'on immolait l'agneau pascal,
     les disciples de Jésus lui disent :
     « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs
     pour que tu manges la Pâque ? »
13 Il envoie deux de ses disciples en leur disant :
     « Allez à la ville ;
     un homme portant une cruche d'eau viendra à votre rencontre.
     Suivez-le,
14 et là où il entrera, dites au propriétaire :
     Le Maître te fait dire : Où est la salle
     où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?
15 Il vous indiquera, à l'étage,
     une grande pièce aménagée et prête pour un repas.
     Faites-y pour nous les préparatifs. »
16 Les disciples partirent, allèrent à la ville ;
     ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit,
     et ils préparèrent la Pâque.
22 Pendant le repas,
     Jésus, ayant pris du pain,
     et prononcé la bénédiction, le rompit,
     le leur donna,  et dit :
     « Prenez, ceci est mon Corps. »
23 Puis, ayant pris une coupe,
     et ayant rendu grâce, il la leur donna,
     et ils en burent tous.
24 Et il leur dit :
     « Ceci est mon Sang,
     le sang de l'Alliance,
     versé pour la multitude.
25 Amen, je vous le dis :
     je ne boirai plus du fruit de la vigne,
     jusqu'au jour où je le boirai, nouveau,
     dans le royaume de Dieu. »
26 Après avoir chanté les Psaumes,
     ils partirent pour le mont des Oliviers.
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LA PÂQUE JUIVE

On imagine bien dans quelle ambiance Jésus a célébré ce dernier repas : dans tout Jérusalem, on préparait la Pâque ; d’innombrables agneaux étaient égorgés au Temple pour être ensuite partagés en famille ; dans les maisons, c’était le premier jour de la fête des pains sans levain (on disait des « azymes »), les femmes débarrassaient méticuleusement la maison de toute trace du levain de l’année écoulée pour accueillir le levain nouveau, huit jours plus tard.

Depuis des siècles, ces deux rites commémoraient la libération d’Égypte, au temps de Moïse : ce jour-là, Dieu était « passé » parmi son peuple pour en faire un peuple libre ; puis, au Sinaï, il avait fait Alliance avec ce peuple et le peuple s’était engagé dans cette Alliance, « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous y obéirons » (nous l’avons entendu dans la première lecture) parce qu’il faisait confiance à la Parole du Dieu libérateur ; et le psaume 115/116 répétait en écho « Je suis, SEIGNEUR, ton serviteur, moi dont tu brisas les chaînes ».

Désormais, pour toutes les générations suivantes, célébrer la Pâque, c’était entrer à son tour dans cette Alliance, vivre d’une manière nouvelle, débarrassée des vieux ferments, libérée de toute chaîne. Car faire mémoire, ce n’est pas seulement égrener des souvenirs, c’est vivre aujourd’hui de l’œuvre inlassable de Dieu qui fait de nous des hommes libres.

Il est clair, dans cet évangile, que Jésus a choisi d’inscrire ses derniers instants dans cette perspective-là, perspective d’Alliance, perspective de vie libérée : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. » Ce soir-là, il ne fait aucun doute pour personne qu’il parle de sa mort et de son sang qui va être répandu ; mais voilà qu’il donne à sa mort le sens d’un Sacrifice d’Alliance avec Dieu, dans la ligne de celui de Moïse au Sinaï. Le problème, c’est qu’il ne pouvait être question pour aucun Juif, même pas pour les disciples, d’envisager le moins du monde la Passion du Christ comme un sacrifice : Jésus n’est pas prêtre, il n’est pas de la tribu de Lévi, et surtout son exécution s’est déroulée hors du Temple, hors même des murs de Jérusalem ; or seul un prêtre pouvait offrir des sacrifices à Dieu et ce ne pouvait être que dans le Temple de Jérusalem. Enfin, et c’est beaucoup plus grave, il n’était pas possible en Israël d’envisager la mort d’un homme comme un sacrifice susceptible de plaire à Dieu : il y avait des siècles qu’on savait cela. Ceux qui ont exécuté Jésus n’ont jamais eu l’intention d’accomplir un sacrifice : ils ont cru se débarrasser purement et simplement d’un mauvais Juif qui, à leurs yeux, troublait la vie et la religion du peuple d’Israël.

 

UN SACRIFICE NOUVEAU POUR UNE ALLIANCE NOUVELLE

Pourtant, c’est clair, Jésus, lui, donne à sa mort le sens d’un sacrifice, le sacrifice de l’Alliance nouvelle : mais en donnant désormais un tout autre sens au mot « sacrifice ». Là, il est dans la droite ligne du prophète Osée qui avait bien dit : « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes » (Os 6,6). À bien comprendre Osée, le vrai sens du mot « sacrifier » (sacrum facere, en latin, faire sacré) c’est tout simplement connaître Dieu et lui ressembler en faisant œuvre de miséricorde ; les deux vont ensemble, c’est clair. Jésus est venu nous montrer jusqu’où va cette miséricorde de Dieu : elle va jusqu’à pardonner à ceux qui tuent le maître de la Vie. Désormais, ceux qui veulent bien regarder vers le Crucifié, et y reconnaître le vrai visage de Dieu, sont frères du Christ : ils connaissent, tel qu’il est vraiment, le Dieu de tendresse et de pitié, et, à leur tour, ils peuvent vivre dans la tendresse et la pitié. Finalement, c’est cela, être des hommes libres. Parce que nos pires chaînes sont celles que nous dressons entre nous.

Voilà la vie nouvelle à laquelle nous sommes invités et qui est symbolisée par le pain sans levain, le pain azyme : c’est la raison pour laquelle notre Église est restée fermement attachée à la tradition des pains azymes pour fabriquer les hosties ; quand Jésus a dit  « Ceci est mon Corps », il avait entre les mains un morceau de pain sans levain, une « matsah » : il annonçait ainsi une nouvelle manière d’être homme, pure, c’est-à-dire libre. Il nous invitait, comme dit la lettre aux Éphésiens, à « nous revêtir de l’homme nouveau, créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » (Ep 4,24).

Dans ce sens-là, Jésus peut bien être comparé à l’agneau pascal : non pas qu’il serait une victime égorgée pour plaire à Dieu, mais parce que le sang de l’agneau pascal signait l’Alliance entre le Dieu libérateur et son peuple ; le nouvel agneau pascal, parce qu’il dévoile enfin aux yeux des hommes le Vrai Visage de Dieu, libère les hommes de toutes leurs fausses images de Dieu et alors l’Alliance est possible. C’est parce qu’il est en lui-même l’incarnation de l’Alliance qu’il peut vivre tous ces événements en homme libre « Ma vie, on ne me la prend pas, c’est moi qui la donne. »

L’acceptation libre, volontaire de sa mort, est bien le summum de la liberté ; il en a la force parce que, pas un instant, il ne doute de son Père. C’est sur ce chemin-là qu’il nous entraîne.

Désormais, pour participer aux « biens à venir » (deuxième lecture), nous accomplissons ce que Jésus nous a dit de faire « en mémoire de lui ». Ces « biens à venir », c’est l’humanité enfin rassemblée dans l’amour autour de lui au point de ne faire qu’un seul Corps ; pour être en union avec Dieu, il nous suffit désormais d’être en communion avec Jésus-Christ.

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Compléments

Voici l’une des prières qui est dite pendant le repas pascal juif : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui fais sortir le pain de la terre. Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous as sanctifiés par tes ordonnances, et nous ordonnas de manger le pain azyme. »

Saint Paul : « Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever toute la pâte ? Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain. Car le Christ, notre Pâque, a été immolé. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec du levain de méchanceté et de perversité, mais avec des pains sans levain : dans la pureté et dans la vérité. » (1 Co 5,6-8).

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 02 06 2024 Le Saint-Sacrement-du-Corps-et-du-Sang-du-Christ B

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20 mai 2024 1 20 /05 /mai /2024 21:55
Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

LECTURE DU LIVRE DU DEUTÉRONOME 4, 32-34.39-40

     Moïse disait au peuple :
32 « Interroge donc les temps anciens qui t'ont précédé,
     depuis le jour où Dieu créa l'homme sur la terre :
     d'un bout du monde à l'autre,
     est-il arrivé quelque chose d'aussi grand,
     a-t-on jamais connu rien de pareil ?
33 Est-il un peuple qui ait entendu comme toi
     la voix de Dieu parlant du milieu du feu,
     et qui soit resté en vie ?
34 Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation,
     de venir la prendre au milieu d'une autre,
     à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats,
     à main forte et à bras étendu,
     et par des exploits terrifiants
     comme tu as vu le SEIGNEUR ton Dieu,
     le faire pour toi en Égypte  ?
39 Sache donc aujourd'hui, et médite cela en ton cœur :
     c’est le SEIGNEUR qui est Dieu,
     là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ;
     il n'y en a pas d'autre.
40 Tu garderas les décrets
     et les commandements du SEIGNEUR
     que je te donne aujourd'hui,
     afin d'avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie
     sur la terre que te donne le SEIGNEUR ton Dieu, tous les jours. »
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UNE DÉCOUVERTE PROGRESSIVE

Nous lisons ce texte pour la fête de la Trinité, mais s’il est bien question de Dieu, du SEIGNEUR et de tout ce qu’il a fait pour son peuple, nous n’avons pas entendu le mot « Trinité » ; tout simplement parce que, lorsque le livre du Deutéronome a été écrit, la révélation n’en était pas encore là, si j’ose dire. La découverte du mystère de la Trinité sera la dernière étape de la révélation de Dieu à son peuple. À l’époque du Livre du Deutéronome et pendant tout l’Ancien Testament, il s’agissait d’abord de libérer le peuple du polythéisme. Parce que, tout au début de l’histoire d’Israël, quand Dieu a choisi le peuple élu pour se révéler aux hommes, les peuples du Moyen Orient étaient polythéistes ; dans ce contexte-là, il était impossible pour l’homme d’entendre le double message : Dieu est UN et il est en Trois Personnes. La première étape de la pédagogie de Dieu a donc été de se révéler d’abord comme le Dieu Unique (et c’est l’objet de l’Ancien Testament) ; la deuxième étape sera l’objet du Nouveau Testament : ce Dieu UN n’est pas solitaire, il est une communion d’amour entre trois Personnes.

Revenons à ce texte du Livre du Deutéronome. Nous avons là, en quelques lignes, tout le catéchisme du peuple d’Israël ; nous sommes donc dans la première étape de la pédagogie de Dieu ; l’auteur inspiré insiste : « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. » Sous-entendu, il n’y a pas les dieux du ciel et ceux de la mer, et ceux des armées et ceux de la fécondité... Dieu seul est Dieu.

Curieusement, dans ce catéchisme, il n’y a pas de définition de Dieu, ni de description de Dieu ; en revanche, il y a la longue énumération émerveillée des œuvres de Dieu pour l’humanité, puis pour son peuple élu. Dieu a créé l’humanité (« Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre... »), Dieu a parlé à son peuple (« Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu ...? » Il s’agit du Sinaï), Dieu a choisi ce peuple et l’a libéré (« Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre ...? »), Dieu lui a donné les commandements comme recette du bonheur pour tous (« Tu garderas les décrets et les commandements du SEIGNEUR que je te donne aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie... »), enfin Dieu a donné à son peuple sa terre.

UN DIEU INATTENDU

J’ai parlé d’émerveillement : « Interroge les temps anciens... Est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? » Il y a là la reconnaissance du peuple élu, conscient d’avoir été choisi sans aucun mérite de sa part.

Il y a aussi et surtout la surprise, l’étonnement, devant cette révélation d’un Dieu tellement inattendu, tellement différent de tout ce qu’on aurait pu imaginer ! Un Dieu créateur, c’est facile à imaginer, mais un Dieu qui se révèle, un Dieu qui choisit une nation, qui vient la « prendre », la distinguer, qui s’intéresse à elle, qui intervient pour elle à de multiples reprises, qui lui donne une terre, qui lui dévoile les secrets du bonheur et de la vie...

On imaginait spontanément un Dieu de puissance, celui qu’on appelait « Élohim » ; mais on a découvert tellement plus merveilleux : ou plutôt, on n’a rien découvert, c’est Dieu qui s’est révélé... Dieu seul peut parler valablement de Dieu. Il nous fallait bien la Révélation ! Et Dieu s’est révélé non comme l’Élohim, le Dieu de la puissance mais comme le SEIGNEUR, le Dieu de la Présence. Le fameux nom de Dieu, révélé à Moïse, ce nom en quatre lettres « YHVH » qu’on ne prononce jamais, dit justement la Présence permanente de Dieu auprès de son peuple, hier, aujourd’hui et demain.

Cette présence permanente de Dieu auprès de son peuple, il restera à découvrir qu’elle n’est pas réservée à Israël, que Dieu est le Dieu de tous les hommes ; là encore, il faut déchiffrer la pédagogie de Dieu ; dans un contexte historique où chaque peuple, pour se faire sa place au soleil, croit avoir son ou ses dieux qui combattent avec lui, aucun peuple au monde, et pas non plus le peuple hébreu, n’aurait pu envisager un dieu qui aurait été pour lui sans prendre parti contre tous les autres.

Puis, peu à peu, le peuple élu découvrira qu’il a été élu, non au détriment des autres, mais au service de tous les autres. Comme le disait André Chouraqui : « Le peuple de l’Alliance est destiné à devenir le futur instrument de l’Alliance des peuples ».

Le Livre du Deutéronome que nous lisons aujourd’hui est un livre déjà tardif de la Bible et il amorce bien cette étape de la Révélation : à la fois Israël est le peuple élu (« Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu ? ») et en même temps Dieu est le Dieu de tous les peuples, puisqu’il est le seul Dieu.

« Sache donc aujourd’hui, et médite cela dans ton cœur : c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. »
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PSAUME 32 (33), 4-5.6.9.18-19.20-22

4   Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ;
     il est fidèle en tout ce qu'il fait.
5   Il aime le bon droit et la justice ;
     la terre est remplie de son amour.

6   Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa parole,
     l'univers, par le souffle de sa bouche.
9   Il parla, et ce qu'il dit exista ;
     il commanda et ce qu'il dit survint.

 18 Dieu veille sur ceux qui le craignent,
     qui mettent leur espoir en son amour,
19 pour les délivrer de la mort,
     Les garder en vie aux jours de famine.

20 Nous attendons notre vie du SEIGNEUR :
     il est pour nous un appui, un bouclier.
22 Que ton amour, SEIGNEUR, soit sur nous
     comme notre espoir est en toi !
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LA TERRE EST REMPLIE DE SON AMOUR 

Pas un mot du mystère de la Trinité dans ce psaume, au moins apparemment. Évidemment, puisque ce Mystère du Dieu Unique en Trois Personnes n’a été découvert par les croyants qu’après la Pentecôte. Mais en revanche des mots très beaux dans ces quelques versets sur l’énorme découverte que les hommes de l’Ancien Testament avaient déjà faite.

Vous avez entendu par exemple « La terre est remplie de son amour » : c’est déjà une superbe profession de foi ! Il a fallu tout un long chemin de Révélation pour que l’humanité découvre cette réalité fondamentale que Dieu est Amour et que la terre (entendez la Création) est remplie de son amour. Et c’est bien la caractéristique des croyants, il me semble : ils traversent l’existence et ses réalités de joie ou même d’épreuves en affirmant, quoi qu’il arrive, que la terre est remplie de l’amour de Dieu. Ce qui ne veut pas dire que l’amour règne partout sur la terre ! Ni l’amour universel, ni le bonheur ne sont encore au rendez-vous. Pour l’instant, ce qui est sûr, c’est que Dieu regarde le cosmos et l’humanité avec amour. Pour le reste, ce n’est pas encore accompli, mais c’est la vocation de la Création tout entière d’être le lieu de l’amour, du droit et de la justice.

L’amour de Dieu pour l’humanité est donc vieux comme le monde, pourrait-on dire : c’est le sens du rappel de la Création que nous entendons ici : « Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda et ce qu’il dit survint. »

Mais Dieu ne s’est pas contenté de créer le cosmos et l’humanité un beau jour pour les abandonner à leur sort ensuite ; depuis l’aube du monde, il veille sur nous à chaque instant : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ».

Cette certitude de la foi est assise sur une expérience : celle de la vigilance de Dieu au long des siècles. Depuis Abraham, Isaac et Jacob, depuis Moïse et le buisson ardent et la sortie d’Égypte, et l’entrée en terre promise... et je pourrais reprendre les uns après les autres les événements de l’histoire du peuple élu, à chaque étape on a su, expérimenté que Dieu veille et que la terre est remplie de son amour.

 

DIEU VEILLE SUR CEUX QUI LE CRAIGNENT

Je reviens sur ce verset étonnant : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour ». Je ferai deux remarques. Premièrement, nous avons là une définition du mot « crainte » : Traduisez : ceux qui craignent le Seigneur, ce sont justement ceux qui mettent leur espoir en son amour, qui lui font confiance en toutes circonstances. Deuxièmement, on peut être surpris de la formulation : « Dieu veille sur ceux qui le craignent » ; on a envie de demander : « et les autres ? Ceux qui ne sont pas croyants ? Est-ce que Dieu ne veille pas sur eux ? » Bien sûr, Dieu veille sur tous ses enfants, mais seuls ceux qui le connaissent le savent et peuvent le dire pour l’instant !

Autre caractéristique de ce psaume, l’importance attachée à la Loi ! L’amour du peuple d’Israël pour la Loi nous étonne parfois ; mais pour les croyants, cela va de soi car ils y voient l’expression de la vigilance de Dieu pour ses enfants : sa Loi nous accompagne, tout comme un code de la route protège des accidents et des faux pas ; elle est donc considérée comme un cadeau d’amour de Dieu. Et ce n’est pas un hasard si ce psaume comporte exactement vingt-deux versets, (qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu), en hommage à la Parole de Dieu qui est le tout de notre vie, de A à Z.

Et désormais pour les croyants, la seule attitude valable, la seule manière de respecter Dieu c’est d’obéir aux commandements, parce qu’on sait qu’ils ne sont guidés que par l’amour. C’est exactement le sens de la profession de foi juive (Dt 6,4) : « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. » Traduisez « Tu l’aimeras, tu lui feras confiance et (parce que c’est inséparable) tu observeras ses commandements, sa parole » ; c’est le deuxième sens du mot « parole » ; le verset « Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR » est un hommage à la Parole créatrice, mais aussi à la Loi donnée par Dieu.

Car il ne faut pas oublier que la création dont on s’émerveille le plus en Israël, ce n’est pas celle de la terre, c’est celle du peuple. À chaque époque de son histoire, la parole de Dieu l’appelle à la liberté, et lui donne la force de conquérir cette liberté ; liberté par rapport à toute idolâtrie, liberté par rapport à tout esclavage.

À première vue, dans ces versets, comme je le disais en commençant, nous ne trouvons pas trace de la Trinité. Il a fallu attendre la venue du Christ pour comprendre que la Parole de Dieu dont ce psaume a tant parlé est une Personne : « Au commencement était le Verbe... C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui », médite saint Jean dans son prologue (Jn 1,1-3) ; alors nous pouvons donner tout leur sens aux affirmations du psaume 32/33 : » Oui, elle est droite, la parole du SEIGNEUR ; il est fidèle en tout ce qu’il fait... Le SEIGNEUR a fait les cieux par sa Parole, l’univers, par le souffle de sa bouche... Il parla et ce qu’il dit exista ; il commanda et ce qu’il dit survint. »
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LECTURE DE LA LETTRE DE L’APÔTRE PAUL AUX ROMAINS 8, 14-17

     Frères,
14 tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu,
     ceux-là sont fils de Dieu.
15 Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves
     et vous ramène à la peur ;
     mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ;
     et c’est en lui que nous crions « Abba ! »
     c’est-à-dire : Père !
16 C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit
     que nous sommes enfants de Dieu.
17 Puisque nous sommes ses enfants,
     nous sommes aussi ses héritiers ;
     héritiers de Dieu,
     héritiers avec le Christ,
     si du moins nous souffrons avec lui
     pour être avec lui dans la gloire.
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ESCLAVES DE DIEU ? OU FILS DE DIEU ?

À l’époque de Paul, l’esclavage faisait partie de la réalité quotidienne et c’est cette réalité qui lui a inspiré la méditation que nous lisons ici. Lorsqu’un maître de maison a auprès de lui en même temps des fils et des esclaves, les uns et les autres n’ont évidemment pas avec lui le même type de relations. L’esclave a peur de son maître, il se sait à sa merci ; le fils, lui, vit dans la confiance, la sécurité. Quand il dit « Père » (« Abba »), il sait d’avance qu’il sera entendu, compris, aimé. Tous les deux (l’esclave et le fils) obéissent ; car le propre du maître de maison, du père, c’est de dire la loi ; un père qui ne donne pas de loi n’est pas un père, on le sait bien, et il ne fait grandir personne ; mais la grande différence entre l’esclave et le fils devant la loi du père, c’est que l’esclave obéit par peur du châtiment, tandis que le fils obéit par confiance dans la sagacité de son père.

Si, dans la lettre aux Romains, Paul s’intéresse tant à ce sujet, c’est qu’il y voit une image de notre relation à Dieu. Dieu est notre Père, il l’est depuis toujours, et donc, dès le début de la création, il veut nouer avec l’humanité un rapport de père à fils ; mais voilà, l’homme a bien du mal à se comporter en fils. Ne croyant pas que Dieu est Père, l’homme se comporte non pas en fils mais en esclave : il a peur de son maître et il lui prête toute sorte de mauvaises intentions : il imagine un maître jaloux, exigeant, vindicatif et injuste. Il est clair que dans tout le début de la lettre aux Romains, Paul a toujours devant les yeux le portrait d’Adam : Adam, c’est une manière d’être homme qui consiste justement à soupçonner Dieu ; Adam se méfie du commandement donné par Dieu, parce qu’il s’imagine que ce commandement est mal intentionné !... Et donc, Adam désobéit à la loi de Dieu, puis il se cache quand Dieu l’appelle, pensant que Dieu va certainement se venger de cette désobéissance...

De la même manière, plus tard, quand Dieu dira à Caïn de dominer sa violence, au lieu de se laisser dominer par elle (Gn 4,7), Caïn n’écoutera pas et tuera Abel... Et voilà, l’engrenage de la violence et du malheur est installé. Si Adam avait fait confiance, il aurait simplement obéi au commandement ; il n’aurait pas eu peur de Dieu qui le cherchait ; si Caïn avait fait confiance au conseil qui lui était donné, il se serait dominé. La racine de la désobéissance, au fond, c’est le manque de confiance.

Si l’on peut dire « Pour Paul, Adam, c’est une manière d’être homme », c’est parce que Paul sait bien que Adam n’est pas un individu particulier qui serait le premier spécimen de l’humanité ; les rabbins juifs ont même l’habitude de dire « chacun est Adam pour soi ». Manière de dire que chacun de nous est esclave de la fausse idée qu’il se fait de Dieu. Et cet esclavage-là est le pire de tous ; on l’appelle « originel » précisément parce qu’il est à la racine de nos comportements et qu’il engendre le malheur de l’humanité ; d’ailleurs, quand on parle de ce texte du livre de la Genèse, on l’appelle le « récit de la chute d’Adam » ; le mot « chute » dit bien qu’il s’agit d’un engrenage épouvantable ; comme on dit « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose », on pourrait dire « soupçonnez, soupçonnez, il en restera toujours quelque chose ». Parce que, une fois le soupçon installé, il défigure tout ; c’est vraiment à la base que tout est faussé.

On pourrait reprendre les commandements l’un après l’autre ; le premier manquement était peut-être sans gravité, et on le croyait sans lendemain, on l’imaginait comme une exception ; mais qui a volé volera, qui a trompé trompera, qui a menti mentira. Saint Paul décrit cet engrenage dans les premiers chapitres de cette lettre aux Romains, et il brosse un tableau tellement triste qu’on a envie de dire « pauvre humanité ».

Les nouvelles du monde, que nous entendons certains jours, ne sont pas plus réjouissantes ! Mais Paul ne reste pas sur ce triste bilan ! Car il sait, lui, que la face du monde est changée par la venue, la vie, la mort et la Résurrection du Christ.

QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE PARCE QU’ELLE EST BONNE

À l’opposé du chemin d’Adam, l’autre chemin, l’autre voie, c’est celle du Christ : lui, dont Jean dit qu’il est celui qui est en permanence « tourné vers le Père » dans l’attitude du dialogue sans ombre. C’est le sens de ce verset du prologue de saint Jean » Il (le Verbe) était auprès de Dieu » Jn 1,2). Même en plein cœur de l’épreuve, de l’angoisse devant la torture et la mort violente, « Il disait : « Abba, Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Mc 14,36). Parce que sa confiance en son Père était plus forte que toute autre voix.

Déjà, le récit des tentations dans les évangiles nous le montrait résistant aux propositions les plus alléchantes de celui qu’on appelle le diviseur (c’est le sens du mot grec « diabolos » qui se traduit « diable »), celui qui voulait le séparer de son Père.

Le secret de Jésus, l’évangile le précise bien, c’est qu’il est rempli de l’Esprit de Dieu, habité, conduit par cet Esprit. Quand Paul dit « si, du moins, nous souffrons avec lui », c’est de cela qu’il parle : il n’y a pas de souffrance exigée par Dieu, mais il y a une attitude à adopter : dans nos épreuves, être avec le Christ, nous comporter comme lui, nous laisser conduire, comme lui, par l’Esprit.

Toute l’histoire de l’humanité est celle d’un long apprentissage pour passer de l’attitude de l’esclave (celle d’Adam) à l’attitude de fils, celle de Jésus-Christ.

Quand les rabbins juifs disent « chacun est Adam pour soi », ils ne veulent pas dire que nos vies se déroulent toutes et tout le temps sous le signe d’Adam. Nous avons nos heures selon Adam et nos heures selon le Christ. Les heures « selon le Christ », ce sont celles où nous nous laissons mener par l’Esprit qui nous habite depuis notre Baptême ; quand Paul dit « nous souffrons avec Jésus », il pense à tous ces moments de tentation qui sont autant d’épreuves à surmonter.

Allons-nous faire confiance au sein même de l’épreuve, garder le cap de notre vocation ou de nos engagements, obéir au commandement parce qu’il ne peut qu’être bon pour nous et pour les autres...?

Si nous reprenons le même chemin que Jésus, si, résolument, nous refusons le soupçon d’Adam, si nous acceptons de faire confiance à Dieu au jour le jour, nous nous conduisons comme Jésus en fils de Dieu et nous vivons de la vie de Dieu ; c’est ce que Paul appelle « être avec lui dans la gloire ».
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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU 28, 16 - 20

     En ce temps-là
16 les onze disciples s'en allèrent en Galilée,
     à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
     mais certains eurent des doutes.
18 Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles :
     « Tout pouvoir m'a été donné
     au ciel et sur la terre.
19 Allez !
     De toutes les nations faites des disciples :
     baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
20 apprenez-leur
     à observer tout ce que je vous ai commandé.
     Et moi, je suis avec vous
     tous les jours jusqu'à la fin du monde. »
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DE TOUTES LES NATIONS FAITES DES DISCIPLES

Aussitôt après la Résurrection, voici le très bref discours d’adieu de Jésus. Cela se passe en Galilée qu’on appelait couramment le « carrefour des païens », la « Galilée des nations » ; car désormais la mission des Apôtres concerne « toutes les nations ». L’Évangile de Matthieu semble tourner court : mais, en fait, l’aventure commence ; tout se passe comme dans un film où le mot « FIN » s’inscrit sur une route qui ouvre vers l’infini. Car c’est bien vers l’infini que Jésus les envoie : l’immensité du monde et l’infini des siècles ; « Allez... De toutes les nations faites des disciples... Jusqu’à la fin du monde. »

Curieusement, ils n’ont l’air qu’à moitié préparés à cette mission !

Si Jésus était un chef d’entreprise, il ne pourrait pas prendre le risque de confier la suite de son affaire à des collaborateurs comme ceux-là : des collaborateurs qui semblent bien ne pas avoir assimilé toute la formation qu’il leur a assurée pendant tout le temps de sa vie publique. Ils font erreur sur l’objectif, sur les délais, sur la nature de l’entreprise.

Ils vont même jusqu’à douter de la réalité qu’ils sont en train de vivre ; puisque Matthieu dit clairement « Certains eurent des doutes ». La mission qui leur est confiée et qui est pleine de risques est de promouvoir un message qui les surprend encore. Folie, diront les gens sages, Sagesse de Dieu répondrait saint Paul. C’est que l’entreprise dont il s’agit n’est pas banale : elle dépasse tout ce que l’esprit humain peut imaginer ou concevoir. Il s’agit de la communication entre Dieu et les hommes. Celui qui est venu en allumer l’étincelle confie à ses disciples le soin d’en répandre le feu. « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. »

« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » : nous n’avons pas souvent l’occasion de nous arrêter sur cette formule extraordinaire de notre foi. Première formulation du mystère de la Trinité : l’expression « Au nom de », très habituelle dans la Bible, signifie qu’il s’agit bien d’un seul Dieu ; en même temps les trois Personnes sont nommées et bien distinctes : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Si l’on se souvient que le NOM, dans la Bible, c’est la personne, et que baptiser veut dire étymologiquement « plonger », cela veut dire que le Baptême nous plonge littéralement dans la Trinité. On comprend l’ordre express de Jésus à ses disciples « Allez !», il y a urgence. Comment ne pas être pressés de voir toute l’humanité profiter de cette proposition ?

 

PLONGÉS DANS LA TRINITÉ

En même temps, il faut bien dire que cette formule, si habituelle pour nous aujourd’hui, était pour la génération du Christ une véritable révolution !

À preuve, quand les apôtres, Pierre et Jean, ont guéri le boiteux de la Belle Porte (Ac 3 et 4), les autorités leur ont aussitôt demandé « Par quelle puissance, par le nom de qui avez-vous fait cette guérison ? » (Ac 4,7) : parce qu’il n’était pas permis d’invoquer un autre nom que celui de Dieu.

Jésus parle bien de Dieu, mais sa phrase cite trois personnes, or Dieu était unique, les prophètes l’avaient assez dit. L’incompréhension des Juifs pour les fidèles du Christ est inscrite ici, la persécution était inévitable. Jésus le sait, qui les a prévenus le dernier soir : « On vous exclura des assemblées. Bien plus, l’heure vient où ceux qui vous tueront s’imagineront qu’ils rendent un culte à Dieu, (c’est-à-dire croiront défendre l’honneur de Dieu)... Et Jésus ajoutait : « Ils feront cela parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni moi. » (Jn 16,2-3).

La mission confiée aux apôtres s’apparente bien à une folie ; mais ils ne sont pas seuls, et cela, il ne faut jamais l’oublier : dans la mesure où notre engagement n’est pas le nôtre, mais le sien, nous n’avons pas de raison de nous inquiéter des résultats : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! »... En d’autres termes, c’est nous qui allons, mais c’est lui qui a tout pouvoir...

Voici ce que l’on raconte de Jean XXIII : il paraît que peu de jours après son élection il reçoit la visite d’un ami qui lui dit « Très saint Père, comme la charge doit être lourde ! » Jean XXIII répond « C’est vrai, le soir, quand je me couche, je pense « Angelo, tu es le Pape » et j’ai bien du mal à m’endormir ; mais, au bout de quelques minutes je me dis « Angelo, que tu es bête, le responsable de l’Église, ce n’est pas toi, c’est le Saint-Esprit... Alors je me tourne de l’autre côté et je m’endors...! » Nous aussi, semble-t-il, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles : l’évangélisation doit être notre travail, mais pas notre angoisse ! Jésus a bien précisé « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »

À elle toute seule, cette petite phrase est un résumé extraordinaire de la vie du Christ : ceci se passe sur une montagne, a dit Matthieu ; laquelle on ne sait pas, mais elle évoque, bien sûr, celle de la tentation ; sur la montagne de la tentation, Jésus a refusé de recevoir d’un autre que son Père le pouvoir sur la Création : « Le diable l’emmène sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : Tout cela je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. Alors Jésus, lui dit : Arrière Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » (Mt 4,8). Ce pouvoir que Jésus n’a pas revendiqué, n’a pas acheté, lui est donné par son Père.

Et, désormais, ce pouvoir est entre nos mains ! À nous d’y croire... « Allez ! Et moi, ajoute Jésus, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Le Dieu de la Présence révélé à Moïse au buisson ardent, l’Emmanuel (ce qui signifie « Dieu avec nous ») promis par Isaïe ne font qu’un dans l’Esprit d’amour qui les unit. À nous désormais de révéler au monde cette présence aimante du Dieu-Trinité.
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Compléments

Qui donc est Dieu ? C’est la question que l’humanité se pose depuis le premier jour. Il y a deux manières d’y répondre : trouver la réponse nous-mêmes, tout seuls comme des grands... Mais cela suppose que le mystère de Dieu soit à notre portée. Ou bien laisser Dieu nous souffler lui-même la réponse... Et je dis bien « souffler » : depuis des milliers d’années, le souffle de Dieu nous révèle peu à peu qui Il est.

La Trinité : l’aboutissement de la trajectoire

Il a fallu toute la durée de l’Ancien Testament pour se libérer du polythéisme et croire en un Dieu unique ; ce fut, comme on sait, une œuvre de longue haleine des prophètes. Encore ne parvint-on pas d’une seule traite au monothéisme pur. Une étape intermédiaire fut celle de l’hénothéisme : on professait un seul Dieu d’Israël, mais on concevait que les autres peuples aient leurs dieux. C’est pendant l’Exil à Babylone, semble-t-il, que l’on découvrit que Dieu est le Dieu unique de tout l’univers. La profession de foi « Shema Israël, Écoute Israël, notre Dieu est le SEIGNEUR UN » prenait alors toute sa valeur. Mais cette unicité de Dieu aurait alors paru totalement incompatible avec la reconnaissance de l’Esprit comme une personne ; il a fallu pour cela la Pentecôte et l’expérience des premières communautés chrétiennes. Quant au Fils de Dieu, ce titre habituellement donné à chaque roi le jour de son sacre, ne signifiait nullement un lien d’engendrement. C’est Jésus lui-même qui l’a révélé, mais ses paroles n’ont été comprises, elles aussi, qu’à la lumière de la Pentecôte.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 26 05 2024 La Sainte-Trinité B

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12 mai 2024 7 12 /05 /mai /2024 22:58
Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APÔTRES   1, 15… 26

15 En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères
     qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes
     et il déclara :
16 « Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse :
     En effet, par la bouche de David,
     l’Esprit-Saint avait d’avance parlé de Judas,
     qui en est venu à servir de guide
     aux gens qui ont arrêté Jésus :
17 ce Judas était l’un de nous
     et avait reçu sa part de notre ministère.
20 Il est écrit au livre des Psaumes :
     Qu’un autre prenne sa charge.
21 Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés
     durant tout le temps où le Seigneur Jésus
     a vécu parmi nous,
22 depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean,
     jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous.
     Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous,
     témoin de sa résurrection. »
23 On en présenta deux :
     Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias.
24 Ensuite, on fit cette prière :
     « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs,
     désigne lequel des deux tu as choisi
25 pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique,
     la place que Judas a désertée
     en allant à la place qui est désormais la sienne. »
26 On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias,
     qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.
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TÉMOINS DU SEIGNEUR RESSUSCITÉ

« En ces jours-là » : il s’agit des jours qui précèdent la Pentecôte ; nous avons donc là un témoignage sur un moment tout proche encore de la Résurrection de Jésus, très peu de temps après l’Ascension. Il est clair, déjà, que c’est Pierre qui mène les affaires ; ce qui est bien normal puisque c’est à lui que Jésus a confié ses brebis, comme il disait. Le moment est venu, estime Pierre, d’organiser la communauté : et là, on voit à quel point Pierre allie l’esprit de décision, l’initiative et le souci de fidélité à son Seigneur. Du côté de l’esprit de décision, on note sa fermeté : il dit très clairement ce qu’il faut faire : » Voici ce qu’il faut faire »... » il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection ».

Du côté de la fidélité, et cela ne nous étonne pas de la part d’un Juif, c’est dans l’Écriture qu’il puise son inspiration : « Il est écrit au livre des psaumes : Que sa charge passe à un autre ». Ensuite, les critères de choix du candidat sont bien évidemment inspirés du souci de fidélité : pour remplacer Judas, on a cherché quelqu’un qui ait accompagné les apôtres depuis le début de la vie publique de Jésus, c’est-à-dire son baptême par Jean-Baptiste, jusqu’à l’Ascension. Jusqu’ici, dans les évangiles, nous n’avions jamais entendu le nom de Joseph Barsabbas, surnommé Justus, ni celui de Matthias ; mais nous découvrons ici que le cercle des très proches de Jésus était plus large que les douze apôtres. Pierre le dit clairement : « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême donné par Jean jusqu’au jour où il fut enlevé ».

Bienheureuse exigence de Pierre : c’est sur elle que nous pouvons fonder notre propre certitude de foi. Le témoignage rendu à la résurrection du Christ l’a été par des hommes qui avaient le droit d’en parler parce qu’ils avaient bien connu Jésus du début à la fin de sa vie publique. Chose étonnante, Pierre n’émet pas d’autre exigence que celle-là, il ne parle pas des qualités de caractère ou des vertus de celui qu’on recherche : ce qui prime, c’est sa fidélité à suivre Jésus depuis le début, pour être à même de parler de lui. Voilà qui devrait rassurer ceux d’entre nous qui se trouvent dépourvus de qualités : apparemment, ce n’est pas le plus important ! Le plus important est d’être un simple témoin de la résurrection du Christ ! C’est bien la mission que Jésus leur a confiée : au moment de les quitter, il leur avait dit : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8). On peut penser aussi à cette phrase de Jésus qui légitime tous nos engagements : « Vous me rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15,27).

 

UNE DÉCISION COLLÉGIALE

Pierre a indiqué la route à suivre, mais il ne décide pas tout seul : cela se déroule en trois temps ; à sa demande, on présente deux candidats : qui désigne ce « on » ?  Le texte ne le dit pas, mais ce n’est pas Pierre en tout cas ; ensuite, l’assemblée (les cent vingt cités par Luc au début du texte) se met en prière : « Toi, Seigneur, qui connais le cœur de tous les hommes, montre-nous lequel des deux tu as choisi... » ; enfin, le recours au tirage au sort manifeste la place que l’on veut laisser à l’Esprit Saint dans ce choix : dans la mentalité de l’époque, tirer au sort, c’est remettre le choix dans les mains de Dieu.

Chose curieuse, le nom de Matthias ne sera plus jamais mentionné dans les Actes des Apôtres : si donc, Luc raconte un peu longuement son entrée dans le groupe des Douze, ce n’est pas à cause de la personnalité de Matthias, mais parce que cette volonté de Pierre de reconstituer le groupe après la défection de Judas lui paraît symbolique : est-ce parce que douze est le nombre des tribus d’Israël ? Luc ne le dit pas. Peut-être, tout simplement, faut-il voir là le souci de Pierre de rester fidèle aux dispositions de Jésus lui-même : Jésus avait choisi douze apôtres, l’un des douze, Judas, a abandonné, on le remplace.

Je reviens sur l’abandon de Judas : il avait pourtant reçu, comme les autres Apôtres, une part du ministère, car il faisait partie des douze choisis par Jésus après une nuit de prière : « En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu ; puis, le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon qu’on appelait le zélote, Judas fils de Jacques et Judas Iscarioth qui devint traître. » (Lc 6,12-15).

Cela veut dire que, même choisi par Jésus, dans un choix inspiré par l’Esprit-Saint, on reste libre. Judas, choisi comme les autres après une nuit de prière, est resté libre de trahir. Pierre a cette formule amère : » Judas a déserté sa place », une place qu’il a tenue pourtant jusqu’au soir du jeudi saint ; c’est au cours du repas de la Cène que Jésus a dit : « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme par qui il est livré ! » (Luc 22,22). Et encore « La main de celui qui me livre se sert à table avec moi. » (Lc 22,21). Chez Luc, ceci se passe après le récit de l’institution de l’Eucharistie ; ce qui veut dire que Judas a participé avec les autres apôtres au repas de la Nouvelle Alliance. Mais il ne faut pas s’attarder sur le passé : « Il faut, dit Pierre, que sa charge passe à un autre » : parce que l’urgence de la mission est telle qu’on ne peut laisser des places vides !
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Complément

La phrase de Pierre nous surprend peut-être : « Par la bouche de David, l'Esprit Saint avait d'avance parlé de Judas... » ; l'expression « Par la bouche de David » désigne les psaumes ; elle prouve deux choses : premièrement que Pierre, comme ses contemporains, attribue les psaumes à David ; ce n'est plus le cas aujourd'hui : parce qu'on a mille traces dans les psaumes d'une composition échelonnée sur plusieurs siècles ; deuxièmement, cela prouve également  qu'au tout début de l'Église, les psaumes étaient fréquemment cités dans les discussions théologiques. Cela revient à dire qu'ils étaient très certainement souvent priés pour être si bien connus. Sur ce point, nous aurions beaucoup à faire pour retrouver cet usage aujourd'hui.
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PSAUME 102 (103), 1-2.11-12.19-20ab 

1   Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
     bénis son nom très saint, tout mon être !
2   Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
     n'oublie aucun de ses bienfaits !

11 Comme le ciel domine la terre,
     fort est son amour pour qui le craint :
12 aussi loin qu'est l'Orient de l'Occident,
     il met loin de nous nos péchés.

 19 Le SEIGNEUR a son trône dans les cieux :
     sa royauté s'étend sur l'univers.
20 Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le,
     invincibles porteurs de ses ordres !
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LE CHANT DE LOUANGE D’ISRAËL…

Vous vous rappelez la visite de Pierre chez le centurion romain Corneille ; nous en avons lu le récit dans les Actes des Apôtres, dimanche dernier. Pierre avait entendu Corneille chanter la gloire de Dieu et il en avait déduit que l’Esprit-Saint était là ; ou, pour le dire autrement, la preuve de la présence de l’Esprit sur quelqu’un, c’est qu’il est dans l’action de grâce. « Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. Car on les entendait dire des paroles mystérieuses et chanter la gloire de Dieu. »    

Pas étonnant donc, qu’en écho au livre des Actes des Apôtres, que nous lisons encore ce dimanche et qui est tout rempli de la présence de l’Esprit, nous soyons invités à chanter ce psaume 102/103 qui est d’un bout à l’autre un chant d’action de grâce pour toutes les bénédictions dont le compositeur (entendez le peuple d’Israël) a été comblé par Dieu.

Effectivement, d’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce : cela se voit déjà au seul fait qu’il comporte vingt-deux versets (la liturgie de ce dimanche ne nous en propose que six, mais en réalité il en comporte vingt-deux). Or vous le savez bien, l’alphabet hébreu comporte vingt-deux lettres ; donc on dit de ce psaume qu’il est « alphabétisant » ; et quand un psaume est alphabétisant, on sait d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance.

D’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce ! Cela commence dès le premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! » Pour commencer, on est frappés par le  « parallélisme » entre les deux lignes de ce verset qui se répondent comme en écho ; et cela se répète tout au long de ce psaume ; l’idéal pour le chanter serait l’alternance ligne par ligne ; il a peut-être, d’ailleurs, été composé pour être chanté par deux chœurs alternés. Ce parallélisme, ce « balancement », nous le rencontrons souvent dans la Bible, dans les textes poétiques, mais aussi dans de nombreux passages en prose.

Ici, en particulier, il y a un double parallélisme qui est intéressant : d’abord « Bénis le SEIGNEUR »... « Bénis son NOM très saint » : la deuxième fois, au lieu de dire « le SEIGNEUR », on dit « le NOM » : une fois de plus, nous voyons que le NOM, dans la Bible, c’est la personne.1

Deuxième parallèle, toujours dans ce premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être » : les mots « âme » et « tout mon être » sont mis en parallèle : parce que, dans la mentalité biblique, quand on dit « l’âme », il s’agit de l’être tout entier.2

Enfin, je voudrais attirer votre attention également sur la construction de l’ensemble de ce psaume : pour cela je vous lis sa première et sa dernière strophe en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être !  Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les œuvres du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ! »

Première remarque : il est encadré au début et à la fin par une même phrase « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme » : première inclusion qui dit bien le sens général du psaume.

Deuxième remarque : maintenant, je compare la première et la dernière strophes en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être !  Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » Nous savons bien que celui qui parle ici à la première personne du singulier est le peuple d’Israël tout entier : ce « JE » est collectif. Donc première strophe, l’invitation à la prière s’adresse à Israël ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les œuvres du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! » Les messagers de Dieu, ce sont les anges ; on imagine, comme dans les tableaux de Fra Angelico, les Anges embouchant leurs trompettes... « Toutes les œuvres du SEIGNEUR », c’est la création tout entière, l’univers visible et invisible.

 

… EN ATTENDANT LE CHANT DE LOUANGE DE L’UNIVERS ENTIER

Nous avons donc là encore une inclusion : la première strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu sur la terre ; la dernière strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu dans le ciel, puis, en définitive à la totalité de l’univers. Voilà de quoi nous habiller le cœur pour chanter ce psaume à notre tour !

Troisième remarque sur la construction de ce psaume : la strophe du milieu (dans notre lecture d’aujourd’hui) est aussi celle qui est au centre du psaume : « Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint : aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés. » Cette phrase est au centre du psaume comme elle est au centre de la foi d’Israël, de sa merveilleuse découverte du vrai visage de Dieu : un Dieu dont nous n’avons rien à craindre parce qu’il nous aime sans cesse et nous pardonne, parce que, sans cesse, il met loin de nous nos péchés ; la « crainte » a définitivement changé de signification ; elle est devenue simple obéissance confiante de l’enfant.

Je reviens sur les mots Orient et Occident ; pour la mentalité biblique, ils sont bien les points cardinaux de la géographie, mais pas seulement ; parce que c’est à l’Est que le soleil se lève, l’Orient évoque la lumière et particulièrement celle de la vérité ; le mot « orienter » vient de là ; et, par contraste, l’Occident évoque l’erreur et le péché. Dans la phrase « Aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés », on entend cette distance qui sépare la lumière des ténèbres, la vérité de l’erreur ; loin, loin de nos erreurs passées, Dieu nous attire vers sa lumière et sa vérité.

Désormais ce qui est au centre de l’action de grâce d’Israël, c’est le pardon sans cesse renouvelé de Dieu. La seule vraie conversion qui nous est demandée, c'est de croire que Dieu est amour.

Pour terminer, vous savez que cette symbolique de l’Orient et l’Occident se retrouvait dans la liturgie du Baptême des premiers siècles : les baptisés se tournaient vers l’Occident pour renoncer au mal, puis faisaient demi-tour sur place : pour bien signifier que, désormais, ils tournaient résolument le dos à l’erreur ; ils se tournaient alors vers l’Orient (d’où vient la lumière) pour prononcer leur profession de foi et ensuite entrer dans le baptistère.
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Notes

1 - Dire le Nom de quelqu’un c’est le connaître. Et c’est bien pour cela que les Juifs ne s’autorisent jamais à prononcer le NOM de Dieu, parce qu’ils ne prétendent pas “connaître” Dieu. Encore aujourd’hui, les Bibles écrites en hébreu ne transcrivent pas les voyelles qui permettraient de prononcer le NOM. Il est donc transcrit uniquement avec les quatre consonnes YHVH, ce qu’on appelle le “tétragramme”. Et quand le lecteur voit ce mot, aussitôt il le remplace par un autre (Adonaï) qui signifie “le SEIGNEUR” mais qui ne prétend pas définir Dieu.

2 - À la suite des penseurs grecs, nous avons tendance à nous représenter l’homme comme l’addition de deux composants différents, étrangers l’un à l’autre, l’ÂME et le CORPS. Mais les progrès des sciences humaines, au vingtième siècle, ont confirmé que ce dualisme ne rendait pas compte de la réalité. Dans la mentalité biblique, au contraire, on a une conception beaucoup plus unifiée et quand on dit “l’âme”, il s’agit de l’être tout entier. “Bénis le Seigneur, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être”.
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LECTURE DE LA PREMIÈRE LETTRE DE SAINT JEAN 4, 11-16

11 Bien-aimés,
     puisque Dieu nous a tellement aimés,
     nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
12 Dieu, personne ne l'a jamais vu.
     Mais si nous nous aimons les uns les autres,
     Dieu demeure en nous,
     et, en nous, son amour atteint la perfection.
13 Voici comment nous reconnaissons
     que nous demeurons en lui,
     et lui en nous :
     il nous a donné part à son Esprit.
14 Quant à nous, nous avons vu,
     et nous attestons
     que le Père a envoyé son Fils
     comme Sauveur du monde.
15 Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu,
      Dieu demeure en lui,
     et lui en Dieu.
16 Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous,
     et nous y avons cru.
     Dieu est Amour :
     qui demeure dans l'amour
     demeure en Dieu,
     et Dieu demeure en lui.
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CELUI QUI M’A VU A VU LE PÈRE 

La phrase centrale de ce texte, c’est : « Le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Le raisonnement de Jean est le suivant : 1) « Dieu est Amour » ; 2) Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père ; 3) ceux qui croient en lui, reçoivent l’Esprit de Dieu, entrent dans la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit ; 4) ils deviennent à leur tour des sources d’amour, comme leur Père. Alors on peut dire que Jésus est le Sauveur du monde : car, enfin, les hommes deviennent ce pour quoi ils sont créés, à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Pour s’imprégner de ce raisonnement, il faut le reprendre pas à pas : d’abord, premier point, « Dieu est Amour » ; nous ne réalisons pas à quel point cette phrase est absolue ; pour Jean, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont synonymes ; on peut toujours remplacer l’un par l’autre ! Dieu est Amour... et l’Amour est Dieu.  Cela veut dire que tout amour vient de Dieu : aucun amour humain ne vient de l’homme seulement ; tout amour humain est dans l’homme une parcelle, une manifestation de l’amour de Dieu. Voilà une nouvelle fantastique et qui peut modifier notre regard sur l’amour humain ! Dimanche dernier, nous lisions déjà dans cette même lettre de Jean : « L’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour. » (1 Jn 4,8). C’était donc le premier point de la méditation de saint Jean.

Deuxième point, Jésus est venu habiter parmi nous pour nous faire découvrir cela justement, que Dieu est Amour. Désormais, en Jésus, les hommes ont vu Dieu et ont pu constater de leurs yeux qu’il n’est qu’Amour. Il suffit de rappeler quelques phrases de l’évangile de Jean : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. » (Jn 1,18)... « Nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui a vu le Père. » (Jn 6,46)... « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9).

Troisième point, ceux qui acceptent de croire en Jésus, de reconnaître en lui le visage d’amour du Père, se mettent par le fait même au diapason de l’Esprit de Dieu, ils deviennent une demeure pour l’Esprit d’amour ; c’est une véritable renaissance, celle dont Jésus parlait à Nicodème. Le même évangile de Jean dit que nous sommes « enfants » de Dieu : « À ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1,12). Saint Paul le dit, lui aussi, à sa manière, dans la lettre aux Romains : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5,5). Et le Christ est venu dans le monde, justement, pour que l’Esprit d’amour soit répandu sur la terre.

On peut relire le début de la Bible à cette lumière-là ; car dès les premiers chapitres de la Bible, l’enjeu de la vie humaine est bien situé : l’auteur inspiré dit bien que Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance ». Et donc, si Dieu est Amour, nous sommes faits pour aimer.

À L’IMAGE ET À LA RESSEMBLANCE DE DIEU

Quatrième point, parce qu’ils sont remplis de l’Esprit d’amour, les croyants deviennent à leur tour des sources d’amour : saint Paul dit que nous sommes désormais « héritiers de Dieu » : cela veut dire que nous pouvons puiser dans les trésors de Dieu. Et, bien sûr, on pense à cette phrase de l’évangile de Jean : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi... De son sein couleront des fleuves d’eau vive... Il désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » (Jn 7,37-38).

Mais il nous faut bien l’assistance de l’Esprit ! Tous les jours, nous mesurons notre difficulté à aimer vraiment ; mais après tout, ce n’est pas étonnant ! Si l’amour est la caractéristique de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’il ne nous soit pas naturel ! Si, réellement, Dieu est Amour et l’Amour est Dieu, cela revient à dire que l’amour dépasse les limites humaines, qu’il est surhumain ; ce que nous savons bien !

Alors, ce texte de Jean devrait nous déculpabiliser : cessons d’avoir honte de ne pas savoir aimer ; simplement, il suffit de puiser dans l’amour de Dieu pour le donner aux autres. Alors on comprend pourquoi Jean insiste tant sur le verbe « demeurer » : « Dieu est Amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » Nous ne pouvons aimer que dans la mesure où nous sommes habités par Dieu. Ce qui est possible si nous restons fermement greffés sur Jésus-Christ.

Conclusion, on peut donc dire que Jésus est le sauveur du monde. C’est-à-dire : il est celui qui va permettre au monde d’accomplir sa vocation ; il est clair que le monde est perdu parce qu’il ne vit pas dans l’amour, ou si vous préférez qu’il ne vit pas d’amour. Jésus est venu habiter parmi nous pour nous transformer, pour nous faire découvrir que Dieu est Amour, et nous permettre de vivre de cet amour. En cela, Jésus est bien le sauveur du monde : comme le dit Jean dans son évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3,16-17).
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ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT JEAN 17,11b - 19

     En ce temps-là,
     les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
11 « Père saint,
     garde mes disciples unis dans ton nom,
     le nom que tu m’as donné,
     pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
12 Quand j’étais avec eux,
     je les gardais unis dans ton nom,
     le nom que tu m’as donné.
     J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
     sauf celui qui s’en va à sa perte
     de sorte que l’Écriture soit accomplie.
13 Et maintenant que je viens à toi,
     je parle ainsi, dans le monde,
     pour qu’ils aient en eux ma joie,
     et qu’ils en soient comblés.
14 Moi, je leur ai donné ta parole,
     et le monde les a pris en haine
     parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
     de même que moi je n’appartiens pas au monde.
15 Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
     mais pour que tu les gardes du Mauvais.
16 Ils n’appartiennent pas au monde,
     de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
17 Sanctifie-les dans la vérité :
     ta parole est vérité.
18 De même que tu m’as envoyé dans le monde,
     moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
19 Et pour eux je me sanctifie moi-même,
     afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »
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LE PROJET DE DIEU POUR L’HUMANITÉ

À la différence de Matthieu et de Luc, l’évangile de Jean ne rapporte pas le Notre Père, mais ce que nous lisons ici est tout-à-fait dans la même ambiance : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom » fait écho à « Notre Père qui es aux cieux, que ton NOM soit sanctifié... » Et à la fin de ce texte, « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais que tu les gardes du Mauvais » fait écho à « Ne nous laisses pas entrer en tentation mais délivre-nous du Mal ». Quant à la phrase « Que ta volonté soit faite », elle n’est pas dite ici, mais Jésus n’a que cela en tête.

Au moment de quitter ses disciples, Jésus n’a qu’un souci, ou plutôt un souhait, l’accomplissement du projet de Dieu. Le projet de Dieu, c’est que le monde créé tout entier devienne lieu d’amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer. Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l’intérieur ; mais s’ils veulent le transformer, cela veut dire qu’ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du royaume qu’ils veulent instaurer.

Mgr Coffy disait « les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire. » Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines ; il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur. Le Père Teilhard de Chardin disait « on ne convertit que ce qu’on aime. »

À l’heure où Jésus fait cette dernière grande prière, ce projet de Dieu est en train de franchir une étape décisive : lui, Jésus, sait bien que son destin est scellé ; curieusement, il ne prie pas pour lui-même, il prie pour ceux à qui il passe le relais. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » Une seule chose compte, que le monde soit sauvé.

Saint Jean revient souvent sur ce thème dans son évangile : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3,17) ; au moment de la guérison de l’aveugle-né, Jean fait remarquer que le nom de la piscine, Siloé, signifie « envoyé », manière de dire que Jésus est « envoyé » pour ouvrir les yeux des hommes.    

C’est une constante dans toute l’histoire biblique : depuis Abraham, en passant par Moïse et par tous les prophètes, chaque fois qu’un homme ou un groupe (ou aussi bien le peuple d’Israël) est choisi par Dieu, ce n’est jamais pour son propre bénéfice solitaire, c’est toujours pour être envoyé en mission au service des autres. Et l’Église, à son tour, celle qui commence fragilement son existence le soir du Jeudi saint autour de Jésus, et tout autant celle d’aujourd’hui, n’a pas d’autre raison d’exister que sa mission dans le monde.

Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse, qui sont les trois maîtres-mots de notre mission désormais : fidélité, unité, vérité. Premièrement, la fidélité : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom tu m’as donné... Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné ». Cette fidélité, pour Jésus, consistait à être parmi les hommes le reflet fidèle du Père ; désormais, en l’absence de Jésus, ce sont les croyants qui sont appelés à être les fidèles reflets du Père.

NOTRE MISSION : REFLETS DU PÈRE

Deuxième maître-mot, « unité » : « garde-les... pour qu’ils soient UN comme nous-mêmes » ; et nous avons tous en tête, bien sûr, la phrase qui suit tout juste le texte d’aujourd’hui : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17,21). Ce qui veut dire que l’unité n’est pas un but en soi ! Nous n’avons pas à la rechercher pour elle-même ; l’objectif, ce n’est pas l’unité d’abord, c’est que le monde croie. Nos divisions, nos querelles mangent nos énergies et sont un contre-témoignage scandaleux. Comment être témoins dans le monde de la Trinité d’amour si tous ceux qui invoquent la Trinité ne s’aiment pas entre eux ? En revanche, si l’objectif commun de tous les croyants était que le monde croie, cet objectif commun serait le meilleur chemin de notre unité. Rien de tel pour se découvrir frères que d’avoir un projet commun au service des autres.

Troisième maître-mot de la mission que nous confie Jésus, la « vérité ». « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité ». Au début de l’histoire biblique, le mot « sanctifier » signifiait « mettre à part », retirer du monde ; désormais, avec l’incarnation du Christ, le mot « sanctifier » a changé de sens. Il signifie « participer à la sainteté de Dieu », et cela est accordé aux croyants, non pas pour qu’ils désertent le monde, mais pour qu’ils l’habitent à la manière de Dieu. Cette participation à la sainteté de Dieu est le fruit en nous de la Parole de vérité : nous ne croyons sûrement pas assez à l’efficacité de la Parole de Dieu, et, bien souvent, nous lui substituons nos propres paroles. Erreur : la parole de Dieu est Vérité, la nôtre n’est qu’approximation, balbutiement, (quand elle n’est pas défiguration) du Tout-Autre que nos pauvres mots ne peuvent pas dire.

Enfin, au centre de ce passage très solennel et si dense, Jésus parle de joie ! Au moment même où il prévoit les affrontements inévitables (les disciples seront persécutés comme le Maître), « Je leur ai fait don de ta Parole et le monde les a pris en haine », au moment d’affronter pour lui-même les heures terribles, il parle quand même de joie ! Il ose dire : « Maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 12 05 2024 7e dimanche de Pâques B

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8 mai 2024 3 08 /05 /mai /2024 23:40
Ces commentaires, trouvés sur le site "Église catholique en France", permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde, en
  • décodant le langage imagé utilisé par l'auteur.

Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consiste à surligner les passages que je trouve les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher : la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Évangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté). D'après Marie-Noëlle Thabut, "... si nous ne trouvons pas dans les textes une parole libérante, c'est que nous ne les avons pas compris."

Attention le texte écrit peut différer des versions audio (Radio-Notre-Dame) et vidéo (KTO TV) qui ont été modifiées par Marie-Noëlle Thabut, parfois pour les améliorer, parfois pour s'adapter aux formats imposés par ces chaînes de radio ou de télévision. Dans cette hypothèse, nous mettons en italiques les passages supprimés pour ces médias.

Version audio, trouvée sur le site de Radio-Notre-Dame.

LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APÔTRES 1, 1-11

       Cher Théophile,
1     dans mon premier livre
       j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné
       depuis le moment où il commença,
2     jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel,
       après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions
       aux Apôtres qu’il avait choisis.
3     C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ;
       il leur en a donné bien des preuves,
       puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu
       et leur a parlé du royaume de Dieu.
4     Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux,
       il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem,
       mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père.
       Il déclara :
       « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche :
5     alors que Jean a baptisé avec l’eau,
       vous, c’est dans l’Esprit Saint
       que vous serez baptisés d’ici peu de jours. »
6     Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient :
       « Seigneur, est-ce maintenant le temps
       où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »
7     Jésus leur répondit :
       « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments
       que le Père a fixés de sa propre autorité.
8     Mais vous allez recevoir une force
       quand le Saint-Esprit viendra sur vous ;
       vous serez alors mes témoins
       à Jérusalem,
       dans toute la Judée et la Samarie,
       et jusqu’aux extrémités de la terre. »
9   Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient,
     il s’éleva,
     et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.
10 Et comme ils fixaient encore le ciel
     où Jésus s’en allait,
     voici que, devant eux,
     se tenaient deux hommes en vêtements blancs,
11 qui leur dirent :
     « Galiléens,
     pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?
     Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous,
     viendra de la même manière
     que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »
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DE JÉRUSALEM JUSQU’AUX EXTRÉMITÉS DE LA TERRE

Nous sommes au tout début des Actes des Apôtres : les premiers versets font bien le lien avec l’évangile de Luc, lui aussi adressé à un certain Théophile ; car il ne fait de doute pour personne que les Actes des Apôtres et l’évangile de Luc sont du même auteur ; l’un commence où l’autre finit, c’est-à-dire par le récit de l’Ascension de Jésus, même si ces deux récits ne concordent pas exactement. Le premier livre, l’évangile, rapporte la mission et la prédication de Jésus, le second se consacre à la mission et à la prédication des Apôtres, d’où son nom « d’Actes des Apôtres ».

On peut pousser le parallèle un peu plus loin : l’évangile commence et finit à Jérusalem, le centre du monde juif et de la Première Alliance ; les Actes commencent à Jérusalem, car la Nouvelle Alliance prend  bien la suite de la Première, mais ils se terminent à Rome, carrefour de toutes les routes du monde connu à l’époque : la Nouvelle Alliance déborde désormais les frontières d’Israël. Pour Luc, il est clair que cette expansion est le fruit de l’Esprit-Saint ; il est l’Esprit même de Jésus, et il sera l’inspirateur des Apôtres, à partir de la Pentecôte, à tel point qu’on appelle souvent les Actes « l’évangile de l’Esprit ».

Et comme Jésus s’était préparé à sa mission par les quarante jours au désert après son Baptême, de même à son tour, il prépare son Église pendant quarante jours : « Pendant quarante jours, il leur est apparu, et leur a parlé du royaume de Dieu. » Au cours d’un dernier repas, il leur donne ses consignes : un ordre, une promesse, un envoi en mission.

L’ordre est presque surprenant : attendre et ne pas bouger ; « Il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. » Que les promesses du Père se réalisent à Jérusalem n’étonnait certainement pas les onze qui étaient tous Juifs : toute la prédication des prophètes donnait à Jérusalem une part prépondérante dans l’accomplissement du projet de Dieu : il suffit de se rappeler Isaïe : « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue ta lumière, et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le SEIGNEUR, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. » (Is 60,1-3). Ou encore : « Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse que sa justice ne paraisse dans la clarté et son salut comme une torche qui brûle. Et les nations verront ta justice ; tous les rois verront ta gloire. On te nommera d’un nom nouveau, que la bouche du SEIGNEUR dictera. » (Is 62,1-2).

 

VOUS SEREZ MES TÉMOINS

Luc précise le contenu de la promesse : « Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Cela aussi était familier aux apôtres ; ils avaient en tête la phrase du prophète Joël : « Je répandrai mon esprit sur tout être de chair » (Jl 3,1) et aussi celle de Zacharie : « Ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem ; elle les lavera de leur péché et de leur souillure... Je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication... » (Za 13,1 ; 12,10) ; ou encore (chez Ézéchiel) : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés... Je mettrai en vous un esprit nouveau... Je mettrai en vous mon  esprit. » (Ez 36,25... 27).

La question des apôtres « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » n’est donc pas incongrue ; elle manifeste qu’ils ont bien compris que le fameux Jour de Dieu s’est levé. La réponse de Jésus ne devrait pas nous étonner non plus ; car Dieu sollicite la collaboration des hommes pour réaliser son projet ; le salut de Dieu est arrivé grâce à Jésus-Christ, il reste aux hommes la liberté d’y entrer ; pour cela encore faut-il qu’ils le sachent ; d’où la mission et la responsabilité des Apôtres ; l’Esprit leur est donné pour cela : « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins. » Cela veut dire qu’entre le don de l’Esprit et l’avènement définitif du Royaume, il y a un délai qui est le temps du témoignage : un délai d’autant plus long qu’il s’agit d’aller porter la nouvelle à l’humanité tout entière. « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »  Le livre des Actes suit exactement ce plan.

Comme au matin de Pâques, « deux hommes avec un vêtement éblouissant » avaient arraché les femmes à leur contemplation en leur disant « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité », au jour de l’Ascension, deux hommes en vêtements blancs jouent le même rôle auprès des Apôtres : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Il reviendra, nous en sommes certains, c’est pourquoi nous disons à chaque Eucharistie : « Nous attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l’avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. »
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Complément

- La nuée est dans la Bible le signe visible de la présence de Dieu (par exemple lors du passage de la Mer Rouge (Ex 13,21), ou lors de la Transfiguration du Christ (Lc 9,34). La nuée dérobe Jésus au regard des hommes : c'est dire qu'il est entré dans le monde de Dieu. Il cesse avec nous un certain mode de présence charnelle, visible, pour en inaugurer une autre, spirituelle.

- Il nous faut accepter l’idée qu’il est impossible de reconstituer exactement ce qui s’est passé entre la Résurrection de Jésus, la nuit de Pâques et le jour où il a quitté définitivement ses apôtres pour retourner auprès du Père. Commençons par les récits de Luc : entre l’évangile de Luc et les Actes des Apôtres du même Luc, les deux récits sont tout-à-fait semblables : le départ de Jésus se situe près de Jérusalem puisque l’évangile parle de Béthanie, et que les Actes parlent du Mont des Oliviers ; et dans les deux textes Luc précise que Jésus a donné comme recommandation à ses disciples de ne pas quitter Jérusalem avant d’avoir reçu l’Esprit Saint. La seule divergence entre les deux récits de Luc concerne le délai : dans l’évangile, il semble bien que le départ de Jésus ait eu lieu le soir même de Pâques ; après l’apparition aux disciples d’Emmaüs, ceux-ci sont retournés à Jérusalem pour tout raconter aux Onze apôtres ; et c’est pendant qu’ils parlaient tous ensemble que Jésus est apparu, a passé un moment avec eux, leur expliquant les Écritures ; puis il les a emmenés à Béthanie et c’est là qu’il a disparu définitivement à leurs yeux.

Tandis que dans les Actes des Apôtres, Luc précise qu’il y a eu entre Pâques et l’Ascension un délai de quarante jours ; et c’est d’ailleurs pour cela que nous avons pris l’habitude de célébrer la fête de l’Ascension, juste quarante jours après Pâques.

Dans les autres évangiles, on ne trouve presque rien sur ce sujet : chez Matthieu, par exemple, il n’y a pas du tout de récit d’Ascension ; il raconte seulement une apparition de Jésus à deux femmes (Marie de Magdala et l’autre Marie) qui s’étaient rendues au tombeau et une apparition aux disciples en Galilée au cours de laquelle il leur dit cette phrase que nous connaissons bien : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,18-20).

Jean, lui, rapporte plus longuement plusieurs apparitions de Jésus ressuscité, l’une à Marie de Magdala, et trois autres à ses disciples, dont la dernière au bord du lac de Tibériade ; mais il ne raconte pas non plus l’Ascension. Quant à Marc, il raconte l’apparition de Jésus à Marie de Magdala, puis à deux disciples qui se rendaient à la campagne et enfin aux Onze apôtres. Les Onze, Jésus les envoie prêcher l’évangile au monde entier et Marc termine son évangile en disant : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. » (Mc 16,19).

Ces différences entre les Évangiles prouvent que les précisions qu’ils nous donnent ne visent pas la réalité historique ou géographique : Matthieu a ses raisons pour parler de la Galilée, comme Luc a les siennes pour insister sur Jérusalem.

Car c’est bien là que Jésus leur a dit d’attendre le don de l’Esprit : l’évangile de Luc se termine sur cette dernière consigne de Jésus : « Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. » (Lc 24,49).
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PSAUME 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9

2     Tous les peuples, battez des mains,
       acclamez Dieu par vos cris de joie !
3     Car le SEIGNEUR est le Très-Haut, le redoutable,
       le grand roi sur toute la terre.

6     Dieu s'élève parmi les ovations,
       le SEIGNEUR, aux éclats du cor.
7     Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
       Sonnez pour notre roi, sonnez !

8     Car Dieu est le roi de la terre :
       que vos musiques l'annoncent !
9     Il règne, Dieu, sur les païens,
       Dieu est assis sur son trône sacré.
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DIEU, ROI D’ISRAËL

C'est le peuple d'Israël qui parle ici, ou plutôt qui chante, qui acclame Dieu comme son roi. Cela ne nous surprend pas. Mais, chose beaucoup plus étonnante, il dit que Dieu est le roi de toute la terre. Or, cela, on ne l'a pas toujours pensé en Israël. Avant l’Exil à Babylone, aucun des rois d’Israël n’a jamais imaginé que Dieu soit le Maître de l’Univers entier. Cela veut dire que ce psaume a été composé tard dans l'histoire du peuple élu.

Je reviens sur la première affirmation très forte de ce psaume : Dieu est le roi d'Israël. Pendant toute une période de l'histoire biblique, le peuple d'Israël a eu des rois, tout comme les peuples voisins, mais sa conception de la royauté était particulière, et cette spécificité a duré tout au long de l’histoire. En Israël, le roi ne pouvait jamais prétendre être le plus haut personnage du pays, il n'avait pas tout pouvoir, Dieu restait le maître. Pour le dire autrement, le véritable roi en Israël n’était autre que Dieu lui-même.

Le roi, par exemple, ne disposait pas des lois à sa guise ; il devait, comme tout le monde, se soumettre à la Loi de Dieu, c'est-à-dire les Lois données par Dieu à Moïse au Sinaï. D’après le livre du Deutéronome, il devait lire l’intégralité de la Loi tous les jours de sa vie. Même assis sur son trône, il n’était (en principe) qu’un exécutant des ordres de Dieu transmis par les prophètes. Dans les Livres des Rois, par exemple, on voit fréquemment l’un ou l’autre roi demander l’accord du prophète du moment avant de partir en campagne ou même, dans le cas de David, avant d’entreprendre la construction d’un Temple. Et l’on voit à de multiples reprises les prophètes intervenir librement dans la vie des rois et critiquer violemment parfois leurs agissements.

Cette affirmation de la souveraineté de Dieu fut même un frein à l'institution de la monarchie. On se souvient de la réaction très violente du prophète Samuel, au temps des Juges, lorsque les chefs des tribus d’Israël sont venus lui dire qu’ils voulaient avoir un roi « pour être comme les autres nations ». Souhaiter être « comme les autres nations » quand on a l’honneur d’être le peuple choisi par Dieu pour faire alliance, c’était un véritable blasphème à ses yeux. Il a fini par céder aux instances des chefs des tribus, mais non sans les prévenir qu’ils faisaient leur propre malheur.

Et lorsqu’il a consacré le premier roi, Saül, il a pris soin de préciser que celui-ci devenait le chef du patrimoine de Dieu. Le peuple restait le peuple de Dieu et non celui du roi et celui-ci n’était qu’un serviteur de Dieu. Et, tout au long de la monarchie, en Israël, les prophètes se sont chargés de rappeler aux rois cette vérité élémentaire. Au point que les livres des Rois, lorsqu’ils racontent les règnes successifs, n’ont qu’un critère d’évaluation : la fidélité de chacun des rois à la volonté de Dieu. Une formule revient tout le temps : « Tel roi fit ce qui ce qui est droit aux yeux du SEIGNEUR », ou au contraire « Tel roi fit ce qui ce qui est mal aux yeux du SEIGNEUR ».

 

DIEU, ROI DE TOUTE L'HUMANITÉ

C’est donc en l’honneur de Dieu lui-même que notre psaume déploie ici tout le vocabulaire adressé ailleurs aux rois de la terre. Le mot « redoutable » lui-même est un compliment, c’est un mot habituel du vocabulaire de cour. Le roi n’est pas « redoutable » pour ses sujets, évidemment, mais au contraire, le terme est rassurant : les ennemis sont prévenus, notre roi sera invincible.

À chaque ligne de ce psaume, c’est une évidence, il s’agit bien de Dieu, notre Dieu, celui du Sinaï, le SEIGNEUR. En même temps, il est acclamé comme Dieu et roi de tout l’univers. Pas question de le garder pour nous tout seuls : il est « le grand roi sur toute la terre » (v.3) et tous les peuples sont associés à la fête : « Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! » Cette dimension universelle est très présente dans ce psaume jusqu’à dire « Dieu règne sur les païens » (v.9).

Or, la découverte du monothéisme date seulement de l’Exil à Babylone : jusque-là, le peuple d’Israël n’était pas encore monothéiste : être monothéiste, c’est affirmer qu’il n’existe qu’un seul Dieu, le même pour tout le cosmos et l’humanité. Avant l’Exil, ce n’était pas le cas : on dit qu’Israël était monolâtre ; c’est-à-dire qu’il ne reconnaissait pour lui-même qu’un seul Dieu, celui de l’Alliance du Sinaï. Mais il considérait que les autres peuples avaient leurs propres dieux qui régnaient sur leurs pays et combattaient pour eux.

Ce psaume a donc été probablement composé après le retour de l’Exil et ce n’est pas dans la salle du trône que ces acclamations ont retenti, c’est dans le Temple de Jérusalem reconstruit. À l’occasion d’une célébration liturgique, nos frères juifs évoquent le grand projet de Dieu sur l’humanité et ils anticipent. Ils imaginent déjà le Jour où enfin Dieu sera reconnu pour ce qu’il est, le Père de toute bonté.

Nous, chrétiens, reprenons ce psaume à notre tour. Et la phrase « Dieu s'élève parmi les ovations » nous paraît convenir tout particulièrement pour la célébration de l’Ascension de Jésus-Christ. Même si nous devons reconnaître, malheureusement, que la royauté du Christ est encore bien discrète : les évangélistes n’ont pas de cérémonie de couronnement à raconter. Raison de plus pour lui décerner déjà ce superbe hommage qui ne fait qu’anticiper le chant qu’entonneront au dernier jour les fils de Dieu enfin rassemblés : « Tous les peuples, battez des mains, acclamez Dieu par vos cris de joie ! »
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LECTURE DE LA LETTRE DE SAINT PAUL, APÔTRE, AUX ÉPHÉSIENS  4, 1-13

     Frères,
1   moi qui suis en prison à cause du Seigneur,
     je vous exhorte donc à vous conduire
     d’une manière digne de votre vocation :
2   ayez beaucoup d'humilité, de douceur et de patience,
     supportez-vous les uns les autres avec amour ;
3   ayez soin de garder l'unité dans l'Esprit
     par le lien de la paix.
4   Comme votre vocation vous a tous appelés
     à une seule espérance,
     de même, il y a un seul Corps et un seul Esprit.
5   Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême,
6   un seul Dieu et Père de tous,
     au-dessus de tous,
     par tous, et en tous.
7   À chacun d'entre nous, la grâce a été donnée
     selon la mesure du don fait par le Christ.
8   C'est pourquoi l'Écriture dit :
     ‘il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs,
     il a fait des dons aux hommes.
9   Que veut dire : « il est monté » ?
     - Cela veut dire qu'il était d'abord descendu
     dans les régions inférieures de la terre.
10 Et celui qui était descendu
     est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux
     pour remplir l'univers.
11 Et les « dons qu'il a faits »,
     ce sont les Apôtres,
     et aussi les prophètes, les évangélisateurs,
     les pasteurs et ceux qui enseignent.
12 De cette manière, les fidèles sont organisés
     pour que les tâches du ministère soient accomplies,
     et que se construise le corps du Christ,
13 jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble
     à l'unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu,
     à l'état de l'Homme parfait,
     à la stature du Christ dans sa plénitude.
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SUPPORTEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES AVEC AMOUR

Comme toujours chez Paul, les recommandations d’ordre moral sont d’abord une leçon de dogme : Paul contemple le mystère du projet de Dieu et il nous invite à nous y conformer ; car ce mystère se présente pour nous comme un appel auquel nous avons répondu par notre Baptême, et qui, désormais, se répercute dans toute notre vie : « Je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation... ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix... votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance... » Paul y insiste parce que c’est notre fidélité à répondre à cet appel qui construira l’Église : le mot même « Église », d’ailleurs (« ecclesia » en grec), est de la même racine que le mot « vocation (appel) ». C’est bien le sens de tout ce passage, même si le mot « église » n’apparaît pas dans ces quelques lignes : il est remplacé par le mot « corps » : « Il y a un seul Corps et un seul Esprit... les fidèles sont organisés pour que se construise le corps du Christ. »

Et tout l’ensemble de ce passage est une magnifique leçon sur l’Église : pour décrire son mystère, Paul utilise deux termes, un corps humain et une construction1, ou, pour être plus précis, l’Église est un corps qui se construit comme une maison. Ce corps est un être vivant qui se développe et grandit ; cette construction exige la participation de chacun d’entre nous et un ciment de qualité. On retrouve ici la méditation de la lettre aux Romains et de la première lettre aux Corinthiens : « Nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul Corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part. » (Rm 12,5) ; « Vous êtes corps de Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » (1 Co 12, 27). En écho, notre texte reprend : « Il n’y a un seul Corps et un seul Esprit... Votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance...  ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien (le ciment) de la paix. »

 

LE CORPS DU CHRIST EN PLEINE CROISSANCE

La croissance de ce corps est d’abord l’œuvre de Dieu : « Il y a un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous. » Et, par la grâce de Dieu, chaque membre devient capable de coopérer à la croissance du corps : « À chacun d’entre la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ », c’est-à-dire sans mesure, mais chacun selon sa mission. Car, dans cette construction, tous ne jouent pas le même rôle : il y a « les Apôtres, et aussi les prophètes et les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies, et que se construise le corps du Christ. » Le contexte2 laisse supposer qu’il n’était peut-être pas inutile de rappeler à tous ces ministres qu’ils étaient « des dons que Dieu a faits aux hommes », et à l’ensemble de la communauté l’importance de la fidélité à ceux que Dieu lui donne pour « garder l’unité dans l’Esprit ».

Aux yeux de Paul, les ministres de l’Église sont un cadeau au même titre que la Loi d’Israël : comme la Loi, en effet, était le guide du peuple, désormais, ce sont les ministres ; lourde responsabilité pour eux, si l’on se souvient que la Loi était considérée comme le meilleur guide sur le chemin de la liberté. Pour faire ce rapprochement, Paul compare le Christ à Moïse en citant le psaume 67/68 qui faisait allusion au don de la Loi par Dieu à Moïse au Sinaï : « Il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs, il a fait des dons aux hommes. » Dans l’Ancien Testament, on considérait en effet que l’homme ignorant de la Loi ne connaissait pas la vraie liberté, d’où le mot de « captif ». Et Moïse avait été doublement libérateur en faisant sortir le peuple d’Égypte et en lui donnant la Loi à sa descente du Sinaï. À son tour, et combien plus profondément, Christ apporte la vraie liberté aux hommes, lui « qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. » Désormais, ceux qui sont chargés par lui de maintenir l’Église dans la liberté, ce sont « les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. » Et Paul continue : « De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies, et que se construise le corps du Christ. » Jusqu’au jour où toute l’humanité, enfin libérée, sera « réunie autour d’un seul chef, le Christ », comme Paul dit l’a dit dès le début de sa lettre (1,10) : « jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude. »
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Notes

1 – « Supportez-vous » : c’est bien la métaphore de la construction que Paul file ici. « Supportez-vous », cela veut dire soutenez-vous mutuellement, comme les étais d’une construction.

2 - Le verset 14 semble aller dans ce sens : « Alors, nous ne serons plus des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l'erreur. »
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ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC 16, 15-20

     En ce temps-là,
     Jésus ressuscité se manifesta aux onze apôtres et leur dit :
15 « Allez dans le monde entier.
     Proclamez l’Évangile à toute la création.
16 Celui qui croira et sera baptisé
     sera sauvé ;
     celui qui refusera de croire
     sera condamné.
17 Voici les signes qui accompagneront
     ceux qui deviendront croyants :
     en mon nom, ils expulseront les démons ;
     ils parleront en langues nouvelles ;
18 ils prendront des serpents dans leurs mains
     et, s'ils boivent un poison mortel,
     il ne leur fera pas de mal ;
     ils imposeront les mains aux malades,
     et les malades s'en trouveront bien. »
19 Le Seigneur Jésus,
     après leur avoir parlé,
     fut enlevé au ciel
     et s'assit à la droite de Dieu.
20 Quant à eux,
     ils s'en allèrent proclamer partout l’Évangile.
     Le Seigneur travaillait avec eux
     et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.
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CELUI QUI CROIRA ET SERA BAPTISÉ SERA SAUVÉ

L’Évangile de Marc termine comme il avait commencé : le mot « Évangile » (littéralement « bonne nouvelle » au sens de grande nouvelle du début du règne de l’empereur) apparaît trois fois dans le premier chapitre, et deux fois ici ; l’évangile commence ainsi : « Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. » (1,1), et un peu plus loin, Marc note : « Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » (1,15). Cette reprise, bien évidemment intentionnelle, du même terme à la fin du livre laisse entendre que, désormais, les Apôtres ont pris le relais : « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. » (sous-entendu la Bonne Nouvelle que le Règne de Dieu est inauguré sur la terre).

C’est Jésus qui leur confie cette mission qui était la sienne jusqu’ici : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. » Et aussitôt il explicite ce qu’est le contenu de cette Bonne Nouvelle : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » ; en d’autres termes, l’humanité est sauvée, à une seule condition, croire en Jésus-Christ. L’engrenage de la haine, des guerres, des jalousies, des violences n’est plus une fatalité à laquelle l’humanité est vouée de siècle en siècle. Jésus-Christ a cassé cet engrenage ; à sa suite, nous pouvons vivre en hommes libres à condition d’être comme lui.

C’est le sens du mot « Croire » qui signifie « adhérer, être fixé, attaché ». Comme le dit Jésus, il suffit de « demeurer » en lui, ou d’être comme le sarment attaché au cep : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit... De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi… car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,4-5).

Voilà qui permet de comprendre la deuxième partie de la phrase : « Celui qui refusera de croire sera condamné. » Nous ne sommes pas sous le couperet d’un juge qui condamne au gré de sa volonté, nous sommes entre les mains d’un Père qui accueille tous ceux qui veulent bien accompagner le Fils aîné ; mais il nous laisse libres : nous pouvons refuser et nous couper nous-mêmes de la source du salut.

LE SEIGNEUR TRAVAILLAIT AVEC EUX

Voilà donc les apôtres envoyés au monde entier, porteurs d’une nouvelle de salut. Et leur annonce est accompagnée de preuves tangibles : « Ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » Jésus le leur avait promis : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

Effectivement, les Actes des Apôtres relatent des faits de ce genre : « Les foules, d’un même cœur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car elles entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs, qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. » (Ac 8,6-7). La possibilité de parler en d’autres langues est attestée plusieurs fois dans les Actes des Apôtres : le jour de la Pentecôte (2,4), et chez le centurion Corneille (10,46), ou encore lors de l’arrivée de Paul à Éphèse : « Quand Paul leur eut imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues mystérieuses et à prophétiser. » (19,6). Enfin, Luc raconte que Paul, arrivant à Malte, échappe à la morsure d’un serpent : « Comme Paul avait ramassé une brassée de bois mort et l’avait jetée dans le feu, la chaleur a fait sortir une vipère qui s’est accrochée à sa main... Or Paul a secoué la bête pour la faire tomber dans le feu, et il n’en a éprouvé aucun mal. » (28,3...5).

Pour autant, Jésus ne transmet pas aux croyants des pouvoirs magiques ; Luc a retenu une de ses paroles qui met bien les apôtres en garde à ce sujet : « Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » (Lc 10,19-20). Ces faits extraordinaires sont le signe que la création nouvelle est déjà inaugurée ; on entend ici résonner la célèbre prophétie d’Isaïe : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus rien de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du SEIGNEUR remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. » (Is 11,6-9). Le même Marc avait déjà fait allusion à ce vieux rêve d’harmonie universelle dans le récit des tentations de Jésus, en notant que Jésus cohabitait avec les bêtes sauvages (Mc 1,13).

Le récit d’Ascension proprement dit tient en quelques mots : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. » Mais pour les lecteurs de Marc, ces mots sont lourds de sens, ils évoquent les promesses de l’Ancien Testament concernant le Messie et notamment celle du prophète Daniel (Dn 7,14) : le Fils de l’homme, venant sur les nuées du ciel, reçoit « domination, gloire et royauté. » Il entend Dieu proclamer pour lui-même la phrase rituelle du sacre royal : « Siège à ma droite1... »
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Note

1 - Le temple de Jérusalem, signe de la Présence de Dieu, était construit au nord du palais royal ; de l'esplanade du Temple, si l'on regardait vers l'orient, le trône du roi se trouvait donc à la droite de Dieu.

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut, 9 05 2024 Ascension du Seigneur B

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