Je suis, chaque
dimanche, impressionné par la qualité des commentaires de Marie-Noëlle Thabut sur les textes que nous propose la liturgie du jour.
Ces commentaires, trouvés sur le site "Eglise catholique en France",
permettent à toute personne de bonne volonté, chrétienne ou non, de mieux comprendre la Bible, le livre le plus diffusé au monde. Notamment, en
Je souhaite arriver à mettre ici, chaque dimanche, les commentaires de Marie-Noëlle Thabut. Ma seule contribution consistera à surligner les passages qui me semblent les plus enrichissants et à écrire en rouge ceux qui parlent d'un thème qui m'est cher
: la liberté (trois autres pages de mon blog sont consacrées à ces passages des Evangiles, du reste du Nouveau Testament ou de l'Ancien Testament qui parlent de la liberté)
Cinquième dimanche du temps ordinaire
PREMIERE LECTURE - Isaïe 6, 1...8
1 L'année de la mort du roi Ozias,
je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ;
les pans de son manteau remplissaient le Temple.
2 Des séraphins se tenaient au-dessus de lui.
3 Ils se criaient l'un à l'autre :
« Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu de l'univers.
Toute la terre est remplie de sa gloire. »
4 Les pivots des portes se mirent à trembler
à la voix de celui qui criait,
et le Temple se remplissait de fumée.
5 Je dis alors :
« Malheur à moi ! Je suis perdu,
car je suis un homme aux lèvres impures,
j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures ;
et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l'univers ! »
6 L'un des séraphins vola vers moi,
tenant un charbon brûlant
qu'il avait pris avec des pinces sur l'autel.
7 Il l'approcha de ma bouche et dit :
« Ceci a touché tes lèvres,
et maintenant ta faute est enlevée,
ton
péché est pardonné. »
8 J'entendis alors la voix du Seigneur qui disait :
« Qui enverrai-je ?
Qui sera notre messager ? »
Et j'ai répondu :
« Moi, je serai ton messager :
envoie-moi. »
Transgression volontaire d'une règle ou d'un commandement divin - point de rupture entre Dieu et l'homme.
La semaine dernière, nous lisions le récit de la vocation de Jérémie, aujourd'hui, celle d'Isaïe ; deux très grands
prophètes à nos yeux. Et pourtant, l'un comme l'autre avouent leur
petitesse : Jérémie se sent incapable de parler, mais puisque Dieu a pris l'initiative de le choisir, c'est Dieu aussi qui l'inspirera et lui donnera la force nécessaire. Isaïe, lui, est saisi
par un sentiment d'indignité ; mais là encore, puisque c'est Dieu qui l'a choisi, c'est Dieu aussi qui le purifiera.
Jérémie était
prêtre et nous ne savons pas où il a reçu l'appel de Dieu ;
curieusement, c'est Isaïe qui n'était pas
prêtre, qui situe sa vocation au Temple de Jérusalem : « L'année de la
mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ». Quand Isaïe nous dit « je vis », cela veut dire qu'il s'agit non pas d'un récit, mais d'une vision ; ne cherchons
donc pas dans son évocation un déroulement logique d'événements. Les livres prophétiques sont émaillés de visions fantastiques : à nous de décoder ce langage extrêmement suggestif, même s'il
surprend notre mentalité contemporaine.
Isaïe nous dit qu'en ce qui le concerne, cela s'est passé « l'année de la mort du roi Ozias » : c'est une indication précieuse. Il est rare que nous puissions évoquer des dates avec autant de
précision ; cette fois, nous le pouvons car on sait que le roi Ozias a régné à Jérusalem de 781 à 740 av J.C. Depuis la mort du roi Salomon (en 933, c'est-à-dire depuis près de deux cents ans),
le royaume de David et de Salomon est divisé : il y a deux royaumes, deux rois, deux capitales : au Sud, Ozias est roi de Jérusalem, au Nord, Menahem est roi de Samarie. On sait également que
Ozias était lépreux et qu'il est mort de cette maladie à Jérusalem en 740. C'est donc cette année-là qu'Isaïe a reçu sa vocation de
prophète : ensuite, il a prêché pendant environ quarante ans
(là on est moins précis) et il est resté dans la mémoire collective d'Israël comme un très grand
prophète et en particulier le
prophète de la
sainteté de Dieu.
« Saint, Saint, Saint le Seigneur, Dieu de l'univers. Toute la terre est remplie de sa gloire » : vous avez reconnu le Sanctus de nos
messes. Il date donc au moins du
prophète Isaïe. (Peut-être cette
acclamation faisait-elle déjà partie de la
liturgie au Temple de Jérusalem, mais on n'en a pas la preuve ; on a
seulement retrouvé des expressions équivalentes plus anciennes en Egypte).
Dire que Dieu est « Saint », au sens biblique, c'est dire qu'il est Tout Autre que l'homme. Dieu n'est pas à l'image de l'homme ; bien au contraire, ce que la
Bible affirme c'est l'inverse :
c'est l'homme qui est « à l'image de Dieu » ; ce n'est pas la même chose ! Cela veut dire que nous devrions rester très modestes et très prudents chaque fois que nous parlons de Dieu ! Parce
que Dieu est le Tout Autre, il nous est radicalement, irrémédiablement impossible de l'imaginer tel qu'il est, nos mots humains ne peuvent jamais rendre compte de lui.
La première partie de la vision d'Isaïe dit bien cette prise de conscience fondamentale ; et ce qu'il nous décrit ressemble étrangement à d'autres évocations des grandes manifestations de Dieu
dans la
Bible : Dieu est assis sur un trône très élevé, une fumée se répand et
remplit tout l'espace, une voix tonne... elle tonne si fort que les lieux tremblent... Isaïe ne peut pas s'empêcher de penser à ce qui s'était passé pour Moïse sur la montagne du Sinaï, au
moment où Dieu avait fait alliance avec son peuple et donné les tables de la Loi ; c'est le livre de l'Exode qui raconte : « Le mont Sinaï n'était que fumée, parce que le Seigneur y était
descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s'amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du
tonnerre. » (Ex 19, 18-19).
L'homme Isaïe mesure alors sa petitesse et il ressent comme une sorte de crainte : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple aux
lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l'univers ! » Cette « crainte », comme découverte de notre petitesse, du fossé infranchissable qui nous sépare de Dieu si Dieu
lui-même ne le comble pas, est une première étape indispensable dans notre relation à Dieu. Mais Dieu n'en reste pas là. D'ordinaire, dans la
Bible, il y a toujours cette parole de la part
de Dieu : « ne crains pas »... Ici, la parole n'est pas dite mais elle est remplacée par un geste très suggestif : un des séraphins, un de ceux qui, justement, proclament la
sainteté
de Dieu, va accomplir le geste qui purifie l'homme, qui comble le fossé, qui permet à l'homme d'entrer en relation avec Dieu : « L'un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant
qu'il avait pris avec des pinces sur l'autel. Il l'approcha de ma bouche... » Manière de dire que c'est Dieu qui prend l'initiative de se faire proche de l'homme ; ce fossé qui nous sépare de
Dieu, c'est Dieu lui-même qui le comble.
Quand Isaïe parlera de Dieu, plus tard, il lui arrivera souvent de l'appeler « Le Saint d'Israël » : cette expression dit bien que Dieu est le Saint, le Tout-Autre, mais aussi qu'il s'est fait
proche de son peuple, puisque celui-ci peut aller jusqu'à revendiquer une relation d'appartenance (Dieu est « Le Saint d'Israël »). Cette relation qui s'instaure alors à l'initiative de Dieu
peut être très profonde puisqu'ici pour Isaïe, il s'agit d'une mission de confiance : il s'agit de devenir rien moins que le porte-parole de Dieu. On dit parfois des
prophètes qu'ils sont la
bouche même de Dieu ; au fait, si on y réfléchit, la même expression peut désormais nous être appliquée depuis notre
baptême...
... de quoi nous laisser rêveurs !
Fait entrer le nouveau baptisé dans la communauté de l'Église.
L'Ancien et le Nouveau Testament, avant et depuis Jésus-Christ.
Culte public qui englobe l'ensemble de la prière de l'Eglise et les célébrations sacramentelles.
Célébration qui commémore le sacrifice du Christ.
Chrétien qui a reçu le sacrement de l'Ordre.
Personne inspirée par Dieu pour être son porte parole.
Etat de ceux qui vivent dans l'amitié de Dieu.
PSAUME 137 ( 138 )
1 De tout mon coeur, Seigneur, je te rends
grâce,
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
2 vers ton temple sacré, je me prosterne.
Je rends
grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
3 Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.
4 Tous les rois de la terre te rendent
grâce
quand ils entendent les paroles de ta bouche.
5 Ils chantent les chemins du Seigneur :
« Qu'elle est grande, la gloire du Seigneur ! »
7c Ta droite me rend vainqueur.
8 Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n'arrête pas l'oeuvre de tes mains.
Bienveillance de Dieu pour les hommes.
Il se dégage de ce psaume une impression très particulière, très douce, de joie profonde et de sérénité. Dès le premier verset, tout est dit. Par exemple, l'expression « rendre
grâce » est
répétée : « De tout mon coeur, Seigneur, je te rends
grâce »... « Je rends
grâce à ton nom ». Le croyant est celui
qui vit dans la
grâce de Dieu et qui le reconnaît tout simplement, le cœur noyé de
reconnaissance.
J'ait dit « le croyant », mais ce croyant n'est pas un individu particulier, c'est le peuple d'Israël, comme toujours dans les
psaumes, qui parle ici et qui rend
grâce pour l'Alliance que Dieu lui a
proposée. Cela s'entend à la répétition du nom « SEIGNEUR » qui revient cinq fois dans ces quelques versets. C'est le fameux NOM de Dieu, ce que nous appelons le « tétragramme » puisqu'il
s'agit de quatre consonnes, ce Nom révélé par Dieu à Moïse au Sinaï au moment de l'épisode du buisson ardent (Ex 3). Dieu s'est encore révélé à Moïse au cours de l'Exode dans le Sinaï, sous le
nom de « amour et vérité » : nous l'entendons également ici : « Je rends
grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité ». Nous retrouvons cette
même expression « amour et vérité » à plusieurs reprises dans d'autres
psaumes et dans l'ensemble de la
Bible ; c'est la précieuse découverte
d'Israël,
grâce au souffle de Dieu, bien sûr. On peut la lire au chapitre 34 de
l'Exode : « (je suis) le Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein d'amour et de vérité ». (Ex 34, 6). Et ce n'est pas un hasard si cette révélation de la tendresse
de Dieu est intervenue après l'épisode du veau d'or, c'est-à-dire une infidélité caractérisée du peuple. Car c'est précisément à l'occasion de ses infidélités répétées que le peuple d'Israël a
fait l'expérience de l'inépuisable
miséricorde de Dieu.
C'est cette fidélité de Dieu que l'on chante inlassablement au Temple de Jérusalem : « Vers ton temple sacré je me prosterne » ... le décor ici est le même que dans le récit de la vocation
d'Isaïe que nous avons lu en première lecture... et le psaume continue : « Je rends
grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité ». Dans le récit de la
vocation d'Isaïe, l'accent était mis sur la
Sainteté de Dieu, le fossé qui nous sépare de Dieu, et que nous ne
pouvons combler par nos propres forces ni par aucune action, si méritoire soit-elle... C'est Dieu lui-même qui en permanence comble ce fossé et nous invite à entrer dans son intimité. Dans ce
psaume, nous découvrons en quoi consiste la
Sainteté de Dieu : Dieu est Amour et vérité : voilà sa
sainteté... et c'est vrai qu'en cela un fossé nous sépare de
Lui.
A la fin du psaume, nous retrouvons une autre expression de cette prise de conscience de l'amour de Dieu : « éternel est ton amour », vous avez reconnu le refrain du psaume 136 (135) qui est,
lui aussi, un rappel de la libération de l'Exode. L'allusion à la « droite » (traduisez la main) de Dieu (dans le verset « Ta droite me rend vainqueur ») est encore un autre rappel de l'Exode :
car, selon l'expression consacrée, Dieu nous a libérés « par sa main forte et son bras étendu » (Dt 4, 34).
Cette Alliance du Sinaï a fait d'Israël le bénéficiaire de la Révélation, le confident de Dieu ; et c'est ce qui vient d'être exprimé de plusieurs manières. Mais Israël a découvert également
que ce n'est pas le tout d'être le confident de Dieu. Désormais, il doit en être le
prophète : c'est-à-dire qu'il a la charge, la responsabilité de
proclamer l'amour et la vérité de Dieu à l'ensemble de l'humanité.
C'est le sens du verset : « Tous les rois de la terre te rendent
grâce ». A dire vrai, c'est pour le moins une anticipation ! Tous les
rois de la terre ne sont pas encore convertis, ni au temps de David, ni même à la fin de l'Ancien Testament, et pas encore non plus aujourd'hui... loin de là ! Mais cette anticipation, on y
tient : elle est un rappel du double aspect de la vocation d'Israël dont je viens de parler. Pour que les rois de la terre s'inclinent devant Dieu, il faudra qu'ils aient entendu la Bonne
Nouvelle. Le psaume dit bien : « Tous les rois de la terre te rendent
grâce quand ils entendent les paroles de ta bouche ». Quand Israël aura
rempli sa mission de témoin de Dieu, alors on pourra chanter vraiment : « De tout mon coeur je te rends
grâce // tous les rois de la terre te rendent
grâce ».
Dernière remarque à propos d'une phrase apparemment toute simple : « Je te chante en présence des anges ». Il est intéressant de noter que, dans la
Bible en hébreu, la formule était : « Je te
chante devant les Elohîm ». En hébreu le mot « Elohîm » signifie « les dieux ». C'était une sorte de profession de foi, manière d'affirmer qu'Israël ne tombe pas dans l'idolâtrie : Dieu seul
est Dieu, les Elohîm, c'est-à-dire les idoles, les dieux des autres peuples ne sont que néant. Mais s'il est utile de l'affirmer, c'est que le danger n'est pas totalement écarté. Cela sonne
donc plutôt comme une résolution.
En revanche, quand la
Bible hébraïque a été traduite en grec, les traducteurs, considérant
probablement qu'il n'y avait plus de danger d'idolâtrie ont remplacé le mot « Elohîm » (les dieux) par les anges. D'où notre verset : « Je te change en présence des anges ». (Or notre psautier
liturgique s'inspire du grec).
Enfin, le psaume se termine par une prière : « n'arrête pas l'oeuvre de tes mains », ce qui veut dire « continue malgré nos infidélités répétées » ; il faut lire ensemble les deux phrases «
Seigneur, éternel est ton amour : n'arrête pas l'oeuvre de tes mains. » C'est parce que l'amour de Dieu est éternel que nous savons qu'il n'arrêtera pas « l'oeuvre de ses mains ».
L'Ancien et le Nouveau Testament, avant et depuis Jésus-Christ.
Bienveillance de Dieu pour les hommes.
Attitude qui incite à l'indulgence et au pardon.
Personne inspirée par Dieu pour être son porte parole.
Cantiques ou chants sacrés contenus dans l'Ancien Testament.
Etat de ceux qui vivent dans l'amitié de Dieu.
DEUXIEME LECTURE - 1 Co 15, 1-11
1 Frères,
je vous rappelle la Bonne Nouvelle
que je vous ai annoncée ;
cet
Evangile, vous l'avez reçu,
et vous y restez attachés ;
2 vous serez sauvés par lui
si vous le gardez tel que je vous l'ai annoncé ;
autrement, c'est pour rien que vous êtes devenus croyants.
3 Avant tout, je vous ai transmis ceci,
que j'ai moi-même reçu :
le Christ est mort pour nos
péchés
conformément aux Ecritures,
4 et il a été mis au tombeau ;
il est ressuscité le troisième jour
conformément aux Ecritures,
5 et il est apparu à Pierre, puis aux Douze ;
6 ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois
- la plupart sont encore vivants,
et quelques-uns sont morts -,
7 ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les
Apôtres.
8 Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis.
9 Car moi, je suis le plus petit des
Apôtres,
je ne suis pas digne d'être appelé
Apôtre,
puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu.
10 Mais ce que je suis,
je le suis par la
grâce de Dieu,
et la
grâce dont il m'a comblé n'a pas été stérile :
je me suis donné de la peine plus que tous les autres ;
à vrai dire, ce n'est pas moi,
c'est la
grâce de Dieu avec moi.
11 Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres,
voilà notre message,
et voilà votre foi.
Dans la primitive Eglise, membre de la communauté chargé de l'annonce de l'Evangile.
Nouvelle du salut annoncée aux hommes par Jésus.
Bienveillance de Dieu pour les hommes.
Transgression volontaire d'une règle ou d'un commandement divin - point de rupture entre Dieu et l'homme.
« Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu... » nous dit Paul. Si nous sommes ici, à lire les lettres de Saint Paul, c'est parce que depuis deux mille ans, génération après
génération, l'
Evangile se transmet : notre foi, nous la devons à ceux qui nous ont
précédés. On peut comparer cette transmission de l'
Evangile à une course de relais : sur le même parcours, régulièrement,
les coureurs sont remplacés par de nouvelles équipes, de nouveaux concurrents, auxquels ils transmettent un objet (qu'on appelle le « relais », le « témoin ») ; entendons-nous bien, la foi
n'est pas un objet, mais gardons l'idée d'une course ; pour l'
Evangile, le relais se transmet depuis deux mille ans sans défaillance
;
Paul ne fait pas partie de l'équipe qui a pris le départ la première : en dehors de l'apparition sur le chemin de Damas, il n'a pas connu le Christ, il n'a pas été témoin des événements de la
vie de Jésus de Nazareth. Mais il peut citer ses sources : ce sont les
Apôtres de la première génération, si l'on peut dire (et pour lui, plus
précisément, Ananie, Barnabé et la communauté chrétienne d'Antioche de Syrie) ;
grâce à eux, lui, Paul, a reçu le témoin et il le transmet à son tour.
Ce qu'il transmet c'est l'
Evangile, la Bonne Nouvelle qui tient en deux phrases, mieux en deux mots
! Deux phrases, les voici : « le Christ est mort pour nos
péchés, il est ressuscité le troisième jour » ; deux mots : mort /
ressuscité ; ce sont les deux piliers de notre foi.
Pour appuyer son propos, Paul affirme que tout cela est conforme aux Ecritures (c'est-à-dire, à l'heure où il écrit, à l'Ancien Testament) : « Le Christ est mort pour nos
péchés conformément aux
Ecritures, et il a été mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures ». En réalité, on ne trouve nulle part dans les Ecritures des affirmations concernant
explicitement la mort et la
résurrection du
Messie : la formule « conformément aux
Ecritures » ne signifie pas que tout était écrit d'avance ; la formule « selon les Ecritures » signifie que tout ce qui est arrivé est conforme au dessein bienveillant de Dieu ; on pourrait
remplacer ici le mot « Ecritures » par le mot « projet de Dieu » ou « promesse de Dieu » : conformément à la promesse de Dieu, le Christ est mort pour nos
péchés, c'est-à-dire nos
péchés
sont effacés... Conformément à la promesse de Dieu, le Christ est ressuscité, c'est-à-dire la mort est vaincue. L'Ancien Testament résonnait de ces promesses : promesses de pardon des
péchés,
promesses de salut, promesses de vie.
Par exemple, l'expression « le troisième jour », à elle seule, dans l'Ancien Testament, évoquait une promesse de salut, de libération ; dire « il y aura un troisième jour » revenait à dire «
Dieu interviendra ». Le troisième jour, au mont Moryyah, Dieu avait suggéré à Abraham la solution pour sauver Isaac (Gn 22, 4) ; le troisième jour, Joseph, en Egypte, avait rendu la liberté à
ses frères (Gn 42, 18) ; le troisième jour, le Seigneur s'était manifesté à son peuple rassemblé au pied du Mont Sinaï (Ex 19, 11. 16) ; le troisième jour, Jonas enfin converti avait retrouvé
la terre ferme et sa mission (Jon 2, 1) ; c'est bien ainsi qu'on interprétait la parole d'Osée : « Il nous guérira après deux jours ; au troisième jour nous serons ressuscités et nous vivrons
devant lui. » (Os 6, 2). Le troisième jour n'est donc pas une donnée chronologique mais l'expression d'une
espérance : celle du triomphe de la vie au bénéfice de tous.
Proclamer « Le Christ est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures » est donc bien l'affirmation d'un salut pour tous. Un salut qui est le triomphe de la vie ; un salut actuel
pour tous les temps et pour tous les hommes puisque le Christ est vivant pour toujours.
Cette Bonne Nouvelle, nous dit Paul, il faut absolument y rester attachés : « Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet
Evangile, vous l'avez reçu, et vous y
restez attachés ; vous serez sauvés par lui si vous le gardez tel que je vous l'ai annoncé. » « Vous serez sauvés », c'est-à-dire vous pourrez participer à ce triomphe de Jésus-Christ sur la
mort et le
péché :
grâce à lui, ou greffés sur lui, vous
ferez partie de cette humanité nouvelle désormais animée par l'
Esprit Saint.
Ce salut, Paul l'a expérimenté lui-même, lui le persécuteur pardonné, converti et transformé en colonne de l'Eglise... lui qui n'oubliera jamais qu'il a été un persécuteur des Chrétiens : « Car
moi, je suis le plus petit des
Apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé
Apôtre, puisque j'ai persécuté
l'Eglise de Dieu. » Plus qu'aucun autre il est bien placé pour en parler ! Il suffit de croire au pardon pour être pardonné... Voilà la merveille de l'amour de Dieu pour l'humanité, un amour
sans conditions, un amour sans cesse offert. C'est cela qu'en théologie, on appelle la «
grâce ». Une
grâce qu'il nous suffit d'accepter. Paul,
comme Isaïe, comme Pierre, a grande conscience de son
péché ; mais il laisse la
grâce de Dieu agir en lui : « Ce que je
suis, je le suis par la
grâce de Dieu, et la
grâce dont il m'a comblé n'a pas été
stérile : je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n'est pas moi, c'est la
grâce de Dieu avec moi. » D'un « avorton » (Paul) Dieu a fait un
apôtre,
le plus ardent qui soit, tout comme, de Jérémie, le jeune homme timide, il avait fait un
prophète intrépide, comme d'Isaïe aux lèvres impures, il a fait la «
bouche de Dieu », comme de Pierre, le renégat, il a fait le fondement de son Eglise.
Un salut qu'il suffit d'accepter : c'est vraiment une Bonne Nouvelle ! Il ne reste plus qu'à la crier sur les toits !
Dans la primitive Eglise, membre de la communauté chargé de l'annonce de l'Evangile.
Confiance dans les promesses du Christ.
Troisième personne de la Trinité.
Nouvelle du salut annoncée aux hommes par Jésus.
Bienveillance de Dieu pour les hommes.
Rédempteur, Sauveur annoncé dans l'Ancien Testament.
Transgression volontaire d'une règle ou d'un commandement divin - point de rupture entre Dieu et l'homme.
Personne inspirée par Dieu pour être son porte parole.
Centre de la foi et de l'espérance chrétienne.
EVANGILE - Luc 5, 1-11
1 Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth :
la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu.
2 Il vit deux barques amarrées au bord du lac ;
les pêcheurs en étaient descendus
et lavaient leurs filets.
3 Jésus monta dans l'une des barques, qui appartenait à Simon,
et lui demanda de s'éloigner un peu du rivage.
Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait la foule.
4 Quand il eut fini de parler,
il dit à Simon :
« Avance au large,
et jetez les filets pour prendre du poisson. »
5 Simon lui répondit :
« Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ;
mais, sur ton ordre,
je vais jeter les filets. »
6 Ils le firent,
et ils prirent une telle quantité de poissons
que leurs filets se déchiraient.
7 Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque
de venir les aider.
Ceux-ci vinrent,
et ils remplirent les deux barques,
à tel point qu'elles enfonçaient.
8 A cette vue,
Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant :
« Seigneur, éloigne-toi de moi,
car je suis un homme pécheur. »
9 L'effroi, en effet, l'avait saisi,
lui et ceux qui étaient avec lui,
devant la quantité de poissons qu'ils avaient prise ;
10 et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons.
Jésus dit à Simon :
« Sois sans crainte,
désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
11 Alors ils ramenèrent les barques au rivage
et, laissant tout, ils le suivirent.
On n'a pas beaucoup l'habitude de comparer l'Apôtre Pierre au prophète Isaïe, et pourtant le
rapprochement des textes de la liturgie de ce cinquième dimanche nous y invite, en nous faisant lire les
récits de leurs vocations. Le décor n'est pas le même : pour Isaïe, cela se passait au cours d'une vision qui se déroulait dans le temple de Jérusalem ; Pierre, lui, est sur le lac de Tibériade
(appelé aussi lac de Génésareth). L'un et l'autre sont subitement mis en présence de Dieu lui-même : Isaïe au cours de sa vision, Pierre parce qu'il assiste à un miracle. Les précisions apportées
par Luc ne laissent aucun doute là-dessus : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre », c'est le constat de l'homme de métier. Puis, le succès inespéré de l'entreprise pourtant
vouée à l'échec à vues humaines : si la pêche ne donne rien la nuit, elle a encore moins de chances d'être fructueuse le jour, tous les pêcheurs le disent ; mais sur la simple parole de Jésus, le
miracle se produit : « Ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. »
Et tous les deux, Pierre et Isaïe, ont la même réaction devant cette irruption de Dieu dans leur vie ; tous les deux ont une même conscience de la sainteté de Dieu et de l'abîme qui nous
sépare de lui. Et leurs expressions à tous les deux se ressemblent beaucoup : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur », dit Pierre ; et Isaïe disait « Malheur à moi ! Je suis
perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l'univers ! »
Mais, apparemment, ce n'est pas notre péché, notre indignité qui arrête Dieu ! Il lui suffit que nous en
prenions conscience, que nous soyons en vérité devant lui. Car le jour où nous prenons conscience de notre pauvreté, Dieu peut nous combler. Tous les deux, Pierre et Isaïe, sont donc en proie à une
espèce de crainte devant la manifestation évidente de Dieu. Alors, toujours dans sa vision, Isaïe voit s'accomplir le geste qui le purifie et le rassure ; Pierre, lui, entend la parole de réconfort
de Jésus : « Sois sans crainte ». Enfin, tous les deux reçoivent une vocation, au service du même projet de Dieu, bien sûr, qui est le salut des hommes. Isaïe sera un messager, un prophète. Pierre
sera un pêcheur d'hommes, un « sauveteur ».
« Ce sont des hommes que tu prendras » : en grec, le sens du mot employé ici est « prendre vivant » ; quand il s'agit de poissons, c'est le mot qu'on emploie pour la pêche au filet : capturer des
poissons, les arracher à la mer, c'est les tuer parce que la mer est leur milieu naturel... Mais quand il s'agit des hommes que l'on arrache à la mer, il signifie sauver : prendre vivants des
hommes, les arracher à la mer, c'est les empêcher de se noyer, c'est les sauver. Sur cette phrase de Jésus, « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras », Pierre ne répond pas
; la simplicité du texte est impressionnante : « Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. » Encore faut-il s'entendre sur le sens du mot « suivre » : les
disciples ne
se contenteront pas de suivre le maître pour l'écouter ; ils seront associés à sa tâche, ils deviendront ses collaborateurs. Même si l'entreprise paraît vouée à l'échec à vues humaines, il faudra
continuer à lancer les filets. Nous sommes placés là devant le mystère extraordinaire de notre collaboration à l'oeuvre de Dieu : nous
ne pouvons rien faire sans Dieu, mais Dieu ne veut rien faire sans nous. Comme disait Paul dans la deuxième lecture, c'est la grâce de Dieu qui fait tout : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et
la grâce
dont il m'a comblé n'a pas été stérile : je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n'est pas moi, c'est la grâce de Dieu avec moi. »
La seule collaboration qui nous est demandée, si on y réfléchit, c'est la confiance et la disponibilité. Tout a commencé parce que Pierre a fait confiance : « Maître, nous avons peiné toute la nuit
sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets. » A ce maître qu'il vient d'entendre parler à la foule longuement, il fait confiance, assez pour l'écouter, assez pour se risquer
à une nouvelle tentative de pêche ; après le miracle, il ne dit plus « Maître », il dit « Seigneur », le nom réservé à Dieu ; et c'est aux pieds du Seigneur qu'il se prosterne ; et alors il est
prêt à entendre l'appel : pour se risquer à cette nouvelle sorte de pêche que lui propose Jésus, il faut le reconnaître comme le Seigneur.
Grâce à la
générosité d'Isaïe qui a accepté de devenir messager, grâce à la générosité de Pierre et de ses compagnons qui ont tout laissé
pour suivre Jésus, grâce à la générosité de Paul qui, après le chemin de Damas, a consacré le
reste de sa vie à témoigner du Christ ressuscité, à notre tour, nous sommes là ; la parole du Christ résonne encore à nos oreilles : « Avance au large, et jetez les filets »... A notre tour de
répondre : « Sur ton ordre, nous jetterons les filets ».
Moralité : faisons confiance et acceptons de jeter nos filets. Pour que la pêche soit miraculeuse, il suffit de croire en Lui.