PREMIÈRE LECTURE – Livre du livre du prophète Malachie 3, 19 – 20 a
19 Voici que vient le jour du SEIGNEUR,
brûlant comme la fournaise.
Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété,
seront de la paille.
Le jour qui vient les consumera,
dit le SEIGNEUR de l’univers,
il ne leur laissera ni racine ni branche.
20 Mais pour vous qui craignez mon Nom,
le Soleil de justice se lèvera ;
il apportera la guérison dans son rayonnement.
Quand Malachie écrit ces lignes, les croyants ne savent plus très bien où ils en sont : nous sommes vers 450 av. J.-C. dans un contexte de découragement général ; tout le monde a l’air de perdre la foi, y compris les prêtres de Jérusalem qui en sont venus à célébrer le culte un peu n’importe comment. Et tout le monde ou presque se pose des questions du genre « Que fait Dieu ?… Nous oublie-t-il ?… » La vie est tellement injuste ! À ceux qui font le mal, tout réussit… À quoi sert d’être soi-disant le peuple élu, à quoi sert de respecter les commandements ? Il n’y a pas de justice… Dieu est-il vraiment juste, finalement ?
Alors Malachie fait son travail de prophète, c’est-à-dire qu’il s’emploie à galvaniser les énergies. Il rappelle à l’ordre d’abord, les prêtres comme les laïcs, mais surtout, et c’est le texte d’aujourd’hui, il proclame que Dieu est juste… et que son projet d’instaurer la justice entre les hommes progresse irrésistiblement. Le JOUR du SEIGNEUR approche.
« Voici que vient le jour du SEIGNEUR », cela veut dire que l’histoire n’est pas un perpétuel recommencement, elle progresse ; pour les croyants, Juifs ou Chrétiens, c’est un article de foi. « Il vient le jour du SEIGNEUR », c’est certainement le thème de ce dimanche. Le « jour » du SEIGNEUR, sous-entendu le jour de sa venue. Évidemment, selon l’idée que l’on se fait de Dieu, on va, soit redouter, soit attendre impatiemment sa venue. Le croyant, lui, attend impatiemment, ardemment, activement cette venue du jour du SEIGNEUR. Car pour le croyant, celui qui a compris une fois pour toutes que Dieu est Père, l’annonce de la venue du Jour de Dieu est une bonne nouvelle.
L’image employée par Malachie est celle du soleil : « Voici que vient le jour du SEIGNEUR, brûlant comme la fournaise » : il ne faut surtout pas entendre cette phrase comme une menace ! Car le livre de Malachie commence par une déclaration d’amour de Dieu : « Je vous aime, dit le SEIGNEUR » (Ml 1, 2) et une autre : « Je suis Père » (Ml 1, 6). Le texte que nous venons d’entendre est de la même veine : « une fournaise », quelle image superbe pour dire l’incandescence de l’amour infini ! Cette image de fournaise, nous la retrouvons dans l’évangile : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant…? » se redisaient, tout émus, les deux disciples d’Emmaüs après leur rencontre avec le Ressuscité.
Et il est vrai que les images de lumière et de chaleur nous viennent spontanément pour exprimer l’amour qui envahit parfois notre cœur. Alors, quand viendra pour chacun de nous le jour de la grande rencontre, c’est dans l’océan brûlant de l’amour de Dieu que nous serons plongés. Que pourrions-nous craindre ? Il suffit de nous rappeler les premières lignes de Malachie : « Je vous aime, dit le SEIGNEUR » ; nous serons bien exposés tout entiers, mais c’est au soleil de l’amour ; et que peut faire Celui qui n’est qu’amour, sinon aimer ? Et aimer de préférence ce qui est exposé, pauvre, nu, sans défense. C’est le merveilleux sens du mot « miséricorde » : un cœur attiré par la misère ; et miséreux, nous le sommes, indiscutablement ; alors le cœur de Dieu nous est acquis !
N’empêche que Malachie parle bien ici de jugement : là encore l’image du soleil est suggestive : on sait bien que le soleil est tantôt brûlant, dangereux, tantôt au contraire bienfaisant. Il apporte, selon les cas, brûlure ou guérison. C’est ce que nous appelons l’ambivalence du soleil : son action est double. Dans le domaine de la santé, par exemple, il aggrave certaines maladies, (le cancer par exemple), il en guérit d’autres : avant la découverte des antibiotiques, on employait l’héliothérapie dans le traitement de certaines tuberculoses…
Pour le Soleil de Dieu, dont parle Malachie, c’est la même chose : rien n’échappe à sa lumière ; pas question de nous montrer sous le jour le plus avantageux : aucune tache, aucune imperfection ne restera dans l’ombre. Nous voilà exposés sans défense, semble-t-il, au regard de Dieu, le souverain juge. C’est notre vie tout entière, notre être tout entier, qui sera exposée au soleil purificateur : il brûlera les uns, guérira les autres ; je reprends le texte : « Tous les arrogants, ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille, le jour qui vient les consumera… Mais pour vous qui craignez mon nom, il apportera la guérison ».
Le jugement de Dieu révélera ce que nous sommes en vérité : sommes-nous « arrogants » comme dit Malachie, hommes au cœur sec ? Alors nous verrons ce que nous sommes en réalité : de la paille qui sera emportée dans l’incendie… Sommes-nous humbles devant Dieu, « craignant son Nom », c’est-à-dire attendant tout de lui, comme le publicain de l’autre jour ? Alors nous serons comblés.
Reste une question de taille : comment savoir de quelle catégorie nous sommes, tant qu’il est encore temps ? Aucun d’entre nous n’est totalement bon, nous le savons bien… Mais aucun d’entre nous, non plus, n’est totalement mauvais. Il y a en chacun de nous un peu d’arrogance, et un peu de crainte de Dieu, pour reprendre les termes de Malachie, un peu d’orgueil et un peu d’humilité, un peu de haine ou d’indifférence et un peu d’amour, un peu de service de nous-mêmes et un peu de service des autres…
C’est donc en chacun de nous que le tri va s’opérer : ce qui est bonne graine va germer au soleil de Dieu, ce qui n’est que paille va brûler ; ce qui, en chacun de nous, est reflet ou attente de l’amour de Dieu, ce que Malachie appelle « crainte de Dieu », sera comblé, transfiguré. Ce qui, en chacun de nous, est obstacle à l’amour de Dieu, ce que Malachie appelle « arrogance » fondra comme neige au soleil, ou « brûlera comme de la paille » pour reprendre les termes de notre texte. Ce jugement de Dieu, en fait, c’est une opération de purification, et alors, enfin, en chacun de nous Dieu reconnaîtra son image et sa ressemblance.
Je reprends deux autres images employées ailleurs par Malachie pour décrire l’œuvre de jugement de Dieu : celles du fondeur et du blanchisseur ; quand le blanchisseur s’attaque aux taches, ce n’est pas pour détruire la nappe des jours de fête, c’est pour qu’elle soit éclatante ; quand le fondeur purifie l’or ou l’argent, ce n’est pas pour supprimer le bijou tout entier, mais pour qu’il rayonne de toute sa beauté. De la même manière, tout ce qui est amour, service sera grandi, épanoui, transfiguré… ce qui n’est pas amour disparaîtra tout simplement.
Au fond, que la paille brûle… quelle importance ? Tout ce qui est bonne graine lèvera au soleil. Non, vraiment, nous n’avons rien à craindre du jour de Dieu.