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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 08:14
Sur ce thème et sous ce titre, Le Figaro du lundi 9 février 2009 a publié un article du Professeur Jacques Garello(*). Voici, retrouvé sur le site de l'ALEPS, le texte complet écrit par Jacques Garello, puisque Le Figaro, pour cause de format, n'en a donné qu'une version écourtée (les lignes en italique figuraient dans le texte originel).

La chasse au gaspi est interdite, mais la chasse au profit est ouverte. Le gaspillage de l’argent des contribuables, dénoncé à nouveau ces jours derniers par la Cour des Comptes, ne semble perturber ni nos ministres ni nos grévistes. En revanche, le président de la République invite les partenaires sociaux à s’interroger sur la façon de mieux partager le profit, après avoir dénoncé les bénéfices faramineux réalisés par quelques grandes entreprises françaises, contrastant avec la stagnation du pouvoir d’achat des salariés et les licenciements en série. Il a même évoqué un partage en tiers : un pour les actionnaires, un pour les salariés, un pour l’auto-financement. A la manière du Marius de Pagnol, il ajoute sans doute un quatrième gros tiers pour l’Etat : il existe toujours à ma connaissance des impôts sur les profits !

Cet appel au partage du profit n’est pas nouveau, il s’inscrit dans la grande tradition gaulliste de la « participation ». Il participe d’une vision classique du profit, qui remonte à Ricardo et Marx, faisant du profit le revenu du capital, tandis que le salaire est la rémunération du travail. Capital-travail : voilà le décor campé pour la lutte des classes, ce que l’on donne au capital est en moins  pour le travail, et réciproquement : il faut trouver le bon dosage. Cette vision, encore dominante dans la plupart des modèles macro-économiques, ignore tout simplement l’existence de l’entrepreneur, et de la fonction singulière qu’il assume, qui n’est ni d’apporter du capital ni de fournir un travail.

Le grand économiste Jean Baptiste Say avait pris soin de distinguer le profit, rémunération de la fonction entrepreneuriale, et l’intérêt, revenu du capital. Certes, à son époque on devenait souvent entrepreneur en engageant son argent dans une affaire – et Ricardo (financier de son état) n’a vu que la mise de fonds pour oublier la mission de l’entrepreneur. Celle-ci existe pourtant, ne serait-ce que parce que l’entrepreneur a pour rôle, entre autres, de rechercher et de payer les deux facteurs de production nécessaires : le capital et le travail. Mais l’entrepreneur ne se confond ni avec un capitaliste ni avec un travailleur – même s’il y va de son patrimoine et de son travail personnel. Quelle serait donc la mission de cet entrepreneur, qui mériterait d’être reconnue et rémunérée par un profit, différent d’un intérêt et d’un salaire ?

Jean Baptiste Say faisait allusion à la dimension commerciale de l’entreprise : trouver des débouchés, satisfaire la clientèle. Mais aussi à sa dimension sociale : motiver les hommes au travail, créer une communauté harmonieuse. Et enfin une dimension financière : avoir la confiance des prêteurs, gérer et rentabiliser le patrimoine de l’entreprise. Mais la vague ricardienne a emporté ces idées.

Il faudra attendre plus d’un siècle pour voir réapparaître avec Schumpeter le personnage de l’entrepreneur, décrit [l’entrepreneur] comme celui qui prend le risque de l’innovation, proposant de nouveaux produits, de nouvelles techniques. Le profit est alors une prime de risque, différente de l’intérêt servi à un apporteur de capitaux (banquier ou obligataire) qui veut toucher son revenu quels que soient les résultats de l’entreprise. La thèse de Schumpeter rallie le suffrage de Frank Knight : si le risque n’est pas payant personne ne voudra innover et l’économie stagnera en se sclérosant. On en vient à assimiler l’entrepreneur à un « superman », un joueur audacieux, dont les profits ne sont que la compensation des pertes qu’il peut subir. 

Aujourd’hui « l’entreprise casino » et le « superman » ne satisfont pas Israël Kirzner (Université de New York) qui révolutionne le concept d’entrepreneur et de profit. Kirzner (1969) constate que les prévisions apocalyptiques de Schumpeter, lancées en pleine crise dans les années 1930 et annonçant la fin du capitalisme à cause du « crépuscule de la fonction d’entrepreneur » (dans une société développée, plus personne ne veut prendre de risque, l’entrepreneur traditionnel disparaît pour laisser place à des organisations de production massives) ne se sont pas réalisées. Le capitalisme a survécu, les grandes concentrations industrielles ont vécu, et la croissance est désormais tirée par une multitude de PME.

Schumpeter et les autres n’ont pas réellement compris ni le fonctionnement du marché, ni ce que l’entrepreneur vient y faire. Le marché est un processus de découverte, un réseau d’informations qui révèle les besoins ressentis et les moyens de les satisfaire. N’importe qui (et pas seulement des hommes hors du commun) sait observer les déséquilibres, les manques et les possibilités inexploitées ou peut améliorer la situation en prenant une initiative qui est d’autant moins risquée qu’elle repose sur des informations fiables (d’où l’importance de la vérité des prix, y compris du prix du travail et du capital). L’entrepreneur est donc celui qui voit ce que d’autres n’ont pas encore vu, qui comprend ce que veulent les autres et rend un service à la communauté en redistribuant les efforts et les ressources disponibles. Il donne une valeur à des produits jusque là ignorés ou mal adaptés. Créateur de cette valeur nouvelle, il se l’approprie : celui qui trouve garde (principe du finder keeper). Trouveur, découvreur, l’entrepreneur ne prend rien à quiconque puisque rien n’avait de valeur avant son initiative. Il ne commet aucune injustice. Par contraste, il est juste qu’il ait la propriété de sa création. C’est ce qui explique la dynamique de l’économie de marché : une multitude de gens sont incités à découvrir, à remodeler sans cesse la production. Dans les pays où il n’y a ni propriété de la découverte, ni liberté de découvrir et d’entreprendre, ni information fiable, rien ne se passe et les peuples sont réduits à la misère. Israël Kirzner conclut donc d’une façon qui semblera paradoxale : le capitalisme n’est pas juste parce qu’il est efficace (argument habituel des défenseurs du système qui expliquent que la bonne gestion permet de distribuer plus de revenus et bénéficie aux plus défavorisés), il est efficace parce qu’il est juste, parce qu’il sait reconnaître les bienfaits incommensurables des efforts et des initiatives. Cette reconnaissance s’appelle le profit. Chassez le profit, et vous serez privés de croissance économique et de progrès social.

Les partenaires sociaux conviés par le Président à une séance de réflexion sur le « partage du profit » resteront-ils dans les ornières de la lutte des classes ou vont-ils admettre que le droit à l’initiative et le droit de propriété sont les bases d’une société qui allie l’efficacité économique et l’harmonie sociale ?

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* Président de l’ALEPS (Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social), Administrateur de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales)

Le 9 Février 2009

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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 08:24
Décidément, en ce moment, je suis particulièrement  fan de Jean-Yves Naudet ! Je trouve qu'il explique remarquablement les choses sur des sujets inconnus du grand public. Voici un article récent, de lui, trouvé sur le site Internet de l'ALEPS (Association pour le Libre Echange et le Progrès Social).

Que se passe-t-il dans l’université française ? Un puissant mouvement de révolte agite les facultés. Nous ne parlons pas des professionnels de la grève, de l’UNEF au Snes-sup, qui ont participé massivement à la grève nationale du 29 janvier. Nous parlons de l’agitation qui s’est emparée des enseignants, professeurs en tête. Ce qui est étonnant cette fois, c’est que l’agitation a commencé dans les facultés de droit ou d’économie, réputées moins agitées que les lettres ou les sciences. Et surtout que, à coté des mouvements syndicaux contestataires, la puissante fédération autonome de l’enseignement supérieur, qui regroupe plutôt les professeurs « modérés » de rang magistral et qui, comme elle le reconnaît elle-même, n’a pas l’habitude d’appeler à la grève, est entrée dans la danse.

Ce qui est en cause, c’est le projet de décret concernant le statut des enseignants-chercheurs. C’est une conséquence de la loi LRU de Valérie Pecresse. Il est vrai que le statut des enseignants n’avait pas bougé depuis la loi de 1984. Ce qui est contesté dans ce projet de décret, c’est que l’essentiel du pouvoir en matière de gestion des carrières, géré jusqu’à maintenant avant tout au niveau central (par des organismes comme le CNU, conseil national des universités) et par les règles strictes et uniformes, serait décentralisé.

Et c’est là que les ambigüités commencent. En effet, en pleine logique avec la loi LRU, l’essentiel des pouvoirs passe dans les mains du président de l’université et accessoirement de son conseil d‘administration, qui lui est étroitement lié. En effet, le système électoral absurde mis en place, qui prévoit au maximum 7 professeurs et 7 maîtres de conférences dans le conseil d‘administration, ne peut qu’aboutir à 6 élus d’une tendance et 1 d’une autre (système mi-majoritaire, mi proportionnel), et donne en fait largement le pouvoir à ceux qui peuvent déposer des listes transdisciplinaires (les syndicats) qui élisent des présidents à leur image, sauf exception (Il y a pire, lorsque l’on trouve 6 professeurs et un maitre de conférences d’une tendance et 1 professeur et 6 MCF d’une autre : dans ce cas, l’arbitrage est fait par les élus du personnel administratif (CGT en tête) ou étudiant (UNEF en tête) !

Le projet de décret prévoit donc que le déroulement des carrières (changement de classe, promotions), les primes diverses et surtout la modulation des services dépendrait pour l’essentiel des décisions des présidents et de leur CA. En particulier, tous les professeurs ne seront plus soumis au même service d’enseignement (la recherche constituant l’autre pan de leurs activités), mais celui-ci pourrait être alourdi pour les uns (si le président juge qu’ils ne font pas assez de recherche) ou diminué pour les autres, qui auraient moins de cours à faire, étant « de bons chercheurs ». Les universitaires ont peur de ce pouvoir exorbitant des présidents et du risque d’arbitraire ou de copinage personnel ou syndical, même si l’évaluation de l’activité serait faite tous les quatre ans au niveau national (CNU).

Où est l’ambigüité ? Elle réside dans le fait que la plupart de ceux qui protestent contre le décret le font non seulement par peur de l’arbitraire des présidents, mais aussi de ce qu’ils appellent (y compris pour le syndicat autonome) la « dérégulation de l’institution » et « la dérégulation des statuts ». Et le syndicat autonome, à notre grande déception, d’affirmer que « l’excès de dérégulation a montré où il conduisait dans le domaine financier, économique, mais aussi social : le gouvernement attend-il l’implosion que ses dérégulations préparent dans l’université ? ». Au fond, il y a ici la peur de tous les conservatismes (de droite comme de gauche) contre tout changement et a fortiori contre toute remise en cause d’une règle nationale uniforme.

Et les libéraux dans cette affaire ? Logiquement, ils devraient donc bondir de joie. Et ce n’est pas le cas. Pourquoi ? Parce que la réforme proposée n’est pas libérale. Ce n’est pas de la décentralisation, encore moins de la mise en concurrence, tout au plus de la déconcentration et encore au profit de présidents, en général prisonniers des syndicats. Dans un système universitaire libéral, comme aux USA, il est vrai que chaque professeur passe un contrat avec son université. Les niveaux de salaires, les avantages matériels, les obligations de service changent d’une personne à l’autre. Et il est bien logique de ne pas traiter le prix Nobel comme le professeur débutant.

Mais il y a une logique d’ensemble : les universités sont en concurrence ; il n’y a pas de statut national des professeurs ; si l’on n’apprécie pas un contrat, on peut en chercher un autre meilleur ailleurs ; bien entendu, si les universités sont libres de choisir leurs professeurs, elles sont libres de recruter et donc de sélectionner leurs étudiants et de trouver leurs financements où elles l’entendent, y compris en faisant payer les étudiants. Dans ces conditions, un étudiant, comme un professeur, d’une université réputée n’est pas traité comme quelqu’un d’une université de seconde catégorie. Enfin, dans de telles universités, les présidents de département sont eux-mêmes sous le contrôle d’un conseil d’administration tout à fait indépendant, qui juge de la qualité des résultats de l’université, suivant des critères de rentabilité (c’est le cas de la plus grande université américaine, celle de l’Arizona) ou de renommée scientifique (nombre et qualité des publications) ou des deux.

En France, comme toujours, les réformes sont des demies-réformes. Certes, les libéraux savent bien l’arbitraire du système actuel centralisé : le poids des syndicats ou des réseaux existe aussi au niveau du CNU ; mais transférer les choses au niveau du président, sans rien modifier fondamentalement d’autre dans le système, n’a pas de sens. Que pourra faire un professeur que le président traite mal ? Va-t-il démissionner ? Qui peut dire qu’il y a concurrence avec l’existence de diplômes nationaux ? Que signifie le fait de pouvoir choisir ses professeurs, mais pas ses étudiants ?

Au fond, les libéraux se trouvent face à ce projet un peu comme face à la décentralisation à la française (ils sont contre, car il n’y a pas de vraie décentralisation fiscale, mais ils se retrouvent contre en même temps que les vrais jacobins) ou comme face au traité européen (ils sont contre parce qu’il est trop bureaucratique et se retrouvent contre en même temps que tous les socialistes, qui le trouvent trop libéral). Concernant le statut des universitaires, les libéraux trouvent le décret actuel mauvais sur certains points essentiels,  mais pas pour la même raison que les contestataires professionnels ou les jacobins centralisateurs partisan d’un égalitarisme accru. Pour l’instant on nous donne le choix entre l’arbitraire national et l’arbitraire local. Le libre contrat, c’est quand même autre chose que l’arbitraire.

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Jean Yves Naudet est Professeur à l'Université Paul Cézanne.

Le 6 Février 2009

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 07:30

Encore un article fort intéressant de Jean-Yves Naudet, Président de l'AEC (Association des Economistes Catholiques), sur le site de l'ALEPS !

Les taux d’intérêt font la une de l’actualité. D’une part le taux du livret A en France a été ramené de 4 à 2,5%, d’autre part, et les principaux taux des banques centrales, aux Etats-Unis, en Angleterre et encore le 15 janvier en Europe avec la BCE ont été également révisés à la baisse. Dans le premier cas, il s’agit d’un taux d’intérêt créditeur, pour les épargnants, dans l’autre d’un taux débiteur, appliqué aux banques « de second rang » qui veulent emprunter des liquidités aux banques centrales. Mais les deux ne sont pas sans lien : dans les deux cas, le taux est « fixé ». Mais qui fixe le taux, comment et pourquoi ?

 

Apprenez à calculer le taux du livret A

 

Ceux qui pensent que c’est le gouvernement qui fixe le taux du livret A se trompent. Il est vrai que jusqu’en 2008 il en était ainsi, et pour cause : le livret était géré par des institutions publiques et alimentait avant tout le financement public. Nous étions dans un contexte d’épargne « administrée ». Elle avait lieu à travers des circuits étatiques ou paraétatiques, des banques publiques (qui n’ont été peu à peu privatisées qu’il y a vingt ans) ou des organismes publics comme La Poste, les Caisses d’Epargne, etc. Cet argent n’allait d’ailleurs pas ensuite sur les marchés pour financer l’économie, mais dans des réseaux privilégiés comme la Caisse des Dépôts et Consignations, pour financer le logement social ou les prêts aux collectivités locales. Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que le taux soit maintenu à un niveau artificiellement bas, pour permettre un financement à bas prix du logement social, des infrastructures et des équipements des collectivités locales. La faiblesse du taux était compensée par la déductibilité fiscale des intérêts perçus par l’épargnant.

Ces « privilèges » n’avaient pas trouvé grâce aux yeux des autorités de Bruxelles, hostiles à une épargne« administrée », faussant la concurrence avec les circuits financiers privés.

Aussi, l’arrêté du 29 janvier 2008 a-t-il rompu avec cette tradition : désormais, l’Etat ne peut plus fixer à sa guise le taux du livret A. Ce taux est calculé suivant une formule simple, bien  adaptée  à une épargne qui se veut « populaire » :« les taux du livret A et du LDD sont  égaux,  après  arrondi

 


 

au quart de point le plus proche, au chiffre le plus élevé entre a)La moyenne arithmétique entre d’une part, la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de l’Euribor 3 mois et de la moyenne mensuelle de l’Eonia, et, d’autre part, l’inflation en France mesurée par la variation sur les 12 derniers mois connus de l’indice INSEE des prix à la consommation ; b) L’inflation majorée d‘un quart de point ». Simplicité de cette formule abracadabrantesque !

 

Ce taux n’est pas un prix

 

Ce taux « mathématique » n’est pas le résultat de la confrontation d’une offre et d’une demande : c’est un « faux prix », comme disait Jacques Rueff. La logique aurait pourtant voulu qu’on se réfère plus simplement au marché, du moment où la concurrence était introduite par l’extension des privilèges fiscaux du livret A à toutes les banques.

Mais l’arrêté de 2008 n’est pas un retour au marché, bien qu’il veuille passer pour un retour à la concurrence. Les taux sont toujours fixes, et leur révision a lieu deux fois par an. L’an dernier, comme l’inflation était forte, le taux aurait dû monter plus, mais le gouvernement a arbitrairement limité la hausse à 4%. Cette année, l’inflation n’est plus que de 1%. Le calcul du taux donne donc, avec la formule, 2%. Cette fois, c’est trop peu selon la Banque de France, qui a recommandé au gouvernement de déroger à la formule pour appliquer 2,5%. Le gouvernement, après cafouillage, a accepté ce coup de pouce. Voilà donc une formule arbitraire, que l’on n’applique même pas, chaque fois que ses résultats ne plaisent pas. De plus, F. Fillon vient de déclarer qu’à l’avenir le taux sera réexaminé en fonction de l‘inflation « chaque fois que ce sera nécessaire », formule encore plus arbitraire.

 

La gestion des banques centrales : contrôler les quantités ou les prix des liquidités ?

 

Quant aux taux débiteurs fixés par les banques centrales, ils sont aussi les « faux prix » imposés aux banques « de second rang » qui ont besoin de liquidités (un besoin pressant par les temps qui courent). Les banques centrales, ayant le monopole de l’émission de la « monnaie de base » (en clair les billets), peuvent en proposer la quantité qu’elles veulent. Milton Friedman, père du monétarisme, incitait les banques centrales à respecter une règle d’émission stricte, tenant compte du besoin « normal » de liquidités dans une économie. D’après la théorie monétariste, la demande de liquidités étant dans une proportion à peu près constante du taux de croissance de l’économie, le taux d’intérêt, ne devrait pas connaître de grandes fluctuations si l’offre de liquidités était elle-même stable.

Depuis des années, les banques centrales font l’inverse et fixent arbitrairement les taux, la quantité s’adaptant à ceux-ci. Parfois, elles pratiquent des politiques restrictives (taux élevés), d’où une réduction arbitraire de la quantité de monnaie. Plus souvent, comme depuis des années avec la Fed, elles baissent le taux d’intérêt, dans la logique d’une relance keynésienne : on espère que les entreprises emprunteront et investiront plus. Cela ne marche pas, car les entreprises ont d’autres critères d’investissement que le seul taux, mais cela se traduit par une inondation monétaire, qui est à long terme inflationniste.

Cette politique de faux taux d’intérêt artificiellement bas a causé la crise des subprimes, et répondre à ce laxisme monétaire par un laxisme encore plus grand est stupéfiant : la Fed en deux ans a baissé ses taux de plus de 5% à 0 ou 0,25% et la BCE vient de suivre depuis peu, passant de 4,25% en octobre à 2% au 15 janvier. Un jour ou l’autre on paiera la facture de cette manipulation des taux, qui risque de conduire à des « plans d’irrigation pendant le déluge » (Rueff), ce qui se manifestera lorsque la défiance aura disparu et que le crédit reprendra. C’est de l’inflation garantie pour après-demain. La seule solution est de laisser le marché monétaire fixer les taux à court terme et de centrer la politique de la banque centrale sur la quantité de monnaie. A vrai dire, une véritable concurrence monétaire, comme la préconisait Hayek, serait préférable,  mais comme les hommes politiques ne comprennent même pas l’avantage de taux libres, ils peuvent encore moins souhaiter des monnaies libres. Ils préfèrent jouer à manipuler les taux. On en mesure le succès !

 

Jean Yves Naudet

Le 27 janvier 2009

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 07:29
Voici un article très récent de Jean-Yves Naudet sur le site de l'ALEPS, www.libes.org.

L’histoire mérite d’être contée, car elle est passée assez inaperçue. Depuis Napoléon, l’université publique française a le « monopole de la collation des grades ». Montalembert et Monseigneur Freppel, au XIX° siècle, avaient contesté ce monopole, mais il est toujours en vigueur, et bien défendu. Seule une Université d’Etat peut aujourd’hui délivrer des diplômes de licence, master et doctorat. Une université, une faculté, un institut privé ne le peut pas, même si ses enseignants ont tous les titres nécessaires, respectent les règles nationales et même si la maquette des enseignements a été acceptée par les commissions compétentes.

Un établissement privé voulant délivrer un tel diplôme n’avait jusqu’à maintenant que deux solutions : soit il demandait un « jury rectoral », désigné donc par le recteur d’académie, soit il passait une convention avec une université d’Etat. Dans le premier cas, le recteur peut parfaitement refuser, de lui-même ou sur ordre d’un gouvernement mal intentionné vis-à-vis du privé, et il est libre de choisir lui-même les membres et de ne pas suivre les propositions de l’établissement privé.  Il y a donc un risque et le gouvernement semble freiner ces jurys rectoraux. Il pousse à aller vers le second choix, qui est la convention avec l’université publique. Mais là encore, il y a bien des obstacles : il faut trouver une telle université, car elles refusent souvent ; il faut négocier la convention et l’université d’Etat peut faire payer fort cher la double inscription des étudiants et surtout imposer ses vues sur le programme ou le jury.

Les établissements peu soucieux d’autonomie (comme les 5 instituts catholiques « officiels » créés en 1875) préféraient la convention, les établissements vraiment libres (Ices, Ircom, Ipc, Faco, etc.) préférant le jury rectoral. Mais, sous la pression du gouvernement, de plus en plus d’établissements  passent des conventions, afin de sauver les intérêts de leurs étudiants.

Or voici qu’une nouvelle possibilité apparaît avec l’espace universitaire européen : les masters délivrés dans une université étrangère (privée ou publique) sont reconnus en France dans le cadre des accords européens (processus de Bologne). Les étudiants ont alors une double inscription et se voient délivrer, outre le diplôme français de l’établissement, le master de l’université étrangère, automatiquement reconnu en France.

Encore faut-il que la France signe une convention avec les partenaires européens en question. Lors de ses rencontres avec le pape, Nicolas Sarkozy avait promis de signer avec le Vatican.. Cela s’est fait en décembre dernier, au Quai d’Orsay.  Désormais, la France reconnaîtrait les diplômes des établissements catholiques lorsque le saint Siège habiliterait lui-même ces établissements et ces diplômes. Il a été écrit clairement que cet accord concernait les diplômes canoniques et théologiques, mais aussi les diplômes des matières « profanes ». Et bien entendu (il n’y a pas d’université à l’intérieur du Vatican), l’accord concernait tous les établissements catholiques en Europe, donc les établissements français que le Vatican reconnaitrait.

Cette convention a  paru intolérable aux étatistes et laïques purs et durs. L’UNEF a été la première à monter au créneau : ce texte « foule aux pieds les principes laïcs de la République et ouvre une brèche dans le monopole public de délivrance des diplômes nationaux ». Elle a protesté contre la sélection à l’entrée et la non « indépendance des savoirs » (chacun sait que dans les universités d’Etat, on est indépendant de toute idéologie). Les présidents d’universités (publiques) ont emboité le pas, réclamant la suppression de la clause incluant les diplômes profanes de l’accord, jugée « provocatrice » et « profane ».

Huit jours après la signature de la convention, le gouvernement français précisait (contre le texte même de la convention) que d’une part les universités françaises seraient libres ou non de reconnaître ce niveau de diplôme (ce qui enlève tout intérêt à la reconnaissance), et d’autre part que l’accord se limitait aux diplômes canoniques et ecclésiastiques. Exit le droit, l'économie, les lettres ou les sciences. Exit la crédibilité de la signature de l’Etat français !

Ces combats d’arrière garde seront bientôt perdus par l’Etat français, sous la pression européenne. En attendant, de plus en plus de jeunes Français vont étudier à l’étranger et reviennent avec un master reconnu au niveau européen…

 

Jean Yves Naudet
Le 23 janvier 2009

 

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 12:59

Un escroquerie bien plus énorme que celle de Madoff, Ponzi ou Milési : ce sont les Etats, français notamment, qui la commettent sous nos yeux !

 

Voici ce qu’écrit Vincent Bénard, sur son excellent blog, Objectif Liberté :

 

« L'affaire Bernard Madoff a remis sur l'avant scène le nom de Charles Ponzi, qui a bien injustement donné son nom aux escroqueries de type cavalerie financière dans les années 20, car les premières escroqueries de ce type connues remontent bien plus loin (on trouve des traces de fonds pyramidaux à Venise à la renaissance)…. » Lire la suite.

 

Il est brillamment  illustré par un remarquable dessin de Martin Vidberg, que vous trouverez sur le blog de ce dessinateur.

 

Je dois dire que Vincent Bénard n’est pas le premier à établir un parallèle entre ce type d’escroqueries et ce que pratiquent divers Etats, dont la France, sous nos yeux le plus souvent … admiratifs ! Gérard Maudrux l’avait déjà fait dans son remarquable livre : « Retraites. Le mensonge permanent » (Belles Lettres, 02/2001). C’est ce que rappelle Claude Reichman dans l’article suivant.

 

Le président d’une caisse de retraite réclame d’être jeté en prison !

L’arrestation du financier américain Bernard Madoff, ancien directeur du Nasdaq, le second marché d’actions des Etats-Unis, a de nouveau attiré l’attention sur le fameux « système Ponzi », du nom d’un escroc du début du XXe siècle en Californie.

Comme Ponzi et beaucoup d’autres, Madoff avait profité de la confiance qu’il inspirait…Lire la suite.

Il faut noter que l’escroquerie de l’Etat français porte, d’une part, sur le régime de retraite de base, dans le cadre de la « Sécurité sociale que le monde entier nous envie », et, d’autre part, sur la dette publique, dont l’Etat paie les intérêts grâce aux nouveaux emprunts qu’il lance chaque année.

 

Enfin, je signale un article fort instructif de François de Lacoste Lareymondie « Les Etats et la crise devant le mur de la dette », publié par Liberté Politique.

Les États et la crise devant le mur de la dette

On dit que le plus dur de la crise financière est derrière nous ; que l’on entre maintenant en crise économique ; et qu’il faut désormais tout ordonner à la relance. Eh bien non ! la crise financière n’est pas finie, loin s’en faut. Tout au plus vient-on d’en clore le second chapitre. Après celui, introductif, des subprimes et celui, indigeste, de la liquidité bancaire, un troisième chapitre est en train de s’ouvrir,…Lire la suite.


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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 14:20
C'est le titre d'une page du site Internet de Contribuables Associés. J'invite mes lecteurs à s'y rendre dare-dare, car je la trouve très bien faite. On peut également y visionner un clip vidéo court et drôle. Enfin, une pétition peut y être signée.

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 07:08
Voici le témoignage que j'ai reçu hier de mon ami Michel, enseignant à Lagny-sur-Marne. Je suis amusé en prenant connaissance du foutoir qu'il décrit. Non pas que je me réjouisse que les élèves et leurs parents, une nouvelle fois, trinquent. Mais je pense aux innombrables citoyens qui restent persuadés que "l'Etat doit organiser et réguler la société, sinon ça serait l'anarchie".  Une telle pagaille, que l'on retrouve dans les transports publics, les hôpitaux, serait-elle possible dans des secteurs entièrement libres, non soumis à l'intervention étatique ?

Comme demain, il y a grève des enseignants, je trouve intéressant de vous faire part de mon côté de la lorgnette...

 

Je suis enseignant dans une école primaire du nord de la Seine-et- Marne, et comme à chaque enseignant, on a demandé si je faisais grève ce jeudi.

Si oui, je devais donner à mon directeur la feuille idoine, qu'il devait renvoyer à l'inspecteur de l'éducation nationale de la circonscription.

 

Muni de ces intentions, l'inspecteur (ou sa secrétaire), calculait sans doute le pourcentage de grévistes, le communiquait à la mairie, chargée par la nouvelle loi de l'accueil des élèves des classes grévistes...

 

Plusieurs remarques :

  • je pouvais, vis à vis de l'inspecteur, me déclarer gréviste, et ne pas l'être le jour dit (les parents étant bien sûr prévenus.)
  • si je n'envoie pas la feuille, je n'ai pas le droit de faire grève....MAIS on va, plus tard, comme à chaque enseignant me demander par un autre formulaire si j'ai fait ou non grève...logique....
  • si les 350 enseignants de la circonscription se donnent le mot, ils peuvent faire parvenir par fax à l'inspecteur leur volonté de faire grève, lancer ainsi le processus d'accueil par les mairies concernées...et ne pas faire grève....(ça pose autant le problème purement matériel de recevoir 350 fax....que de semer un trouble important dans les mairies...)

 

Demain, je vais donc faire classe...mais le maire de la commune concernée n'a pas organisé d'accueil...malgré 80% de grévistes...

 

Donc, il est hors-la-loi.....mais moi, je suis sur le terrain...avec des questions sans réponses...

 

Que faire si des élèves d'enseignants grévistes arrivent à l'école ?

Au niveau de la loi, qui est responsable ? Les enseignants présents ? Le maire ? L'inspecteur ? Je ne sais pas....

 

Accueillir quelques élèves supplémentaires, pourquoi pas ? (mais cela rentre-t-il dans le cadre de la loi ?)...jusqu'à quelle limite ? (je suis là pour faire classe, pas pour faire de la garderie...)

Refuser des élèves est impensable...

Refouler un élève arrivant seul pose le problème de la responsabilité, même pour ceux déposés par leurs parents....

Que dit la loi ???

 

Demain, on va ouvrir l'école, accueillir, travailler....et on verra si c'est possible...

Je pensais que la loi éviterait ce genre d'incertitude.....mais, dans la commune, c'est raté....

(dans l'école voisine, cela a été l'argument pour contraindre une enseignante qui ne désirait pas faire grève à la faire...."tu vas devoir t'occuper de tous les élèves et tu en seras responsable...")

 

Je précise que, dans mon école, être gréviste ou non, de gauche ou de droite, jeune ou vieux, pro-mairie ou non, ne pose aucun problème : chacun travaille réellement en bonne intelligence....les élèves avant tout...

 

Si vous avez d'autres témoignages...ou des remarques....je prends...

 

Michel

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 06:44

Un de mes amis Ozoiriens, Alain (déjà cité sur ce blog), lance régulièrement des discussions, par courriel, sur tel ou tel sujet politique. Parmi les destinataires de ses messages figure notre députée, Chantal Brunel. Chantal est une amie, que j’apprécie beaucoup, même si je suis assez souvent en désaccord avec ses choix politiques. Parmi ses nombreuses qualités, je prise particulièrement sa générosité, son dynamisme et son ouverture d’esprit.

A la suite d’un des derniers messages envoyés par Alain, auquel j’ai répondu, j’ai reçu la lettre suivante de Chantal Brunel. Dès que j’aurai pu les préparer, je publierai mes réponses.

Cher Thierry,

Tu mets en évidence un  certain nombre d'erreurs. Je vais répondre.

1) Tordons tout de suite le cou à un canard : retraites dorées, parachute des députés, etc..

Je suis très à l'aise pour en parler car non concernée et surprise de ta position.

- il a été décidé qu'un député battu toucherait son traitement (naturellement tant qu'il ne retrouve pas de travail et s'il n'a pas d'autres traitements) avec dégressif tous les six mois pour aboutir au SMIC au bout des 5 ans. Scandaleux?:

- tout salarié licencié a droit à une indemnité de licenciement et aux ASSEDIC tant qu'il  ne retrouve pas de travail. Le député serait le seul à ne rien avoir en cas d'échec électoral ? Je rappelle aussi que dans ce domaine, il n' y a aucun préavis. Vous êtes battu le dimanche soir, le lundi votre traitement est stoppé, ni indemnité, ni préavis, ni allocation chômage.

D'ou le système mis en place.

Veux tu le supprimer? Je rappelle que déjà, l'immense majorité de l'Assemblée est composée de personnes issues de la fonction publique et des professions libérales. Ce n'est pas un hasard, ces catégories retrouvent automatiquement leur emploi ou presque.

Le supprimer est la garantie d'avoir progressivement une Assemblée sans aucun ex-salarié du secteur privé. Je ne pense pas que cela ferait avancer les idées que tu défends.

En un mot, l'antiparlementarisme est facile mais franchement, vu le temps qu'il faut  consacrer à son mandat, (les nuits, les WE, les vacances) pour bien faire son travail, je suis prête à démontrer que le salaire horaire (y compris les avantages) ne dépasse pas celui d'un cadre moyen d'entreprise.

J'en parle à l'aise car j'avais une vie avant la politique qui pouvait continuer et qui me satisfaisait pleinement. Je me suis engagée parce que j'y crois.

2) sur la crise:

Qui propose que l'Etat ne fasse rien et assiste à la déroute en, chaîne des banques puis des entreprises? Notre forme de capitalisme a failli par insuffisance de garde-fous dans certains domaines. Je rappelle au passage que l'un des éléments-clés a été le fait que les US laissent une grande banque (Lehman Brothers) en faillite. Ceci a fait rebondir très violemment  la crise. Nous sommes devant un tsunami économico financier et ce n'est pas fini....

Donc on agit.

3) Déficit du budget, endettement excessif : oui

Il faut lutter. Je m'y emploie mais naturellement rien n'est possible avant la sortie de crise : quand ?

4) un pêle-mêle : Outreau, sang contaminé, financement des partis, etc..

On peut ainsi remonter loin : crise de 29, défaite de 40, affaire des piastres etc..

Plus sérieusement, efforçons nous de trouver des solutions :

- Outreau : responsabilité des juges(Nicolas Sarkozy martèle ce thème, il passe par la réforme en cours du Conseil supérieur de la magistrature)

- retraites : qui a avancé? Nous, alors qu'on nous prédisait la révolution.
Etc..

Cordialement,

Chantal Brunel
Députée de Seine-et-Marne

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 22:31
Je viens de prendre connaissance, sur le site du Réseau Liberté, d'un article, fort intéressant, de Jacques de Guenin, Président du Cercle Frédéric Bastiat. Alors que vont se dérouler de nouvelles grèves à la SNCF, je recommande la lecture de cet article, reproduit ci-après.
Depuis plusieurs années la SNCF annonce un profit, avec pour résultat immédiat que les syndicats revendiquent leur part…et l'obtiennent. Or le Chemin de fer en France coûte plus de douze milliards par an au contribuable, soit autant chaque année que la faillite du Crédit Lyonnais et les plus grands responsables de ces pertes abyssales sont précisément les syndicats, qui s'opposent à tout progrès de productivité au moyen de grèves, accroissant ainsi encore plus les pertes de la nation. Mais le plus grave, c'est que l'État trompe délibérément le public en transformant en profit cette perte abyssale par des artifices comptables qui enverraient en prison les dirigeants d'entreprise privée. Le plus stupéfiant, c'est que pas un journaliste ne relève cette escroquerie au moment où la SNCF publie ses comptes.

Les quelques lignes qui suivent vous permettront de comprendre les comptes réels du chemin de fer. Ce sont ces quelques lignes que la SNCF devrait faire parvenir chaque année à la presse si elle était honnête, ou à défaut que des journalistes dignes de ce nom devraient utiliser pour décoder les annonces de la SNCF.

En 2006, le Chemin de fer français a dépensé 21,4 milliards d'euros et ses recettes réelles (essentiellement les sommes en provenance des voyageurs et du fret) ont totalisé 9,2 milliards. La différence, soit 12,2 milliards, provient donc des contribuables et cette somme ne fait qu'augmenter chaque année.

Mais la SNCF n'est plus stricto sensu le Chemin de Fer français. En 1997, le chemin de fer a été divisé en deux sociétés distinctes : la SNCF, et le Réseau Ferré de France (RFF). La propriété et la gestion des voies a été transférée à RFF afin de permettre l'utilisation du réseau par d'autres sociétés. Pour faire avaler la pilule aux syndicats, l'État a transféré 20,5 milliards de dettes de la SNCF à RFF. Mais la pilule restant encore trop amère pour les syndicats, notre courageux pouvoir politique a maintenu à la SNCF tout le personnel de gestion et d'entretien des voies! Ainsi RFF rémunère la SNCF pour la gestion et l'entretien des voies et lui facture l'utilisation des mêmes voies, rendant ainsi à peu près impossible tout progrès de productivité. Jamais un groupe privé n'aurait mis en œuvre une solution pareille, superbe exemple de ce qui advient lorsque les politiques veulent intervenir dans l'économie.

L'État a procédé à un autre allégement des pertes de la SNCF en prenant en charge une partie supplémentaire de sa dette par la création d'un "Service annexe d'amortissement de la dette de la SNCF" (SAAD), qui a repris 5,8 milliards d'euros en 1991, 4,3 milliards en 1997 et 0,6 milliards en 1999!

Qu'est-ce qu'il résulte de ces allègements pour les comptes de la nouvelle société SNCF? Les recettes proprement dites (hors redevance de RFF) sont toujours de 9,2 milliards, mais les dépenses d'exploitation (hors frais financiers et redevance à RFF) sont encore de 14 milliards! Alors comment la SNCF peut-elle afficher des profits? En intégrant dans le chiffre d'affaire les subventions que lui versent l'État et les Régions afin de couvrir son déficit! C'est très simple mais scandaleux du point de vue comptable.

L'auteur de cet article aime beaucoup les trains et les gares. Il rend volontiers hommage à l'amélioration constante de leurs performances et de leur confort. Chaque fois qu'il a le choix entre le train et la voiture, il prend le train…tout au moins lorsqu'il n'en est pas empêché par une grève nationale ou locale, ce qui lui arrive plusieurs fois par an. Mais cela lui donne l'occasion d'observer la faible productivité de l'organisation à de nombreux niveaux. Il n'est donc pas étonné que le chemin de fer coûte aussi cher au contribuable. Il s'étonne seulement que les pouvoirs publics et la direction préfèrent dissimuler ces coûts au public plutôt que de puiser auprès de lui le courage d'affronter les syndicats pour imposer des améliorations.
Jacques de Guenin
Président du Cercle Frédéric Bastiat

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 12:09

Il n’est pas toujours facile d’expliquer clairement pourquoi la réglementation du travail engendre du chômage. Voici quelques éléments de démonstration qui, je l’espère, convaincront mes lecteurs. 

Supposons que, sur un marché local, la règle suivante soit un jour promulguée, pour « protéger » les marchands, leur assurer un revenu minimum : « Il est interdit aux commerçants de vendre le kilogramme de marchandise moins de trois euros ». Il est aisé de comprendre que la plupart des marchands ne seront pas gênés, mais que quelques-uns verront leur activité chuter. Je pense, par exemple, au marchand de pommes de terre, qui sera abandonné par la plupart de ses clients.

Et bien le SMIC a le même type de conséquence : il dissuade un certain nombre d’employeurs de recourir aux services de personnes auxquelles il aurait pourtant un travail à proposer, mais à un tarif moindre. Cette intervention de l’Etat dans le marché du travail cause à celui-ci des dégâts considérables. 

Voici maintenant un courbe représentant le niveau de « performance » d’une personne au travail en fonction de son âge. Bien sûr, ce niveau est tout à fait subjectif. En outre, il dépend de facteurs tout autres que l’âge. La courbe ci-dessous a pour principal but de représenter l’idée suivante, que peu contesteront, je crois : durant notre vie professionnelle, notre performance (efficacité, productivité) commence par croître, puis atteint un optimum avant de décroître.


 
Le niveau de performance individuel est représenté en pointillés verts, le prix de vente, aux clients de l’employeur, de l’activité de l’individu concerné est présenté sous forme de ligne continue bleu ciel, l’écart vertical entre ces deux courbes représentant la marge de l’employeur. L’âge auquel l’optimum est atteint dépend de l’emploi concerné (dans des emplois très physiques –sportif professionnel, par exemple- l’âge optimal sera moins élevé que dans des métiers plus intellectuels). Sur la courbe ci-dessus, l’optimum est situé autour de 42 ans. 
 

On peut contester l’amplitude des écarts de performance sur cette courbe, mais pas le fait qu’avec le temps, notre mémoire se détériore, ainsi que notre vivacité d’esprit[i], notre force et notre résistance physique, notre aptitude au changement, etc.. Tout ceci, à partir d’un certain âge, fait plus que compenser les facteurs positifs comme l’accroissement de notre niveau de compétence technique (par la formation et par l’expérience).

Examinons maintenant la situation d’un salarié arrivé à son âge de performance optimale. Son employeur a en tête, plus ou moins consciemment, l’idée que la performance du salarié va diminuer dans les années à venir, alors que, compte tenu de la législation du travail, sa rémunération ne pourra pas diminuer et qu’elle devra même, dans de nombreux cas, augmenter ! La perte financière attendue est représentée par l’aire comprise entre le segment de droite en tirets rouges et la courbe continue bleue. Cet employeur est donc bien évidemment enclin à licencier ce salarié, ce qui lui coûtera plus ou moins d’argent[ii], mais, souvent, nettement moins que la perte attendue s’il avait conservé le salarié jusqu’au départ à la retraite de celui-ci.

Si la même personne se retrouve sur le marché du travail à son âge de performance optimale ou après, il est facile à comprendre devant quelles difficultés elle se trouvera et le peu d’espoirs qu’elle peut nourrir.

Quant on y réfléchit bien, la réglementation du travail qui empêche l’ajustement du salaire au niveau de performance (même subjectif) du salarié est aussi stupide qu’une réglementation qui interdirait à un consommateur d’acheter son kilogramme de fraises, en plein été, moins cher qu’il ne le payait au creux de l’hiver, et qui lui interdirait simultanément, du changer de fournisseur de fruits sans "cause réelle et sérieuse" et sans l'indemniser ! 

La libre négociation permanente du contrat de travail (pouvant aller jusqu’au licenciement sans indemnités ni justification, si cela est prévu au contrat) est donc une condition nécessaire et –je l’affirme- suffisante au retour au plein emploi. 

Ce sera l’un des chevaux de bataille de l’organisation syndicale professionnelle que des amis et moi sommes en train de monter. 

Je souhaite évoquer, pour terminer, l’évolution en cours de la législation relative à l’âge maximum du départ à la retraite. Les députés viennent de faire passer cet âge de 65 à 70 ans. Cette évolution va dans le bon sens, mais elle est caractéristique de l’esprit « constructiviste » de nos élites politiques : pourquoi fixer un âge limite et ne pas laisser chaque individu entièrement libre ? En outre, un effet négatif induit par cette mesure est qu’elle va augmenter la perte attendue par un employeur, s’il conserve un salarié au-delà de l’âge de performance optimale de celui-ci. Elle incitera donc encore davantage cet employeur à licencier ! Si elle est définitivement adoptée, elle augmentera l’urgence de légiférer dans le sens que propose le présent article : celui de la liberté. 



[i] J’ai pu en faire l’expérience dans les circonstances suivantes. Durant un voyage en voiture, lors de l’été 2006 (peut-être même 2005, mais…je perds la mémoire !), pour occuper mes garçons âgés, à l’époque, de 15 ans et demi et 12 ans (quant à moi, j’avais récemment passé la cinquantaine), j’avais emporté des grilles de Sudoku que j’avais photocopiées en plusieurs exemplaires. J’ai donc organisé un petit concours de Sudoku entre nous trois : nous devions résoudre, chacun séparément, la même grille, en un minimum de temps. En moyenne, mon fils aîné mettait 50% de temps de moins que moi et le second 25% à 30% de moins. Je précise que mes points forts, pendant mes études, étaient le calcul mental et la logique.

[ii] Il est de plus en plus fréquent d’assister à des licenciements pour faute grave ou lourde, décidés en toute mauvaise foi, mais qui permettent aux employeurs de réduire les coûts de licenciement. Si les dirigeants, comme ceux d’un de mes anciens employeurs l'ont fait, peuvent obtenir un faux témoignage d’un représentant syndical affilié à une organisation « représentative » pour appuyer leur dossier de licenciement, le coût de celui-ci sera pratiquement nul.

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